‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 2)Chapitre 26 sur 41 · SOUVENIRS DE LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE LA RESTAURATION

Les lioulevaids, la place de la Concorde et les Champs-Elysées. — Uu convoi de blessés. — Un convoi de prisonniers. — Entrée des armées étrangères à Paris. — Mouveraeiit royaliste. •— Proclamation du prince de Schwartzenberg. — Déclaration de l'empereur Alexandre. — L'imprimerie Michaud. — L'empereur Alexandre loge chez le prince de Talleyrand. — Arrivée des princes en France. — Distribution d'honneurs, de places, d'argent. — L'abbé de Pradt, grand chancelier de la Légion d'honneur. — Compiègne. — Saint- Ouen. — Entrée de la famille royale à Paris. — La constitution du sénat. — La garde impériale. — Paris en délire. — Représentation royale au Théâtre-Français. — Mot de Louis XVIII à Talma. — Une parodie sur les boulevards. — La Famille GUnet.— Régner et gouverner. — Le parti bonapartiste. — Fragments historiques de S. M. Napoléon III. — Le duc de Berry à Rouen. — Premier ministèic de Louis XVIII.

Le bourgeois de Paris trouve aujourd'hui à chaque pas, dans sa grande ville, des souvenirs de honte ou de gloire pour son pays. La place de la Bastille, où s'élève la colonne commémorative des journées de juillet 1830, la maison Fieschi qu'on a remplacée par des constructions nouvelles, le café Turc, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, lieux de rendez-vous de fréquents rassemblements et d'émeutes en armes; ces brillants boulelards, sans pareils en Europe, la place Vendôme, la place de la Concorde et les Champs-Elysées jusqu'à Parc de triomphe de l'Etoile, forment pour ainsi dire un panorama de nos annales révolutionnaires et historiques.

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J'ai assiste .-ur les boulevards, dans les derniers jouis du mois de mars 1814, à des spectacles bien divers et dune accablante tristesse.

Après les victoires de Montereau, de Troyes, de Barsur-Aube, de Chaumont, de Brienne, de Champ-Aubert, de Montmirail, quelques jours avant que Paris ou\TÎt ses portes aux armées étrangères, im très-nombreux convoi de soldats français blessés, venant de la barrière Fontainebleau et se rendant soit dans les hôpitaux, soit à la première division militaire, parcourut tous les boulevards; c'était un tal^leau à assombrii^ l'esprit et à vous seirer le cœur.

Des cliarrettes garnies de paille et quelquefois conduites par des femmes contciiaient six à huit blessés, tous à peine vêtus.

Bientôt se suivaient des cavoliers montés sur des chevaux boiteux ou blessés; quelques-uns de ces cavaliers enveloppés dans leur manteau, d'autres n'ayant conservé que des vestiges de leur uniforme, et un grand nombre portant sous leur casque des linges qui leur cachaient presque toute la figure. Quelques cavaUers traînaient [lar la LriJe leurs chevaux épuisés de fatigue. On voyait du sang partout.

Beaucoup de soldats, soit d'infanterie, soit de cavalerie, étaient furcés de marcher, malgié des blessures à la jambe on au pied, s'appuyant les uns sur lem* sabre, d'autres ^-ur leur lii-il nu >ur un bàtun.

De chaque coté du boulevard étaient assis sm' des chaises des spectatem-s émus, qui eussent été empressés à secourir ces malhem-eux ; mais ces nobles victimes de la guerre ne demandaient et n'acceptaient rien.

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Ouelques voitures de suite contenaient des armes, des casques, des fourniments, des selles, des brides ; les morts étaient restés sur le champ de bataille.

A la suite de ce convoi de blessés défilèrent aussi sur les boulevards près de mille prisonniers, sans armes, escortés par des soldats français ; ces prisonniers souffrants et mal vêtus appartenaient à toutes les nations ; le long de leur route, quelques-uns demandaient et acceptaient l'obole de la charité.

Le 30 mars, jour de l'entrée des armées étrangères dans Paris, j'étais sur pied dès le matin; cette entrée des armées étrangères jeta une grande tristesse et une profonde terreur dans ma famille. Mon père possédait une maison située rue de Yaugirard, et tout le premier de celte maison était loué au général Brayer, qui portait un nom honoré dans l'armée française. On craignait que cette maison ne fut mise à sac et pillée.

Dès dix heures du matin, je vis dans la rue Caumartin un Cosaque tenant en main le cheval d'un officier nisse ; ce Cosaque était arrêté au no 20 de la rue Caumartin. Ce fut pour moi une bien vive émotion de rencontrer un de ces barbares dans les rues de Paris.

Bientôt je me rendis sur les boulevards; des régiments de la garde impériale russe défilaient au bruit de la musique et des tambours.

Une manifestation royaliste était préparée à l'avance par les commissaires du roi Louis XVIII, MM. A. de Sémallé et de Polignac ; de beaucoup de fenêtres on agitait des drapeaux blancs et des mouchoirs :

. . . . El les mouchoirs Sont des drapeaux improvisés,

comme le dit alor?, dans une pièce de vers, le. chansonnier Alissan de Chazet.

Jamais armée ennemie ne fut reçue dans une capitale avec autant de grâce et de galanterie. Le l^^ ami, le Monitmr publia, et on afficha siu" les murs de Paris la proclamation suivante du prince de Schwartzenberg :

Habitants de paris'.

Les armées alliées se trouvent devant Paris. Le but de leur marche vers la capitale est fondé sur l'espoir dune réconciliation sincère et durable avec elle. Depuis vingt ans, TEurope est inondée de sang et de larmes. Les tentatives faites pour mettre un terme à tant de malheurs ont été inutiles, parce qu'il existe dans le pouvoir même du gouvernement qui vous opprime un obstacle insurmontable à !a paix. Quel est le Français qui ne soit pas convaincu de cette vérité I

Les souverains alliés cherchent de bonne foi une autorité salutaire en Frafice, qui puisse cimenter l'union de toutes les nations et de tous les gouvernements. C'est à la ville de Paris qu'il appartient, dans les circonstances actuelles, d'accélérer la paix du monde. Son vœu est attendu avec l'intérêt que doit inspirer un si immense résultat ; qu'elle se prononce, et, dès ce moment, l'armée qui est devant ces murs devient le soutien de ses décisions.

Parisiens, vous connaissez la situation de votre patrie, la con duite de Bordeaux, l'occupation amicale de Lyon, les maux attirés sur la France, et les dispositions véritables de vos concitoyens : vous trouverez dans ces exemples le terme de la guerre étrangèreet de la discorde civile; vous ne sauriez plus lechercher ailleurs.

La conservation et la tranquillité de votre ville seront l'objet des soins et des mesures que les alliés s'offrent de prendre avec les autorités et les notables qui jouissent le plus de l'estime publique : aucun logement militaire ne pèsera sur la capitale.

C'est dans ces sentiments que l'Europe en armes devant vos murs s'adresse à vous. Uàlez-vous de répondre à la confiance

qu'elle met dans votre amour pour la pairie et dans voire sagesse.

Le commandant en chef des années alliées,

Signé : Maréchal prince de Scuwartzenderg.

Le 2 avril 1814,1e Mo/iiteur [mblia la déclaration suivante : «

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