‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 41 · DES MÉDECINS ET CHIRURGIENS · texte numérisé non relu

DES MÉDECINS ET CHIRURGIENS

Dès Uaiiiiéo 1822, j'étais cii mesure de pas.ser mes examens, après la rentrée de l'école, pom* être reçu docteur en médecine; mais, le 23 novembre 1822, une

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ordniinauce du roi sup[)rima la Faculté de médecine de

Paris.

Vuici cette ordonnance et les considérants :

Considérant que des désordres scandaleux ont éclaté dans la séance solennelle de la Faculté de médecine de Paris du 18 de ce mois, et que ce n'est pas la première fois que les étudiants de cette école ont été entraînés à des mouvements qui peuvent devenir danjîereux pour l'ordre public;

Considérant que le devoir le plus impérieux des professeurs est de maintenir la discipline sans laquelle renseignement ne peut produire aucun fruit, et que ces récidives annoncent dans l'organisation un vice intérieur auquel il est pressant de porter remède;

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'Etal au département de l'intérieur,

Nous avons ordonne et ordonnons ce qui suit :

Article rivtMiLu. — I.a Faculté de médecine de Paris est supprimée.

Ar.T. II. — Notre ministre de l'intérieur nous présentera un plan de reorganisation de la Faculté de médecine de Paris.

Art. m. — Le montant de l'inscription du premier trimestre sera rendu aux étudiants, et le grand maître pourra autoriser ceux d'entre eux sur lesquels il aura recueilli des renseignements favorables à reprendre cette inscription, soit dans les Facultés de Strasbourg, de Montpellier, soit dans les écoles secondaires de médecine.

AuT. IV. —Notre ministre secrétaire d"Etat au département de linlerieur est charge de Texéculion de la présente ordonnance.

M. de Sémon ville se vantait de savoir au débotté tout ce qui se disait, tout ce qui se faisait dans le moindre chef-lieu, comme dans une grande ville; il appelait le perruquier-coifïeur le plus répandu, et le médecin le plus en renom. Le premier lui apprenait ce qui se disait et se faisait en l)as. le second ce qui se disait et se faisait en haut.

Les médecins, en France, forment une nombreuse population; ils pénètrent dans les familles; ils n'y interviennent pas seulement comme médecins, mais souvent comme amis, avec l'autorité de l'expérience et du savoir. On compte au moins en France dix-huit mille médecins, y compris les médecins, les chinugiens et les officiers de santé.

Les gouvernements devraient toujours y regarder à deux fois avant de frapper et de passsionner tout ce monde médical ; les esclandres et les petits coups d'Etat sont toujours une mauvaise politique ; on irrite ses ennemis sans les désarmer.

La dissolution de l'ancienne Ecole de médecine fut, sous la restauration, une des violences qui aigrirent le plus le corps médical, et Von s'en aperçut en 1830, alors que cette génération d'élèves de \ 822 étaient déjà répandus à Paris et dans nos provinces, comme médecins praticiens. Tous les gouvernements reconnaissent, en France, l'influence du clergé ; l'influence des médecins doit aussi être constatée ; c'est là de la politique pratique.

J'aime la médecine, parce que je sais combien elle a formé de grands esprits; j'aime les médecins, parce que je sais combien ce sacerdoce civil impose d'études, de sacrifices et de vertus. Je rappellerai ici les noms des médecins du temps passé qui se sont illustrés, et sm-tout, avec quelques traits en relief, ceux des temps présents que j'ai pu connaître et étudier.

Citons comme un des glorieiLx ancêtres des médecin^: le grand Rabelais.

Citons aussi Guy Patin, peut-être plus célèbre par ses I ' 4

lettres cpie par ses travaux scientifiques; il remplaça cbpendantRiollan comme professeur d'anatomie au Collège de France; il était, dit-oH;, si agréable à entendre que,- ^llivant Bayle, quelques grands seigneurs lui avaient offert un louis d'or sous sa seniette, toutes les fois qu'il voudrait aller dîner ou souper chez eux. Guy Patin eut un fils, Charles Patin, esprit ardent et dont la vie eut du singulier. Charles Patin se fit d'abord recevou docteur en droit à Poitiers, puis docteur en médecine à Paris; il se fit remarquer par ses travaux sur les antiquités ; c'était surtout un médecin numismate. 11 encourut la haine de Colbert et fut furcé de s'expatrier. Condamné aux galères par contumace, il se retira à Padoue, et y fut nommé professeur de chirurgie.

Citons encore Claude PeiTault, auteur de la colonnade du Louvre.

Locke, Tillustre auteur de l'Essai sur Vmtendemmt humain.

Hamond, médecin de Port-Royal : il composa im gi-and nombre de livres de sainteté et fut lun des maîtres de Racine.

Bernier, le grand voyagem'; les Bauhins, Bauhins père et ses deux fils Jean et Gaspard, célèbres pai' m\ grand iiLimbre d'écrits sur l'histoire naturelle.

Lestocq Hermann, comte de,, premier médecin de l'impératrice de Russie, Elisabeth; il contribua à l'élévation de cette princesse au trône en 1741. Il fut longtemps son premier médecin et son conseiller intime, puis, sur des dénonciations calomnieuses, enfermé par elle dans une forteresse.

Struensée , né à Halle, en Prusse, médecin de Chris-

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tiaii VII^ roi de Danemark; il devint premier minisire et eut kl tète tranche'e en 1772.

Quesnay, médecin ordinaire de Louis XV, l'un des coUaboratem's de. Y Encyclopédie, chef de l'école économiste, auteur de la Physiocratie, ou constitution naturelle des (jouvernemenfs, le protégé de madame de. Pompadoiu".

Haller, grand physiologiste, poëte, romancier et publiciste.

Guillotin, né à Saintes en 1738, mort en 1814. Il fut (pour Paris) membre de l'Assemblée constituante, de l'Assemblée législative et de la Convention : il fit décréter Végalité des peines et recommanda la recherche d'un supplice prompt et uniforme il''' décembre 1789 . Il n'est pas vrai qu'il ait inventé l'instrument de supplice qui semble porter son nom; ce fut Antoine Louis, secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie, qui, d'accord avec un mécanicien nommé Schmidt, construisit la première guillotine. La guillotine fonctionna pour la première fois comme instrument de supplice le 15 avril 1792.

Marat, né en Suisse, avant la révolution ; il était médecin des écuries de M. le comte d'Artois; nous rappelons ici ce nom d'horrible mémoire, seulement pour constater que ses travaux comme médecin n'ont jamais mérité que l'oubli.

Bartlîès, médecin illustre de la fin du dernier siècle ; il était chancelier de l'Université de Montpellier, conseiller-maitre en la chambre des comptes, aides et finances (le Montpellier, médecin consultant du roi, membre de l'Académie des sciences, censeur royal.

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