CHAPITRE IV
SOinrENIBS DE L'EMPIRE.
Révolations de Tesprit et de Testomac français. — La danse sons Tempire. — Forioso et Ravel. — Dépenses de Timpératrice Joséphine poar modes et robes. — Les cafés et les i«stauratears. — Robert et M.. de €baiandray. — Gambacérës et d^AigrefeuiUe. — La table de Temperear. — Un petit roman en correspondance. — Le baron Capelle et la grande-dachesse de Lacques et de Piombino. — Montrond. — Mademoiselle Boargoin. — Les chevaliers à la mode, — Le tribunal de commerce. — Les défenseurs près ce tribunal. — La Bourse. •— Les agents de change. — Mouvements de la Bourse pendant l'empire. — Les actions de la Banque. — La caisse Jabach. — Les banquiers. — Les lycées de Paris. — Les mystificateurs. — Le cabinet noir, -r Le Palais-Royal. -7 Lès fournisseurs de l'armée. — Paulée. — Ouvrard. — Séguin. — Ouvrard et Labédoyère. — Conclusion.
Les révolutions dont ce demi-siècle a été le témoin ne furent point seulement des révolutions de gouvernements et de dynasties; elles suscitèrent encore les plus profonds changements dans nos idées, dans toute notre philosophie, dans notre littérature, dans nos mœurs, et jusque dans notre hygiène.
Aussi bien que notre esprit et que nos croyances, notre estomac se prêta avec souplesse à tous ces sens dessus dessous politiques, à toutes les innovations qui s'ensuivirent. Presque à chaque révolution, notre estomac changea de régime.
Cabanis avait dit sous Tempire : On pense comme on digéré. On doit dire avec plus de sens et de vérité : On digère comme on sent et comme on pense. Dans la
peinture des diYei*ses transformations de l'esprit et de Testomac français, j'aurai souvent l'occasion de mettre en saillie cette vdrité métaphysique.
L'empire, que j'ai pu voir passer devant moi pendant les premières années de ma vie, et qui a laissé dans ma mémoire quelques souvenirs ineffaçables, l'empire ne fut pas l'époque doi Descartes, des Malebranche, des Locke, des Berkley, de Leibnitz, des Gondillac. La grande affaire d'alors, c'était le monde à conquérir; on n'avait ni le temjis ni le goût de s'écouter et de se regai'der penser. Du haut du trône, on raillait même les psychologistes, les métaphysiciens et les libi*cs esprits. On appelait tout cela des idéologues.
Dans cette société on obéissait, presque'à son insu, à cette philosophie stoîque qui faisait mépriser la vie dos autres et la sienne propre. La beauté, c'était la force. On estimait les formes herculéennes ; on faisait cas de larges épaules, d'un ventre proéminent et de mollets luamriants. Quelques lettrés de Tempire durent peutêtre leur brillant avenir aux lignes d'une jambe puissante et bien dessinée. Dans ces temps de guerre, il y avait pourtant une chose que, sous-lieutenant ou vieux général, on enviait plus qu'une belle jambe : c'était une jambe de bois.
La danse était fort à la mode dans les salons. On y dansait siulout le menuet, la gavotte, la monaco et la tréniz. Un danseur cité était sûr de se créer ime position dans le monde; je connais un homme politique qui, dans sa jeunesse, avait rédigé pom* son usage im cahier de corrigés pour des pas de danse.
Une grande faveur s*attacha à la danse de corde sous Tempire. C'est de celte époque que datent la célébrité . et la fortune perdue de madame Saqui. La rivalité de talent de deux danseurs de corde^ Forioso et Ravel^ faisait alors grand bruit. Il» attiraient la foule au jardin de Tivoli. Les adom^teurs de ces deux illustres acrobates étaient divisés eji deux camps. Les ims admii-aient la grâce de Ravel, les autres vantaient la force de Forioso. C'étaient des discussions et des querelles à rappeler la guerre des gluckistes et des piccinistes.
Etudiez les Véims de l'antiquité ; elles ont toutes les seins placés assez bas sur la poitrine. Pendant tout Vempire, les femmes avaient imaginé de se faire une taille qui coupait la poitrine en deux.
D'ailleurs, les modes françaises, effrontées, plus bizarres que der bon goût, et surtout changeantes^ malgi-é les gj|.*andes guerres, régnaient dans toute l'Europe.
Nou^ publions ici l'état sommaire de ce que devait Sa Majesté l'impératrice et reine, pour modes et robes fournies par L. H. Le Roy, dans les dix premiers mois de 1806.