SAVOIR
Pour somme rcslée duc sur divers mémoires réglés antérieura-
ment iS,000 fr. m
l'our arriéré 15,000 •
Mois de janvier 13,36 i f. i Ces Irois mémoires, ayant
— février 13,3 i7 ( été soldés, ne sont rap-
— mars 11,303 I pelés que pour mémoire
Vnf • ^ Pour M'Je de Tascher 1,435 »
®' Pour S. M. la reine de Bavière. . . 675 »
Total a reporter. .... 65,000
im MÉMOIRES
Report G5,000 »
Avril. 54,590 »
Mai 10,209 50
Juin 16,845 i>
JdtWet 15,88175 j ^g ggl 75
Pluf pour un héron noir. . . 10,000 » i '
Ao6t 7,572 75
Septembre 9,665 50
Octobre 10,275 10
Total 177,857 60
A déduire, ireçu le 4 octobre 2,000 »
Somme duc, époque du 50 octobre 1806. . . . 175,8:^7 60
C'était aussi, sous Tempire, une supériorité fort honorée de se montrer capable de prouesses de digestion. Les héros d'Homère se vantaient de manger des bœufs rôtis tout entiers; on se rendait célèbre par des paris gastronomiques héroïquement gagnés^ et tout gourmand patenté qui avait pu, en présence de témoins, engloutir pendant un déjeuner cent douzaines d'huîtres,, obtenait d'emblée une place dans l'administration des droits réunis.
Le général Daumesnil, qui fut gouverneur de Vin* cennes, donna un déjeuner d'huitres dans les caves des Frères-Provençaux à tous les officiers de son régiment, alors qu'il n'était encore que chef d'escadron aux chasseurs de la garde. Toutes les caves étaient illuminées, et, sur chaque tas de bouteilles, des écussons portaient le nom de Vannée et du cru. On but de tous les crus et de toutes les années.
On n'avait rien trouvé de mieux pour réjouir et pour moraliser la multitude, les jours de fêtes officielles, que de lui jeter à la tête, du haut d'une tribune, des saucis-
sons, des pains^ de» dindons rôtis; que dé faire couler le vin à flots, de tonneaux placés sur des estrades, dans des brocs et dans des seaux, défendus par des fiers-àbras coalisés.
La restauration mit fin à ces scènes ignobles et barbares.
Ce fut surtout sous Tempire que les cafés et les établissements de restaurateurs se multiplièrent.
Les cafés étaient devenus une nécessité pendant les orages de la révolution de 89; on s*y rendait soir et matin pour savoir les riouvelles et pour lire les feuilles publiques; on y pérorait; on y faisait de la politique ou de la littérature. Il y avait alors, comme plus tard sous la restauration, des cafés politiques et des cafés littéraires. Encore enfant, j'ai souvent vu avec envie, dans les cafés du Palais-Royal surtout, militaires ou bourgeois attablés autour d'un bol de puncb, dont on entretenait la flamme bleuâtre, comme les Vestales entretenaient le feu sacré ! On ne s'incendie plus l'estomac ni l'appétit. Avec la restauration Broussais vint !
De nombreux restaurants furent surtout fondés, pendant le directoire, par des chefs de cuisine de grandes maisons ruinées et qui n'existaient plus. Beauvilliers avait été chef de cuisine du prince de Condé ; Beauvilliers était le restaurateur le plus fréquenté par les grands personnages.
Robert avait été chef de cuisine de M. de Chalandray, ancien fermier général.
Au retom* de l'exil, M. de Chalandray entre chez Robert et reconnaît son cuisinier : Robert sert à son ancien maître le dîner le plus exquis, lui verse les plus grands
vins, et la carte détaillée ne s'élève qu'à six francs. Ce jour-là, c'était le cuisinier devenu riche qui avait traité le fermier général devenu pauvre.
On se souvient encore de Méot, de Legacque, des frères Véry, d'Henneveu et de Baleine pour leiu^ entrées, pour leur marée, pour leur broche et pom* leurs premiers crus.
La table de Cambacéi-ès donnait le ton à la cuisine d'alors. L'ai'chichancelier était assisté à chacun de ses dînei-s de deux gourmands de profession, de d'Aigi-efeuille et du marquis de Ville - Vieille. Cambacérès, voyant un jour d'Aigrefeuille se ruer sur un plat des plus savants, lui dit ; a D'Aigrefeuille, vous allez vous donner une indigestion ! — Je le sais, monseigneur. »
J'ai souvent vu Cambacérès, accompagné de d'Aigrefeuille et du marquis de Ville-Vieille , au sortir de ces festins, promener dans les galeries du Palais-Royal, en habits brodés, le second pouvoir de l'Etat, peut-être plus craint que respecté. Le pauvre d'Aigrefeuille, toujours trop repu, en passant devant le café de Foy, faisait un salut ; on savait ce que ce salut voulait dire : on lui apportait un verre d'eau glacée, qu'il buvait dans la galerie, pour regagner au plus vite la compagnie de son hôte illustre.
La cour des Tuileries offrait un éclatant contraî>te avec ces habitudes de gloutonnerie. L'empereur y donnait l'exemple de la tempérance et de la frugalité ; le dîner y durait peu. Les invités, c'était l'usage, dînaient avant ou dînaient après ces repas ofGciels.
Je suis assez hem*eux pour pouvoir publier à ce sujet
trois lettres d'un brillant officier, de M. Dubois Crancé, chef de brigade du l^i" régiment de chasseurs à cheval..
Ces trois lettres, datées de Tan vui de la république française, sont des récits précis et authentiques de ces temps-là.
Nous n*en retranchons pas un mot.
Paris, le 12 ploviôse an viii.
Rae Yivienue, liùtel des Etrangers.
« Je ne t'ai pas écrit dès mon arrivée , mon ami : on a tant de choses à faire dans ce grand pays ; on est si fatigué à la fin de la journée !
» D'abord j'arrive en maudissant la détestable voiture de ton beau-père, qui nous retint douze heures à l'hôtel, et qui enfin nous conduisit, tant bien que mal, ballottés et rompus, le troisième jour à Paris; une bonne nuit, un bain et la toilette réparèrent tout cela le lendemain, et je me mis en courses. Je fus fort bien i^çu chez les généraux, et Lefebvre me proposa de me mener chez le consul ; Chabaud devait aussi m'y mener, je le priai de l'en prévenir. Enfin, hier, j'y fus à l'heure du rapport avec le général Lefebvre. J'avoue que j'étais intimidé, mais son air affable me mit bientôt à mon aise ; il me dit : On m'a parlé de vous, je suis bien aise de vous voir ; venez diner demain avec moi. J*irai donc aujourd'hui, et j'examinerai avec plus de suite cet homme extraordinaire. Il travaille dix -huit hemes par jour. Le tour des ministres ne vient que le soir : « La nuit est longue, » dit-il. En effet, il n'est jamais couché avant quatre heures du matin; il tient six ou sept conseils d'Etat par décade, et y discute lui-même sur tous les objets
d'administration avec une précision, une clarté qui étonnent les hommes les plus habitués au travail. Le décadi est donné à un peu plus de repos ; il va passer ce jour à la campagne; madame Ghabaud y était avant-hier à dîner; il y avait un singulier assortiment : Tambassadeur turc, deux chefs de .chouans pacifiés, des sénateurs, des législateiu^, des peintres, des poètes, enfin sa famille très-nombreuse. Voilà à quoi se bornent ses plaisirs; ce jour-là on reste une heure à table, mais ordinairement il a fini son repas en vingt minutes. Je te donnerai des détails sur celui d'aujourd'hui.
» On a battu les chouans il y a quatre jours ; j'ai vu sept de ces pèlerins qu'on va fusiller : ils ont un uniforme gris avec gilet et revers rouges. Cette guerre est difficile à faire ; il y a beaucoup et de bonnes troupes. Le quatrième frère de B..., colonel du 5^ de dragons, est parti il y a peu de jours, avec son régiment, pour ce pays-là.
» On a envoyé des secours à Malte ; il paraît qu'on tient beaucoup à ce pays et à l'Egypte. On parle peu de paix et l'on y croit faiblement. Au reste, tout est fort secret.
» Je m'amuse médiocrement et ne serai pas fort retenu quand j'aurai fini mes affaires. J'espère faire venir mon dépôt à Sedan.
» Adieu! Ecris-moi; mes amitiés à tes dames. »
Le 13 plavidse an viii.
« Je t'ai promis quelques détails, mon ami, et viens te les donner. J'ai reçu ta lettre ce matin ; je te remercie
des choses obligeantes que tu fais pour ma cousine : j'y reconnais ton amitié pour moi et ton bon cœur.
» J'arrivai im peu tard au Luxembourg; on était à table : je saluai le consul; il me ut signe de prendre place.
))l.a table était de vingt couverts; nous n'étions que huit, y compris sa belle-fille et son frère. Bonaparte était de mauvaise humeur ; il ne parla qu'à la fin du repas et causa sur l'Italie. 11 mange très-vite et beaucoup, surtout de la pâtisserie. Les mets étaient simples, mais délicieusement acconmiodés. Il n'y a qu'un service composé de dix plats ; il est relevé par le dessert. On n'a été que dix-huit minutes à table. Bonaparte est servi par deux jeunes mamelouks et par deux petits Abyssiniens. 11 n'est pas vrai qu'il ne mange que des plats poiu* lui seul apprêtés. 11 a mangé entres autres d'un pâté aux champignons, dont j'ai eu ma bonne part; car tu sais que je les aime.
ri 11 boit peu de vin et le boit pur ; il se lève dès quUl a fini son dessert. On repassa dans le salon. Il me dit quelques mots sur la situation du régiment, tandis que nous prenions le café , et repassa de suite dans son ca* binét de travail ; le tout fut une affaire de vingt-cinq à tfenle minutes. J'allai de là voir à Feydeau les Deux Journées, channant opéra. L'orchestre est meilleur que jamais. Je n'ai pas encore été à l'Opéra. Je suis très^occupé de plaisirs> et trouve le temps trop court pour y suffire. Je pense qu'à mon retour on ne pourra pas me faire le compliment d'être engraissé.
i> Doiny me donne des leçons de guitare. Quel char* mant talent que celui de cet artiste! Je te quitte pour
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répéter ma leçon et m'endormir ; car il est deux heures du malin. 11 n'y a rien de nouveau : on fait toujours des progrès sur les rebelles ; il y en a qui se pacifient. Adieu! je t'embrasse.
» J'ai vu la belle Fanny^ je dine incessamment chez son père. »