‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 4)Chapitre 31 sur 46 · U MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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leyrand de son ardent désir de yisiter Paris; du bonheur qu*il aurait d*assister aux séances du conseil d*Etat présidées par Napoléon^ et de s'initier sous un tel maître à la science de Tadministration. »

Ces anciennes relations entre Tempereur Alexandre et le prince de Bénévent suffisent à expliquer comment Fempereur de Russie accepta Thospitalité de l'ancien ministre de Napoléon.

Les princes de la famille royale étaient déjà en France ; le duc d*Angoulême avait fait reconnaître Tautorité royale à Bordeaux, n y 'était arrivé dès le 12 mars. MM. de Martignac, Peyronnet^ Preissac^ Ravez, le comte Lynchy s'étaient mis à Bordeaux à la tête du mouvement royaliste.

Le comte d'Artois se rendit à Nancy avec les pleins pouvoirs de son frère et avec le titre de Ueutenant général du royaume.

Une lettre fut écrite, avec l'adhésion de l'empereur Alexandre, à M. le comte d'Artois pour l'inviter à se rendre à Paris. Cette lettre fut portée à Nancy par M. de Viti'olles. A Vitry, im autre messager lui apporta la constitution qui venait d'être décrétée par le sénat.

« Marchons toujoiu's, dit le comte d'Aiiois à ses amis^ nous verrons ensuite. »

Tout le gouvernement provisoire, cinq maréchaux de l'empire, de nombreux détachements de la garde nationale, et une foule immense portant des drapeaux et des rubans, reçurent le comte d'Artois à la bamère, au milieu du plus bruyant enthousiasme. Les maréchaux de

rcmpiic avaient seuls gardé la cocarde tricolore. Le prince poilait un chapeau orné de plumes blanches et d'une cocarde blanche que lui avait envoyée comme présent Fempereur d'Autriche.

M. le comte d'Artois, lieutenant général du royaume, s'installe aux Tuileries, et le gouvernement provisoire, pour être plus près du prince, et peut-êtra pour le surveiller, établit ses bureaux dans les appartements de ce palais.

^Lorsque, dans les conseils qui se tenaient chez M. de Talleyrand, on en fut venu au dénoûment de toutes les révolutions, à la distribution des places, des honneurs, et à des partages d'argent ; lorsque tous les membres du gouvernement provisoire eurent été nommés ; lorsque tous les amis de l'hôtel Talleyrand em-ent été pourvus, l'abbé de Pradt s'aperçut que lui seul avait été oublié. On lui souffla à l'oreille qu'il restait encore à nommer un grand chancelier de la Légion d'honneur ! l'abbé de Pradt, qui avait assisté à tous les conseils, et qui s'était rendu célèbre par un mauvais bon mot conti*e l'empereur, Juptïer-Scaptn, menaçait de se fâcher. On le nomma donc, quoique abbé, grand chancelier de la Légion d'honneur.

L'abbé de Pradt se rendit immédiatement à la chancellerie. 11 y trouva un ancien huissier du temps de l'empire qui lui ouvrit les portes, et qui, fidèle à ses habitudes, lui dit: a Mon général, vous n'avez ici qu'à commander, v

Ce fut le 24 avril 1814 que Louis XVIÎI débarqua à Calais; mais, avant de quitter l'Angleterre, il dut subu*

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des conditions; il dut accepter par lettres patentes, aoant de mettre le pied sur le sol français, la constitution proposée par le sénat. Tels furent à peu près les termes d*un message que le roi reçut du prince de Talleyrand. Il était cependant entendu que quelques modifications pourraient être apportées par le roi Louis XVni à cette constitution^ d'accord avec le sénat.

Le roi hâta son voyage vers Paris ; il arriva le 29 avril au château de Gompiègne.

L'abbé de Montesquiou^ Becquey^ Royer-CoUard^ y furent reçus par lui. Une députation du corps législatif vint le féciliter de son retour^ mais sans parler des conditions imposées, ni de la constitution du sénat.

L'empereur de Russie, l'empereur d'Autriche, le roi de Prusse, Beraadotte, prince royal de Suède, se rendirent aussi à Gompiègne, auprès du roi de France. Seul, Femperem* de Russie, à qui l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse avaient remis tous leurs pouvoirs, entretint de nouveau Louis XVIII de la constitution, des volontés du sénat; il lui fit entendre qu'il devait accepter le titre de roi des Français, qu'il fallait renoncer au droit divin et effacer de ses actes oCBciels ces mots : par la grâce de Dieu.

L'exilé d'Hartwel fit alors au czar, le souverain. le plus absolu de l'Europe, cette réponse pleine de dignité i

c( Le droit divin est une conséquence du dogme religieux, de la loi du pays, et cette loi ne peut qu'ajouter à la soumission, au respect des peuples, et par conséquent à leur repos, à leur bonheur; c'est par elle que^ depuis huit siècles, le droit héréditaire de la monarchie

D*BN BOtÎRGEOiS DE PARIS ^

est dans ma famille. Sans elle, je ne suis «qu'un vieillaid infirme, longtemps proscrit, réduit à mendier un asile; mais par elle, ce proscrit est roi de France !... Je ne flétrirai pas par une lâcheté le nom que je porte et le peu de jours que j'ai à vivre!... Je sais ce que je dois à Votre Majesté poiu* la délivraace de mon peuple; «mais si un aussi grand service devait mettre à votre discrétion l'honneur de ma couronne, j'en appellerais à la France ou je retournerais en exil. ï>

L'emperem* Alexandre n'opposa à ces belles paroles de Louis XVllI qu'un silence respectueux.

Cette journée se termina par un banquet. Le roi de France en fit les honnem-s à tous les souverains étran* gers. Le prince de Schwartzenberg, Blùcher et d'autres généraux de la coalition y furent admis; les cinq maréchaux qui étaient allés au-devant du lieutenant général du royaume y em^nt aussi lem* place. Ce jour-là, ils portaient la cocarde blanche.

Le lendemain, Louis XVIII se rendit à Saint-Ouen; une députation du sénat lui fut enfin annoncée.

Le président du sénat ne parla guère que de la constitution.

(( Vous savez mieux que nous que de telles institutions, si bien éprouvées chez un peuple voisin, donnent des appuis et non des barrières aux monarques amis des lois et pères des peuples. Oui, sire, la nation et le sénat> pleins de confiance dans les hautes lumières et les sentiments magnanimes de Votre Majesté, désireftt avec elle que la France soit libre, pom* que le roi soit puisssant. . . ^

Louis XVIII se contenta de répondre qu'il était sensi-

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