‹ Mémoires d'un bourgeois de Paris (volume 5)Chapitre 16 sur 34 · LE GÉNÉRAL CHANGARNIER · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL CHANGARNIER

« Il est une question qui préoccupe les esprits, jette quelque inquiétude parmi les amis de Tordre, et pèse phis ou moins sur la situation du moment. Nous voulons parler de certains faits, qu'on pourrait appeler, pour les résumer d'un seul mot, la question du général Changarnier.

» Nous ne voulons point écrire ici une biographie. Nous passerons même sous silence la vie militaire du général Changarnier en Afrique, où ses frères d'armes reconnurent en lui tous les mérîtes des grands capitaines. Pour nïieux étudier la part qui lui revient dans le rétablissement de Tordre et dans Tintimidation du parti démagogique, le général Changarnier ne datera pour nous que du 16 avril 1848, du jour où, jugeant avec la rapidité de son coup d'œil Theure de la crise et du danger, il obtint de M. de Lamartine et arracha de M. Ledru- Rollin Tordj-e de faire battre le rappel. De ce jour le parti de Tordre s'était compté, la garde nationale avait un

chef. Le général Cavaignac le comprit lorsque^ par l'ordonnance du 29 juin, il appelait M. le général Ghangarnier au commandement supérieur des gardes nationales de la Seine.

1» Ce choix était déjà une grande garantie pour Tordre. Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la république, voulut faire plus; il mit encore sous le commandement du général Cbangamier les troupes de la première division militaire. L'Assemblée constituante commença à comprendre ce qu'était le général Changai^nier et à prendre peur de tant de régiments placés sous la main d'un tel homme. Dès lors la guerre commence, et, sur une proposition de M. de Ludre, l'indemnité de cinquante mille francs, allouée au commandant supérieur des gardes nationales de la Seine, est battue en brèche et rejetée dans la séance du 3 avril 1849, par trois cent soixante et une voix contre trois cent quatre *.

)) Le général de brigade Perrot ayant été nommé par intérim commandant des gai*des nationales de la Seine, le général Changarnier ne conserva, en définitive, que le commandement de toutes les troupes de la première division militaire.

)) Dans ces temps où les flots du désordre n'étaient point apaisés, où la société était encore agitée et houleuse, l'attitude ferme et résolue du général en chef de l'armée de Paris fut décisive» Nous n'accuserons point ici les meneurs de l'Assemblée constituante de s'être réunis pendant la nuit en conciliabule, et de s'y être demandé

1 On répéta dans tout Paris le mot spirituel du général Changarnier, à propos de cette suppression de traitement : Ils n'ert seront pas moins bien étrillés, pour être étrillés gratis.

si^ avant Theure où les pouvoirs de la Constituante allaient expirer, le salut de la patrie n'exigeait pas qu'un coup d'État fût tenté; mais ce qui est certain, c'est que l'attitude du président de la république et la présence du général Changarnier à la tête de toutes les troupes concentrées sur Paris auraient bien affaibli les chances de succès des conspirateurs s'il s'en fût trouvé. On se rappelle le 13 juin! L'importance et le respect qui s'attachent au nom du général Changarnier résument donc avec justice les titres d'honneur et de gloire qu'il s'est acquis enroontrant constamment, dans nos plus mauvais jours de crises politiques, autant de coup d'oeil, de décision et d'audace que dans un jour de bataille. »

Le récit que m'avait fait M. de Momy de la conférence chez M. Thiersj m'inspii'ait la plus grande confiance dans le général Changarnier ; aussi cet article se terminait-il ainsi :

« En résumé, le général Changarnier tient de Louis- Napoléon JBonaparte le grand commandement qu'il occupe. L'usage qu'il en fera a pour garantie son honneur. Entre le président de la république et le général Changarnier, 11 y a une solidarité de sentiments et de dangers ! C'est pourquoi nous ne craignons pas de le dire, le général Changarnier, qui compte déjà plus d'un service rendu, aidera puissamment le président de la république à sauver la France, la société, la civilisation tout entière. »

Malheureusement, M. le général Chargarnier donna

tas MÉMOIRES

vite un démenti aux prophéties, aux espérances du Constitutionnel.

Sous la Constituante, la situation politique de M . Thiers était la même que celle du général Changarnier.

Le président de la république, pouvoir nouveau, se trouvait placé en face d'une Assemblée qui lui était hostile, et cependant, pour éviter tous conflits, il n'avait d'autre ressource, d'aulre expédient que de s'entouier de ministres parlementaires. Dans cette Assemblée^ par son attitude courageuse et réactionnaire, M. Thiers se place à la tète du parti modéré. Alarmé des dispositions et des projets presque publics de la Constituante, estimant que le ministère parlementaire, dont faisaient cependant partie MM. Barrot et Passy, n'était point à la hauteur du danger présent, M. Thiers ne voit alors une ancre de salut que dans le président de la république. ïl s'intéresse à toutes les combinaisons, à toutes les entreprises que conseillaient les périls menaçants, et sans établir avec le prince Louis-Napoléon des communications directes qui eussent pu les compromettre tous deut dans la Chambre, il noue avec le président de la république des relations presque quotidiennes dont M. le comte de Momy était l'intermédiaire. Peut-être même M. Thiers pourrat-il se rappeler sa correspondance de ce temps-là avec le représentant du Puy-de-Dôme. Cette correspondance suf-* firait à fournir la preuve de l'honorable et courageuse complicité qui existait alors entre M. Thiers et M. le comte de Morny, pour sauver la France.

Ne sait-on pas que la Constituante conçut le double projet de mettre en accusation le président de la république, en même temps que ses ministres, et de se pro-

roger à l'heure où ses pouvoirs allaiékit exj^lrer? Dans cette sinistre prévision^ tous les hommes de cœur dévoués à l'ordre se rapprochèrent comme pour se sentir les coudes^ et dans ces circonstances^ la conférence sur un projet de coup d'État entre M. le comte de Morny^ MM. Thiers et Ghangarnier n'était qu*une mesure de prévoyance; c'était même une bonne action au point de vue de tous les intérêts du pays.

Alors que les meneurs de l'Assemblée constituante se réunissaient chaque nuit pour se demander 31 le salut de la république n'exigeait pas qu'ils tentassent un coup d'État^ qu'ils missent en prison le président de la république et ses ministres, M.Thiei*s, dans son haut bon sens^ pouvait-il penser que la légatité fût aiors la ressource la plus sûre contre le désordre ^t Combien d'honnêtes gens^ combien d'hommes politiques étaient alors convaincus de la nécessité de se défendre non par la légalité^ mais par la force I Les plus courageux s'y préparaient; M. le général Ghangarnier^ M. Thiers^ M. le comte de Momy^ furent de ceux-là.

Mais pour maintenir par des preuves la véracité de mon récit, rappelons surtout à M. le général Ghangarnier des faits publics qui sont encore aujourd'hui dans la mémoire de tous.

M. le prince Napoléon Bonaparte^ dans la séance du 3 janvier 1851 de l'Assemblée législative^ interpelle le ministre de la guerre^ M. le général Schramm^ et s'exprime en ces termes * :

1 Voir la lettre de M. Thiers insérée dans la ?n$H le 21 mal 1855.

' Moniteur du 4 janvier 1851.

<K Cest avec un profond étonnement et, je dois le dire^ avec un profond chagrin que j'ai lu hier, dans un journal semi-officiel (la Patrie), un article qui m'a profondément peiné, comme Français et comme membre de cette Assemblée. Je vais vous donner communication de cinq articles extraits de l'instruction générale et permanente donnée par le commandant en chef de l'armée de Paris; cette instruction contient vingt-six ariicles.

» PLUSIEURS VOIX. La date, la date !

)> M. cRÉMiEux. C'est permanent.

» M. NAPOLÉON BONAPARTE. JC Hs.

» I. J}f' obtempérer à aucune réquisition qu'après avoir reçu l'ordre du lieutenant général.

» II. Ne pas écouter les représentants.

» IV. Fusiller à l'instant les traîtres.

» XX. Tout ordre qui ne provient pas du général en chef est nul; rejeter les conseils donnés par tout officier étranger au commandement des troupes engagées. Il n'y a d'exécutoire que les ordres du général en chef et de ses agents réguliers.

» XXI. Toute réquisition, sommation ou demande d'un fonctionnaire civil, judiciaire ou politique sera rigoureusement repoussée. »

Au milieu d'une grande agitation de l'Assemblée, M. le général Changarnier demande la parole et s'exprime ainsi :

a Mon honorable ami, M. le général Schramm, ministre de la guerre, veut bien me permettre de donner un renseignement qu'avec le temps il ne pourrait pas

tronver^ attendu que l'instruction signalée par le journal la Patrie n'existe pas.

)> ui«E VOIX A GAUCHE. Elle n'existe peut-être plus» mais elle a existé.

y> M. LE GÉNÉRAL CHANGARNiER. SI elle avait existé^ elle existerait encore. Je déclare que non seulement les articles cités par la Patrie ne sont pas textuels , mais qu'il n'y a rien de pareil dans les instructions permanentes ou transitoires émanées du quartier général du commandant en chef de Tarmée de Paris.

» Dans aucune de ces instructions permanentes ou transitoires^ le droit constitutionnel de l'Assemblée de requérir les troupes n'a été mis en question.

» Il est très-vrai que lorsque l'administration présidée par mon honorable camarade Cavaignac m'a appelé au commandement en chef de la garde nationale, j'ai cru devoir publier une instruction qui, peu de temps après, a été textuellement reproduite pour l'armée, lorsque Tarmée a été à son tour placée sous mon commandement. Dans cette instruction, je prends toutes les précautions nécessaires pour Texacte transmission des ordres et pour maintenir l'unité du commandement durant le combat,

n M. LE PRÉsiDEM. Yoiià le mot.

V M. LE GÉNÉRAL CHANGARNIER. CcttC lustrUCtlon a vlugt-

neuf mois de date, et les administrations qui se sont succédé l'ont toutes approuvée. Elle était du reste imprimée. »

Le lendemain de cette séance, la Patrie répondait en ces termes à M. le général Changarnier :

» Et qu'ont dune de si étrange les articles que nous avons cités^ articles textuellement extraits^ nous le répétonsy d*une instraction générale etpermanente, qui aujourd'hui même encore est à l'ordre du jour de l'année. Depuis quand n'est-ce pas le devoir du soldat iidè|e de fusiller les traîtres? Que deviendrait donc l'unité du commandement dans le combat et hors du combat, si le premier fonctionnaire venu pouvait disposer d'une partie de la force armée? Où en serait la discipline, si tous les ordres donnés aux troupes ne devaient pas émaner du général en chef? Et depuis quand, enfin, un représentant est-il à lui seul l'Assemblée tout entière ? Quoi ! les soldats devraient obéir à chaque représentant ! Ce serait la confusion des confusions ; car il y aurait autani de tolontés que de représentants.

» Ah ! ce n'était pas pour désavouer des instructions aussi sages, aussi prudentes, aussi conformes à l'esprit et à la discipline militaires, aussi utiles au salut de l'ordre et de la société que M. le général Cbangarnier aurait dû monter à la tribune ; c'eût été pour les défendre avec la loyauté du soldat et du citoyen. Cest le cas de dire ce que Voltaire disait de Dieu : Si ces instructions n'existaient pas, il faudrait les faire, car non-seulement nous affirmons qu'elles existent, mais nous les louons, nous les approuvons sans réserve, et au fond du cœur il n'est pas un seul militaire, digne de porter Tépaulette et l'épée, qui ne pense de même. Et cependant M. le général Cbangarnier, qui les a données, les a désavouées. Il est vrai que ce désaveu a été porté à la tribune avec tant d'embarras, il est vrai qu'il a été entouré de tant d'ambages, de conli-adictions, d'équivoques et de réticences,

([ue nous pardonnons volontiers à M. le gdnéral Changarnier un déroentl injuste et immérité^ qui a dû coûter beaucoup à sa loyauté de soldat,

» Quoi I M. le général Changarnier a pu dire à la face du pays et de TAssembiée que les instructions dont nous avons cité un extrait n'existaient pas^ n'ont jamais existé ! Mais nous l^s avons lues^ ce qu'on appçUe lues^ de nos propres yeux^ dimanche matin ; nous les avons eues entre nos mains pendant plusieurs heures ; nous en avons pris une copie exacte et complète sur un original signé de Tun des généraux de brigade de Tannée de Paris^ qui les a transmises directement aux ofGciers des troupes placées sous son commandement. Dira-t-on que ce gé-^ néral de brigade a imaginé des instructions pareilles? Qui oserait supposer qu'un général de brigade appartenant à l'année de Paris^ dans laquelle M. le général en chef maintient avec tant de rigueur les règles de la plus sévère discipline^ aurait pu prendre sur lui de donner des instructions aussi graves^ s*il ne les avait pas reçues lui-même de son supérieur hiérarchique ?

» D'après ce que nous affirme une personne digne de toute confiance^ la pièce dont nous avons extrait les cinq articles que nous avons publiés est le résumé écrit des ordres verbaux d<H)nés par M. le général Changarnier auxgénéraux de brigade placés sous ses ordres. Ceux-ci les eomnraniquent aux chefs de corps lorsqu'ils viennent en garnison à Paris^ et nous savons^ de source certaine, que ces mêmes instructions ont encore été transmises, il y a à peine un mois, à des officiers nouvellement arrivés.

» Cette pièce est entre nos mains ; nous pourrions.

nous devrions la publier en entier pour notre défense, mais nous avons promis sur notre honneur de ne pas donner d'autres articles que ceux déjà cités. Nous ne portons ni l'épaulette ni l'épée, mais quand nous donnons notre parole^ nous la tenons.

» Nous laisserons triompher nos adversaires^ et dussions-nous rester seuls à porter le front aussi haut que le cœur^ au milieu de la défaillance et de la faiblesse universelle, nous maintiendrons même contre M. le général Ghangarnier la véiacité de nos affirmations et Texactitude de nos citations. Ce n'est pas nous que la perspective d'un triumvirat africain peut efifra^fer. 11 nous Importe peu que M. le général Ghangarnier donne aujourd'hui la main aux généraux Gavaignac et Lamoricière, qu'il écrasait hier de sa supériorité, et qu'il briserait demain, s'il le pouvait, sous sa dictature. Nous ne craignons pas plus les Gromwell que nous n'aimons les Monck. Fussions-nous au pied de la tribune, à la barre de l'Assemblée, nous dirions : Oui, ces instructions ont existé; oui, elles existent encore; oui, les citations que nous en avons faites sont exactes ; car il y a quelque chose qui est au-dessus de tout : c'est la vérité.

» Amédée de Géséma. »

A la négation publique, au démenti du général Ghangarnier, j'oppose encore les faits suivants :

Au mois de mai 1849, un ordre du jour ayant pour but de soustraire l'armée à l'autorité que voulait s'arroger l'Assemblée constituante fut communiqué aux colonels deô régiments de la 1'* division militaire par le général

Reil)ell^ mais en simple lecture, comme l'avait prescrit le général en chef, et non par écrit, comme c'était Tusage. Le colonel de Goyon demanda cependant à prendre copie de cet ordre du jour, ce qui lui fut accordé. Il n'y eut pas lieu d'appliquer l'instruction du général en chef; mais ce qui est positif, c'est que quand cette instruction parut dans les journaux, sous la signature du général Reibell, comme ordre permanent donné au 5* de hussards qui avait remplacé les lanciers en 1850 à Paris (colonel Bertin Devaux), M. de Goyon reconnut parfaitement les instructigns dont il avait pris copie au mois de mai 1849.

Ces faits ne sont-ils pas une preuve que, malgré la dénégation du général Changarnier, les instructions n'étaient pas seulement données pour être exécutées durant le combat ; mais qu'elles constituaient, au contraire, une instruction permanente pour les troupes de là r* division militaire, instruction, d'ailleurs, comme on Ta dit, pleine de prévoyance pour le maintien de la discipline et pour soustraire Tarmée à des ordres arbitraires et à d'incessants embauchages.

Ainsi, M. le général Changarnier, qui nie la conférence pour un projet de coup d'État, niait aussi les instructions qu'il avait données comme commandant en chef de l'armée de Paris.

Poursuivons :

Alors que TAssemblée constituante semblait vouloir se proroger, alors que Ton rajàpelait Tarlicle de la constitution obligeant Tarmée à répondre aux ordres du président de TAssemblée, qui ne se souvient que M. le général Changarnier^ mandé par M. Marrast^ président de là

S40 . MâMOfRES

Constituante^ refusa de se rendre près de ce dernier; il ne lui envoya^ comme par dédain^ qu*un de ses aides de camp ; mais à ce fait connu je puis ajouter de nouveaux faits qui furent rapportés presque publiquement par M. le général comte de Goyon après la dissolution de la Constituante.

A la veille de l'expiration des pouvoirs de cette Assemblée, M. le capitaine d'état-major Robinet vint de la part de M. le général Changarnier trouver M. de Goyon, alors colonel du 2"^ régiment de dragons ^

a Mon colonel, dit M. Robinet, le général Changarnier me charge de vous demander si avec votre bon régiment, commandé par vous, vous vous feriez fort d'entrer dans un club, dans une réunion, dans une assemblée, avec la même puissance d*action qu'un bataillon d'infanterie ?

— Oui ; certainement, répond le colonel de Goyon, et peut-être même avec plus de puissance d'action, par cette raison que j'ai dans mes pistolets une arme plus maniable que le fusil et que j'ai dans mes sabres une longue baïonnette plus à craindre que celles placées au bout des fusils de l'infanterie. Je me charge donc au besoin d'entrer dans un dub, dans une réunion, dans une nssem*

1 Ce régiment occupait le quartier du quai d'Orsay, voisin de la Chambre des députés; ses escadrons avaient résolument marché dix-sept fois contre Téraeute^ soit dans les départements, soit à Paris. Le colonel de Goyon et son régiment avaient toujours montré un dévouement s» héroïque à Tordre et au salut de la société, que les officiers de la 10« légion de la garde nationale donnèrent un banquet, au colonel et aux officiers du 2« de dragons, lorsqu'ils vinrent prendre garnison à Paris*

blée, le sabre d'une main et le pistolet de Tautre, et je garantis le succès.

— C'est bien, mon colonel, je vais rendre compte de notre entretien au général commandant en chef, t» M. Robinet part au galop et revient peu de temps après.

« Le général Ghangai'nier s'attendait à votre réponse; il me charge de vous dire qu'ayant, lui aussi, sa baïonnette dans son épée, il vous prie de lui faire donner douze pistolets de votre régiment ^.pour être ainsi que son état-major armé comme vos dragons.

— Je vais vous envoyer les douze pistolets dès mon retour au quartier du quai d'Orsay. >» (Cet entretien avait lieu chez M. le comte de Goyon, rue d'Astorg.)

a Je suis à cheval, reprit l'officier d'état-major, le général est pressé, ne pourriez-vous pas me donner un ordre écrit pour que ces pistolets nous fussent remis ? )>

Ainsi dit, ainsi fait.

Les douze pistolets sont portés chez M. le général Ghangarnier; le colonel du 2"® dragons se rend immédiatement au quartier pour se tenir prêt à exécuter les ordres qui avaient été annoncés avec tant de précision.

L'ordre définitif ne fut pas expédié. La dissolution de l'Assemblée constituante rendit inutile le coup de main; cependant le général Changarnier garda les douze pistolels, il n*en fît la remise que lorsqu'au avril 1850, le 2« régiment de dragons quitta Paris pour se rendre à Lyon.

1 Chaque régiment possède des armes supplémentaires. V i6

Si je n'ai pas^ dans la première édition des Mémoires d'un Bourgeois de. Paris, raconté ces faits à propos des projets de coups d'État, c'est que je ne supposais pas que M. le général Changamier me mettrait dans la nécessité de fournir des preuves d'une conférence et d'entreprises que lui conseillait alors son patriotisme.

Ces faits^ dont aucune des minutieuses circonstances n'est omlse^ attestent plus qu'une conférence pour un projet de coup d'État, ils attestent un coup d'État décidé. On a fait choix du régiment et du colonel; les armes sont prêtes; le général Changamier emprunte même douze pistolets pour que les officiers de son état-major puissent attaquer et se défendre comme de simples dragons.

Certes^ on ne se préoccupe de tous les* détails d'exécution d'un pareil coup de main^ qu'après s'être concerté avec les honmies pditiques dont les conseils et J'appui étaient, avant et après, indispensables au succès d'un si audaeieux 18 brumaire; ne fallait-il pas en avoir conféré avec un représentant du président de la république, avec les chefs du parti modéré dans la Chambre? Je me résume : la Constituante voulait ne pas mourir. Pendant qu'elle se préparait à des complots, on conférait, on s'armait pour se défendre ; conférences, projets de coups .de main, tout cela n'est pas seulement yrai, mais tout cela est même vraisemblable.

Sans doute, je regrette; de surpr^idre en défaut de mémoire V, le général Changamier; je regrette même bien siqçèii^ment de rappeler ici tons ces faits personnels qui se rattachent cependant à l'histoire; mais j'^ publié un récit sans mauvaise pensée, sans perfides intentions^

On nie ce récita des mots injurieux sont prononcés^ je n'accuse donc pas, je me justifie; il y va de l'iionneur d'un écrivain de prouver-qu'il ne ccUomnie point, qu'aucune passion, qu'aucun intérêt ne peut Tentraîner à altérer la vérité.

Ajoutons qu'on a le droit de ne tenir aucun compte d'un démenti qui n'est qu'un outrage fait sciemment à la vérité par uu personnage intéressé à la trahir. Quand ii s'agit d'un fait et surtout d'un fait historique, on ne met pas la main sur la poignée d'une épée, on la met sur sa conscience !

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