RÉPONSE DE M. DE IIORNT
«Ne faites rien ÎD
LE PRÉFET DE POUCE AU MiniSTRE DE l'iNTÉRIEUR.
€ 4 décembre.
» Mon devoir exigé qu'on me rende mes canons et bataillons. Est-ce le général Magnàn qui refuse de les rendre?»
Dans toutes les dépêches^ dans toutes les réponses de M. le ccnnte de Morny à M. le préfet de police^ on voit quelle mesure» qudle sage réserve M. le ministre de Tintériiçiir ap(>Qrtait dans la répression; il réprouvait surtout les rigueurs inutiles.
Fidèle à ses amis» même lorsqu'ils comptaient dans les rangs ennemis» M. le comte de Morny «ut coiieilier> par
les appréciations les plus intelligentes, les nécessités impérieuses de la situation et les ménagements de bon goût envers d'anciennes amitiés.
Je suis heureux de pouvoir en donner ici plus d'une preuve :
< Vincennes, 5 décembre 1851.
» Merci de votre lettre, mon cher ami ; merci surtout de m'avoir traité comme je vous aurais traité, si les rôles avaient été intervertis, avec une courtoisie affectueuse, mais en ennemi politique qu'on respecte.
» Nous allons continuer à marcher dans des voies différentes; mais ces circonstances suprêmes, qui ont brisé tant d'amitiés, resserreront, j'en suis certain, les liens d'affection et d'estime qui nous liaient depuis tant d'années.
» Merci encore. ^
» A vous,
» Signé : Bixio. »
€ Vendredi 23 janyier f852.
» Mon cher Momy,
» Je dois à ton ancienne amitié de n'avoir encore été ni arrêté, ni exilé, ni transporté. J'ai accepté sans peine un service que j'sKirais trouvé tout naturel de te rendre si les rôles eussent été intervertis; et à présent que tu n'es plus au pouvoir, de bon cœur je te remîercie.
» Signé : E. d'Altok. »
( M. de Momy venait de donner sa démission de toinistre de l'intérieur.)
Voici dés renseignements complets^ qui mettront en lumière la conduite de M. le comte de Morny envers le général Gavaignac, et la famille honorable dans laquelle le général allait entrer. Ces renseignements montreront aussi quels étaient les sentiments du prince Louis-Napoléon envers le général Cavaignac.
Après le 2 décembre, M. James Odier avait sollicité du ministre de Tintérieur, pour sa femme et pour sa fille, la permission de visiter le général Cavaignac à la prison de Ham, où le général était détenu. Cette permission fut accordée. Voici une première lettre de remercîments de M. James Odier ^
« Monsieur le ministre,
» Permettez-moi de vous offrir Teipression de ma profonde reconnaissance, pour la manière toute paternelle dont vous avez bien voulu me répondre hier.
» J^ai encore une fois recours à votre bonté pour l'envoi de la lettre incluse.
» Voulez-vous me permettre de vous remercier demain en personne, et de vous exprimer de vive voix toute ma gratitude? Vous m'obligerez en me faisant connaître l'heure à laquelle vous pourrez me faire l'honneur de me recevoir.
» Encore une fois, merci.
» Votre dévoué et reconnaissant serviteur^
)) James Odier. »
Paris, le 7 décembre 1851.
i Plusieurs des lettres reproduites ici ont été publiées par les journaux. J'ai pu, dans les journées qui suivirent le 2 décembre, prendre copie même de celles qui ne furent pas publiées.
Vt% MÉMOIRES
Voici une nouvelle demande de M. James Odier :
« Monsieur le ministre^
T» Ma femme et ma fille sont parties hier pour Ham. Le commandant du château^ auquel madame Odier a écrit de suite^ a fait quelques difficultés pour les admettre^ en raison de ce que la permission que vous avez ea la bonté de me donner avant-hier portait les noms de monsieur et mademoiselle, et non pas ceux de madam Odier. — Cependant, à forcé de sollicitations, il a consenti à admettre ces dames; mais il n'a consenti à leur laisser voir le général que pendant uiie seule heure^ et encore en présence d'un gardien.
D Je ne savais pas que les règlements des prisons d'État fussent aussi sévères.
» N'y aurait-il pas moyen^ monsieur le ministre, qa^ le temps de l'entrevue fût un peu prolongé, et que l'on permit au général et à sa future de se parler sans témoins?
» Je regarderai comme un véritable bienfait de votre part toute extension que vous voudi*ez bien faire domier à celte autorisation, et vous prie d'avance d'en agréer l'expression de toute la gratitude de
1» Votre reconnaissant serviteur^
» Signé : jAiœs Odier. »
Parif, 10 décembre 1851.