NOUVELLE LETTRE DE REMERCIMENTS
« Monsieur lé ministre, 1» Mille fois pardon de mes nombreuses importunitA^*
— Ma femme et ma fille ont vu le général Cavaignac hier ; vous les avez rendues bien heureuses, et je viens vous en remercier du fond du cœur. — Le commandant du château n'a voulu les admettre qu'une seule fois et pour une seule heure.
» Aurez-vous Textrême bonté de permettre que, pen-, dant les deux ou trois jours que ces dames comptent en-* core rester à Ham, eUes soient admises une heure par jour. — Ce serait un bienfait de votre part.
» Jusqu'à ce moment, on n'a pas voulu permettre au général d'écrire à sa future : ne pouiTez-vous pas autoriser M. le commandant à recevoir du général ses lettres ouvertes, pour vous les faire tenir directement, monsieur le ministre, et les recevou ensuite de vous.
» Vous devez me trouver bien importun^ mais il s'agit du bonhem' de ma fille, vous m'excuserez ceitainement.
» Encore une fois, merci de ce que vous avez déjà bien voulu faire pour nous et de ce que vous ferez encore.
» Votre reconnaissant serviteur,
» Si'Qné : James Odier.
» -Paria, ce jeudi 11 décembre 1851. >
Le 16 décembre 1851, M. le ministre de l'intérieur écrivait à madame OUier :
« Madame,
» M. le président de la république a dû, dans les premiers moments, prendre des mesures trop graves pour s'arrêter devant des considérations de personnes; iriais
il m*a exprimé, immédiatement après le rétablissement du calme , le désir de rendre à la liberté M. le général Cavaignac^ dont il n'a pas oublié les services rendus à Fordre et à la société, et qu'il ne confond pas avec les conspirateurs qui méditaient la ruine de son pouvoir.
» N'ignorant pas l'opinion de toute votre famille et désirant lui donner une preuve de son bienveillant intérêt^ il m'a cbai'gé de vous dire qu'il verrait avec peine que la cérémonie du mariage de mademoiselle votre fille avec l'honorable général fût attristée par les murs d'une prison^ et de vous adresser l'ordre de sa mise en liberté. Je n'ai pas besoin de vous dire avec quel plaisir je m'acquitte de cette commission, et je vous prie d'agréer l'assurance de mon profond respect.
D Signé : Â. de Mornt. »
Le 17 décembre 1851, M. le général Cavaignac crut de son devoir d'adresser, du fort de Ham, à M. le ministre de l'intérieur, la réponse suivante :
« Monsieur le ministre,
» Madame Odier, bientôt ma belle-mère, me remet à l'instant l'ordi'e de ma mise en liberté. A cet ordre est jointe une lettre que vous lui avez adressée.
» Si M. le commandant du fort de Ham eût reçu Tordre pur et simple de m'ouvrir les portes de cette prisun, j eusse purement et simplement aussi repris ma liberté, qui m'a été illégalement ravie ; mais l'ordre qui me concerne est accompagné d'une lettre que vous n'avez pu considérer comme une confidence et qui devait naturel-
lement m'être communiquée. Le commentaire qu'elle renferme et les motifs qu'elle prête au pouvoir au nom duquel vous agissez ne sont point de nature à être acceptés par moi.
» Certes^ personne plus que moi n'a à souffirir et ne souffre des tristes débuts faits à mon union avec mademoiselle Odier; mais je n'admets pas, elle n'admet pas elle-même que cette considération soit celle qui doit me faire rendre à la liberté. Je dois sortir d'ici, monsieur le ministre, par un seul motif : c'est parce que je n'ai rien fait pour ^ être. 11 ne dépend pas de moi d'être prisonnier malgré ceux qui m'ont illégalement arrêté ; mais il dépend de moi et il est de mon honneur de n'accepter aucun compromis tacite avec mes obligations envers moi-même.
» En conséquence, monsieur le mîinistre, j'ai l'honneur de vous déclarer que je resterai ici jusqu'au vendredi soir 29 du mois. A. cette époque, je remettrai à M. le commandant l'ordre que je conserve. S'il n'en a pas reçu de contraire, je serai en droit de dire et de regarder comme reconnu par le gouvernement lui-même qu'ainsi que je le disais plus haut, je suis sorti de prison par cette seule raison qu'il n'y avait pas de motif légitime de m'y retenir.
» Recevez, etc.
» Signé : Général Cavaignac. »
le 18 décembre 1851, M. le ministre de l'intérieur répondait au général Gavaignac la lettre suivante, pleine de modération et de bon goût :
« Général^
» Lorsque j'écris, c'est avec Tintention que mes lettres soient lues seulement par les personnes à qui elles sont adressées.
» En transmettant à madame Odier Tordre de votre mise en liberté, je n'ai eu d'autre but que d'être agréable à une famille que j'aime et que je respecte ; je n'ai pas songé à autre chose. Si je me suis laissé aller à parler des sentiments de M. le président de la république, c'est que (et vous le savez mieux que personne , général) si les grands actes politiques qui ont pour but le salut d'un pays imposent parfois de dures nécessités, ils n'effacent pas les sentiments d'estime qu'on peut éprouver pour ses advei^aires, et n'en interdisent pas l'expression.
» Vous comprendrez donc que je ne réponde pas à ce
que vous me faites l'honneur de me dire sur rillégalité
de votre arrestation, et que je me borne à me féliciter
que la date du 19, choisie par vous, soit si rapprochée.
» Veuillez recevoir, etc.,
» Signé : A. de Mornt. »
Je puis encore publier ici, avec l'autorisation du maréchal Magnan, qui rendit de si importants services dans les journées de décembre , les lettres que lui adressait M. le comte de Morny, ministre de l'intérieur :
LE MINISTRE DE l'iNTÉRIEDR AU GÉNÉRAL MAGNAN.
< Paris, le 3 décembre 1851.
» Parmi ces cent cinquante députés , il y a des inof-
fD'UN BOURGEOIS DE PARIS 277
fensifs ; mais il y en a qui ont prononcé la déchéance du président : ce sont MM. Berryer, Oudinot et Piscatory. Il est impossible de relâcher ceux-là sans manquer à ses devoirs.
» Le préfet de police donne > je crois ^ des ordres en conséquence.
» Signé : Mormt. »
LE MINISTRE DE L'iNTÉRIEUR AU BHNISTRE DE LA GUERRE.
c Paris, le 3 décembre 1851.
» Un ami m'apprend que l'arrondissement doit être couvert de barricades demain : je vous transmets cet avis ; car il est de la plus grande importance que le service du ministère de Tintérieur soit assuré.
» Le secrétaire particulier du minislrey )» Signé : Léopold Lehom. »
LE HimSTRE DE l'uITÉRIEUR AU GÉNÉRAL EN CHEF.
€ Paris, le 2 décembre 1851.
« Les patrouilles de la nuit ne sont pas bonnes. Elles sont peu nombreuses^ facilement entourées. Il vaudrait mieux ne pas voir de troupes du tout ou en voir davantage. Cela les fatigue inutilement.
» Je maintiens avec entêtement mon système : la police seule pour épier les projets; la troupe pour agir violemment si ces projets s'exécutent. Mais de grosses patrouilles n'empêchent jamais rien ; elles rendent seulement Tusage des troupes moins efficace le lendemain.
» Signé : Morny. »