‹ Mémoires d'un bourgeois de ParisChapitre 10 sur 71 · MOLÉ · texte numérisé non relu

MOLÉ

Le roi aimait à causer, à dire ce qu'il pensait de chacun et de toutes choses j il ne gardait un secret que lorsque le succès de ses idées ou Tintérêt de ses ministres Texigeait. Louis-Philippe était même bavard; mais il n*était ni léger, ni indiscret ; quelquefois même il cachait ce qu'il voulait taire sous la pit)lixité de ses paroles.

Sur la politique de tous les jours, à la corn*, rien ne se disait, ne se faisait à huis clos ; rien ne se décidait

même sans que toute la famille eût été consultée, sans que le roi, la l'eine, Madame Adélaïde et les jeunes princes eussent donné leur adhésion. Une personne de confiance futun jour envoyée à Saint-Gloud, par M. Guizot$ pour une communication à faire au roi. Il s'agissait de le déterminer à se rendre près de la reine Christine, alors à Paris, pour obtenir d'elle qu'elle retournât promptement à Madrid. L'envoyé de M. Guizot exposa Taffaire, qui n'était point sans importance. Le roi trouva justes toutes les observations qui lui furent présentées; il promit de faire ce qui était utile. Cependant, au dernier moment, il se ravisa : « Pour une démarche aussi délicate, dit-il, je tiens à consulter la reine. » 11 sonne. La reine, prévenue, se rend auprès du roi. « Écoute, ma chère amie, une communication de M. Guizot : je serais bien aise d'avoir ton avis. » (Le roi tutoyait la reine.) L'envoyé du ministre recommence le récit des faits, la reine approuve. « Mais est-ce que nous ferons cette visite sans avoir consulté la princesse Adélaïde? » ajouta le roi. Le rei sonne. La princesse se rend à ce petit conseil de famille ; tous les faits sont racontés une troisième fois. Madame Adélaïde partage l'opinion du roi et de la reine, a Mais est-ce que vous irez, dit-elle, sans Montpensier, chez la reine Christine, sa bellemère? » Le duc de Montpensier, devant qui on recommence une quatrième fois la communication, approuve tout; mais le roi, après réflexion, ajouta encore : « Est-ce que nous n'emmènerons pas Fernande ' ? — Non, non, répondit brusquement le jeune duc; nous

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