‹ Mémoires d'un bourgeois de ParisChapitre 20 sur 71 · harriU. courtih^ mots patois, pour friches, berbages · texte numérisé non relu

harriU. courtih^ mots patois, pour friches, berbages

revinrent en mémoire avec un charme inexprimable; parfois^ les larmes m*en venaient aux yeux.

» Peu à peu le goût du barbouillage s'empara de moi, et ne m'a plus quitté depuis.

» A la pension, je me liai d'amitié avec un camarade gentil d'esprit et doué d'heureuses dispositions (Philirbert Bouchot^ mort tout jeune); et, dès que je le pus faire, j'enti'ai comme élève diez son père, qui était peintre. M. Bouchot me donna quelques bons avis; je lui dois des observations utiles ; j'appris chez lui un peu de géométrie, d'architecture et de perspective* Je le quittai néanmoins, et fus reçu dans l'atelier de M. Abel de Pujol, que son bon tableau du Martyre de scdnt Etienne venait de placer au rang de nos meilleurs peintres. — Je travaillai volontiers dans les commencéments. Malheureusement, le maître, bon et indulgent, absorbé d'ailleurs par ses travaux, était peu propre à me faire comprendre l'utilité, l'importance même des études, dont je n'apercevais guère que la monotonie. Le dégoût me vint, et je quittai l'atelier. — J'essayai chez-moi quelques petits tableaux : on me les acheta, et dès lors mon éducation de peintre fut manquée. Toutefois, je dus beaucoup à un amateur né avec une imagination et une ardeur d'artiste : M. le baron d'Yvry, par ses bons avis et sa verve chaleureuse, me tira plus d'une fois de Tapâthie et du dégoût, ou plutôt du découragement où je tombais de temps en temps; depuis mon début jusqu à sa mort, cet homme aimable et distingué m'honora de sa bienveillante amitié.

» J*ai fait successivement plusieurs voyages, en Suisse d*abord, puis dans le midi de la France, plus tard dans

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le LeTant, et, en dernier lieu, en Italie; mais le midi de la France conserva toujours sa bonne part dans ma prédilection. -^ Je tàtai divers genres, marchant à tâtons, chancelant, trébuchant aux ornières et aspérités du chemin, et m'accrochant aux ronces et buissons qui le bordent : sans direction, sans théorie, semblable enfin à un navigateur sans boussole, et m*épuisant quelquefois à poursuivre Fimpossible. — Sorti par ricochet de récole de David, je me trouvai nu et désarmé ; car^ malgré les puissantes et incontestables facultés de ce peintre, l'absence de toute observation sérieuse^ le mépris et Toubli de toute tradition, fermaient Tavenir à ses errements. — « Voyez la nature ! voyez Tantique ! » forinule de renseignement d'alors^ que le moindre examen réduit presque aux proportions d'une niaiserie. S'il ne s'agit que d'ouvrir les yeux, le premier rustre le peut faire; les chiens aussi voiei^t. L'œil, sans doute, est l'alambie dont le cerveau est le récipient; mais il faut savoir s'en servir : nul n'est chimiste pour posséder des cornues; il faut apprendre à voir ! Là est la théorie, là est aussi le titre glorieux de M. Ingres à l'admiration et à la reconnaissance des vrais artistes : il a bien vu et bien montré ce qu'il est important de voir. Son enseignement est tellem^t et si rigoureusement vrai, que les organisations les plus disparates y daivent trouver leur compte. Son principe est si radicalement fondamental et générateur, qu'on Ta vu poindre successivement dans les œuvres de «ses plus violents détractem-s. Tant il ebt certain que toute vérité surnage l — J'ai toi^urs amèrement regretté de n'avoir pu, en temps convenable, profiter de ses prétieubL:»

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leçons. Je compris cl devinai presque la puissance de son moyen; mais il était trop tard déjà, et mes yeux à peine ouverts à la lumière... le mal affreux sous lequel je succombe m'est venu terrasser.

» Dans l'enseignement, toute théorie a une valeur si elle émane d'un esprit juste : c'est le bâton de l'aveugle. L'absence de tout principe est seule un mal. Chaque m£utre part d'un point théorique, et Rembrandt fut peut-être le seul artiste qui sut formuler du premier coup sa théorie et sa pratique sans aucun appris : aussi, pour n'en être pas le plus grand, doit-il être considéré comme le plus extraordinaire des peintres.

» En voilà bien long. — Toutes ces choses sont dans la tête de tout véritable artiste, et je me demande quelle nécessité d'écrire tout cela. Mais il faut bien remplir mon papier. Et que font les autres hommes, sinon dire et^ redire ce que d'autres hommes ont dit avant eux ? Ces digressions m'ont éloigné de mon su« jet : j'y reviens donc.

» J'essayai divers genres. Lorsque j'exposai cette grande esquisse de la Défaite des Cimbres (que je dcmnai conjointement avec un Corps de garde turc), je pensais fournir là un aperçu de ce que je pouvais concevoir ou faire. Quelques-uns, le petit nombre, la parcelle^ approuvèrent fort ; mais la multitude, l'immense majorité qui fait la loi, n'y put voir qu'un gâchis, un hachis, suivant l'expression d'un peintre alors célèbre et que la France aujourd'hui regrette, à ce que j'ai su quelque part.

» Quant à la critique imprimée (je parle de celle qui se lit), celle-là m'a toujours traité en enfant gàté^ et>

sur ma vie ! je suis encore à deviner pourquoi j'ai ëtë plus ménagé que tel qui me vaut bien. C'est au point que, dans l'opinion de beaucoup, je passe pour vivre avec elle (la critique) illicilement, peut-être. Je me souviens m£me d'une gravure ou lithogiaphie dont l'auteur me représente serrant avec eflusionles mainsd'un écrivain, critique célèbi-e, que je a'ai malheureusement TU et connu pour la première tais que l'an passé. A dire vrai, je suis peu sensible aui comptes rendus, abstraction Taite (bien entendu) des ëlc^es, desquels, comme tous mes conrrères, naturellement, je demeure insatiablement affamé.

» Je ne crois pas devoir taire une particularité qui fut pour les dix-neuf vingtièmes dans ma célébrité justement méritée. La manie des animaux, qui m'a possédé et me tient Gncore un peu, colle des chiens surtout et des singes en parliculier, m'a poussé à fabriquer det tableaux dont ces intéressants animaux font les per^Bp nages. Ces petits chefs-d'œuvre, reproduits, —.non, ^ mais traduits, ou plutôt interprétés par Jajgiuïurc, m'ayant d'abord mis à ma place, serviront un joi^ à donner à la postérité la plus reculée l'j^^ ^moips exagérée de ma capacité et de mon, 6;^ydir-f aire. Tant il y a que je suis le peintre ilr- ■ ■■

tel ; ce qui sent un peu m' (■ trop payer. J'en fais pouri, mi ■

— Je n'entrerai certainL'Diii

productions, nomendaliivi' i ■ ■ .,'::,.■■

ausautres;— d'ailleurs. Ii.'-^ ..!■ !■ ■ > liai parlé àfi^.Cimlv;ês, parte .| . ■ ■ n; ; . ■■ i i. i. 1 1--

d'encouragement que je trouvai d'abord, le caprice, le désir de plaire à tous,' que sais-je encore ? m'en ont plus ou moins détourné. — Je demeurai claquemuré dans mon atelier, puisque nul ne prenait finitiati^ de m'en ouvrir les portes ; et, malgré ma répugnance primitive, je fus condamné au tableau de chevalet à perpétuité. Je vis avec chagrin tous mes confrères chargés successivement de quelque travail sur place. Là était mon lot, là était mon aptitude : pour moi, un tableau à l'effet était un tableau fait; un tableau de chevalet ne Test jamais. Et pourtant je forçai ma nature. Sans doute,» les chétives productions qu'enfantait mon génie étaient peu propres à donner de mon imagination une idée bien relevée. Je le sentais, et je donnai le jour en diverses fois à de grands dessins et compositions; mais ce fut en vain. — On me demanda un tableau de chevalet, alors que j'en avais par-dessus la tête.*îe l'entrepris néanmoins, mais avec amertume, et j'allais, après un long laps de temps, y mettre la dernière main, lorsque le mal affreux sous lequel je succombe vint anéantir mes espérances.

» J'exposai, il y a une dizaine d'années, ime série de dessins vivement exécutés, et par des procédés divers {Histoire deSamson), — J'espérais démontrer que j'étais susceptible de développements. Ces compositions, très-diversifiées de contextures et d'effets, présentaient cependant un ensemble homogène dans sa variété : difficulté vaincue qui passa parfaitement inapeiçue. Les dessins furent fort loués, sans doute, au delà même de leur mérite, certainement ; un amateur distingué me les acheta généreusement; mais ni l'État ni aucun de

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nos Mécènes opulents n'eurent Tidée de me demander im travail en ce genre. Et pourtant l'esprit d'invention ne me manquait pas, et j'aurais autrefois tiré parti de l'idée la plus saugrenue si l'on m'eût accordé une salle quelconque. Ce que j'eusse produit eût été fort attaquable, j'en conviens; mais enfin, organisé d'une manière particulière, ce que j'eusse produit fût un peu sorti de ce système de plafonnage usité. Gela méritait pourtant qu'on y songeât; mais, bah ! avec la prétention de marcher à la tête de tout progrès, nous sommes peut-être le peuple le plus routinier de la terre !

» Sans me mettre au niveau de cet excellent artiste, j'eus le sort de Barye. Ce génie piquant et original, aux aptitudes et études spéciales, qui eût décoré nos places de monuments uniques dans le monde, se trouve trop heureux de pouvoir formuler ses idées dans les maigres proportions d'un surtout d'un usage impossible; et finalement^ il est triste de constater qu'mi talent qui, seul peut-être, eût pu doter son pays d'un monument vraiment original, se vit réduit à la fabrication de serrepapiers. — Quant à moi, j'ai la conviction que la nécessité où je me suis trouvé de ne produire que des tableaux de chevalet m'a totalement détourné de ma voie naturelle. — « Nous n'avons rien fait pour vous, me disait » naïvement, en 1839, un directeur alors fort influent, » parce que le public aimant, appréciant vos ouvrages, » vous n'aviez nul besoin de nous. » Après une pareille déclaration, que faire, sinon prendre son chapeau, saluer et disparaître? — C'est ce que j'ai fait. — Le mot de l'énigme est qu'il fallait demander,^ solliciter, se faire appuyer: toutes manœuvres pour lesquelles je n'avais

nulle aptitude ; non par orgueil^ comme on pourrait le supposer^ mais par une sorte de honte et de répugnance tout à fait insurmontable.

I» La seule particularité que je puisse citer, qui me soit personnelle, c*est de n*aYoir jamais (dans Tacception la plus rigoureuse de ce mot) copié un pouce carré de peinture quelconque, non de parti pris, mais par suite d*un vague instinct de répulsion tout à fait iucompréhensible ; car j*aimais la peinture par-dessus^ toute chose, et je me reprochais souvent cette lacune de mes études.

» J'ai toujours pris le plus grand plaisir à considérer toute peinture, et celle-là devait être bien mauvaise où je ne trouvais pas quelque chose qui me plût. — Cette passion des tableaux me donna seule le goût du travail; car, monsieur, je suis né paresseux, et il m*a fallu, je vous jure, le désir bien grand de vous obliger pour m*en avoir fait écrire aussi long. — Je n*ai, d'Mlleurs, jamais rien tant redouté qu'une plume : cela se fait bien voir à la manière ctiancelante dont je m'en sers.

» Agréez, monsieur, Tassurance de ma considération distinguée.

» Decamps.

» 18 novembre 1854. »

Nous avons en France beaucoup de peintres sachant leur métier, moins bien pourtant qu*on ne le savait sous Léon X et sous Louis XIV; mais nous n'avons pas une école française. La littérature a envahi Tatelier, et fait trop souvent oublier le modèle. Les peintres, sous Louis- Philippe, en plein dix-neuvième siècle^ ont presque

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tous deB idées préconçues; ce sont des penseurs^ des raisonneurs^ et qui prennent trop souvent une direction à côté de la peinture.

Théodore Rousseau le paysagiste^ avec Decamps^ échappe à cette tendance des esprits; il a le sentiment profond de la nature en dehors de tout parti pris ; il a été discuté longtemps, parce que ses premières études manquaient d'unité; ses qualités ne faisaient point encore faisceau.

Jules Dupré est le grand peintre classique du paysage. Vivant d'ordinaire dans les données régulières de Tart^ son pinceau cherche aujourd'hui dans ses tableaux une intimité à laquelle ne se prêtent peut-être pas absolument ses facultés d'exécution.

Le paysagiste Corot est surtout au contraire un exemple de la mauvaise direction des arts dans notre temps. On trouve en lui des qualités de maître, qualité de dessin^ qualité de composition, un grand sentiment de la nature; par la valeur exacte des tons, il donne de l'harmonie à ses tableaux, mais cet artiste produit beaucoup et se satisfait à trop bon marché.

Un des artistes éminents de notre temps, qui fut honoré de l'amitié du duc d'Orléans, Ary SchefFer, l'auteur de Françoise de Bimini, a pour parti pris le sentiment allemand. Ses compositions, empreintes de rêverie, sont généralement très-étudiées. On pourrait seulement demander à cet homme de talent, à ce poêté, une exécution plus robuste et plus virile.

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Les petits tableaux de Meissonnier tiendront une grande place dans Thistoire de la peinture sous Louis- Philippe. Il renonça de bonne heure aux tableaux d'histoire pour ces savantes et familières compositions qui rappellent et d^assent plus d'un maître hollandais. Meissonnier, qui composa beaucoup de vignettes, se montre dessinateur puissant, ferme ; il a du style, un grand modelé, des touches de maître, des intentions toujours justes, des tons toujours vrais. II ne cherche point la couleur. On naît avec un sentiment de coloriste, mais la couleur apprise ne donne que des effets criards, exagérés et discordants. Meissonnier ssli échapper aux idées préconçues ; c'est, en peinture, un ouvrier savant; c'est la force de Géricault en petit. Ce spirituel artiste n'improvise pks ses tableaux et ne manque cependant pas de fécondité. Ses œuvres de petite dimension, et qui trouvent toujours facilement leur place dans les appartements, sont très-recherchées, se payent à un très-haut prix, et ne paraissent presque jamais dans les ventes publiques.

D'assez importants travaux, VEscalier du conseil d'État, la peinture de Saint-Philippe du Roule, le Baptistère de Saint'Roch, ont été confiés au talent de Théodore Chassériau. On rencontre dans son œuvre un sentiment viril, de la grandeur, mais aussi une certaine incohérence. Peut-être cet artiste nous promet-il, lorsque sa première fougue de jeunesse sera éteinte, un maître pour nos vieux jours.

V Orgie romaine de Couture fit un grand bruit dans une des expositions sous la monarchie de juillet. Ce sa-

vant artiste possède au plus haut degré toutes les qualités qui s'apprennent. Le génie des peintres, comme celui des poètes, comme celui de Molière, de Corneille et de Racine, va grandissant et se fortifiant avec le temps. Couture nous a donné le droit d'attendre beaucoup de lui.

V Appel des dernières victimes de la Terreur, de Louis MuUer, a placé ce jeune peintre parmi ceux qui ont le plus de qualités et le plus d'avenir. Nous lui voudiions peut-être moins de diffusion dans ses grandes toiles, plus de force d'unité dans l'action, plus de liens entre tous ses personnages. Peut-être MuUer met-il trop d'esprit, se montre- 1' il trop ingénieux dans les grandes compositions qu'il sait concevoir et exécuter.

Nous avons eu déjà l'occasion d'apprécier le talent individuel de Camille Roqueplan. Cet artiste compte aujourd'hui une nombreuse clientèle d'amateurs quj recherchent ses toiles, et tient toujoiu*s une haute place dans les ventes publiques.

En produisant moins, Eugène Isabey eût été le successeur et l'héritier des Van den Velde ; mais l'abondance d'idées, une certaine inquiétude d'imagination, nuisent à cet artiste de talent. Sur la plus extrême limite de toutes les qualités, il ne franchit pourtant aucun Rubicow. Que d'esprit, que de science, que d'habileté, que de variété, que de contrastes dans ses trop nombreuses productions !

Le goût des princes pour les courses et l'intérêt qu'ils portaient à l'élève du cheval ont fait naître un peintre

assez habile, s*efforçant d'allier l'élégance à la vérité de dessin. M. Alfred de Dreux a fait, dans ce genre, de la peinture facile et cotée à un certain prix dans le commerce des tableaux.

La peinture a son enfant terrible : c'est Diaz. Celui-ci ose tout ; il devine, il comprend tout. Empruntant une grande puissance à la couleur, quand il prend un mouvement, le mouvement est juste. Il obéit à des idées innées, à des instincts féconds. Ses tableaux ont inspiré et inspireront plus d'un peintre du temps ; avec leur science, ils exécutent ce que Diaz a senti et risqué ; ils refont du Diaz revu, augmenté et corrigé. La faveuf publique est acquise aux petites toiles de Diaz, où se révèlent des qualités, un sentiment, un éclat à fournir les premiers éléments d'une école nouvelle de peinture.

Sous la monarchie de juillet, la lithographie surtout a fait un pas immense, et s'est plu à illustrer les chefsd'œuvre classiques de notre littérature aussi bien que les œuvres moderaes de nos écrivains. Gavami, Grandville, Daumier, Aimé de Lemude, ont traduit par la lithographie leui*s pensées si différentes, leur sentiment individuel.

Gavarni, dont le crayon séduisant a créé tant de types vrais et comiques, dont l'esprit sait improviser, en quelques mots, toute une scène et tant de pei*sonnages de comédie, n'a cependant ni la force de dessin, ni les traits accentués de Daumier. Louis-Philippe avait demandé à Gavarni les portraits des souverains; il dut commencer

pBT le portrait du prince Alhert, qu*il n'a jamais fait.

Comme les personnages de Daumier sont vivants et causent bien entre eux ! avec quelle puissance^ avec quelle fécondité il sait mettre en scène les ridicules et les passions de rhumanité*! Il s'égare quelquefois jusqu'au grotesque j mais le plus souvent il traduit par un trait de maitre les secrètes pensées du cgeur humain.

Grandville^ mort trop tôt^ s'est surtout inspiré de l'esprit et du sentiment du grand philosophe^ du grand moraliste, de la Fontaine.

Aimé de Lemude, dans Maitre Wolframh, dans Héîéfie Adelfreets, s'est montré poëte, plein de grandeur, de noblesse et de suavité.

Cham divertit et fait rire par ses improvisations spirituelles et bouffonnes.

Un grand nombre de monuments se sont élevés ou ont été achevés et complétés sous la monarchie de juillet, soit aux frais de l'État, soit aux frais de la ville.

Palais du cooseii d*État (terminé) .

Agrandissemenl de l'hôlei des Archives impériafes. Conslruciion du bAtimeot des Archives de la cour des comptes. Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Agrandissement du collège de France.

Constructions nombreuses au jardin des PlanleSi serres, amphithéâtres, galeries, etc.

Institution des Jeunes Aveugles.

Reconslruclion de la maison de Gharenlon.

Agrandissement des Écoles des ponts et chaussées et des mines. Construction de TÉcole des beaux-arts.

Construction de l'École normale.

Agrandissement et restauration du Conservatoire des arts et

métiers.

Constraction de la nouvelle salle des séances, au Luxembourg. Achèvement de i*arc de triomphe de l'Étoile, Achèvement de l'église de la Madeleine.

Colonne de Juillet.

Obéiisque.de Louqsor.

Nouveau ministère des affaires étrangères (commencé). Constructions au palais de la Chambre des députés. Restauration de la sainte Chapelle.

Agrandissement de l'École polytechnique.

Ratiment du Timbre.

Embarcadères des chemins de fer d'Orléans, de Versailles, de

Rouen, de Strasbourg, de Lyon.

Hôpital de Lariboisière.

Églises Sainte-Clotilde, Notre-Dame de Lorette, Saint-Vincent

de Paul.

Prisons Mazas, de la Roquette.

Travaux au palais de Justice.

Pont Louis Philippe.

L'hôtel de ville restauré.

Mairies des iie et xiv^ arrondissemeats.

Travaux à Notre-Dame.

Casernes de Reuilly, des Cèlestins.

Quais Saint-Bernard, Montebello, de la Grève, de la Mégisserie, Henri IV.

Suppression du petit bras de la Seine et annexion de l'Ile Lou* viers.

Par des œijvres monumentales^ par des œuvres isoiéesy la statuaire compta aussi plus d*un succès sous la monarchie de juillet.

Dans le troisième volume de ces Mémoires, j'ai raconté rhistoire de TOpéra sous ma direction. Sous M. Duponchel, qui me succéda, les débuts du ténor Duprez firent événement. La belle méthode, le sl^le, la voix puissante et accentuée de ce chanteur, donnèrent un nouvel éclat

aux œuvres de nos grands maîtres. Dans Guillaume Tellj dans la Juive, dans les Huguenots, dans la 'Favorite, dans Guido et Ginevra, Duprez excitait Fenthousiasme de toute la salle. Il chanta autrement et mieux qu'on ne chantait à l'Opéra français avant lui. Ses nombreux succès ont laissé dans l'esprit du public parisien des souvenirs embarrassants pour tous les ténors futurs.

A une certaine distance de Duprez^ madame Stoltz^ sous la direction de M. Léon Pillet, s'est révélée chanteuse dramatique et passionnée, et a puissamment contribué à la popularité de plus d'une partition. Madame Stoltz n'a jamais été complètement remplacée dans la Favorite, dans la Reine de Chypre, dans Charles VL Char- • mante, alerte, dans les rôles travestis, elle a su donner une importance toute nouvelle au rôle chanté du page, dans le Comte Ory,

Le théâtre de l'Opéra-Comique vit renaître ses plus beaux jours sous la monarchie de juillet, et Louis-Philippe ne resta peut-être pas étranger à la réaction musicale qui s'y produisit.

Mon ami Ad. Adam, revenu à l'admiration de Grétry, se plut secrètement à appliquer aux méjiodies passionnées et charmantes de "Richard Cœur de lion quelquesunes des nouvelles formes musicales; il ajouta siuiout un trémolo siu* une des phrases importantes de ce beau duo : Une fièvre brûlante. M. Girard, aujomxl'hui chef d'orchestre de l'Académie impériale de musique, fut le seul qu'Adam mit dans sa confidence.

Pendant ce temps, M. Crosnier, de son côté, eut la pensée de remonter à l'Opéra-Comique Richard Cœur

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de lion. L*ouyrage e^t appris^ on le répète ; mais la nu* dite de Torchestration fait craindre de compromettre devant le public un des chefs-d'œuvre de Grétry. M. Girard^qui était alors chef d'orchestre de POpéra-Comique, conseille de recourir au travail tout fait de M. Adam; les premières répétitions réussissent et font du bruit. Le roi^ informé^ témoigne le désir qu'une représentation ait iieu au palais de Fontainebleau^ même avant la première représentation* annoncée au théâtre de l'Opéra- Gomique. Toute la famille royale assiste à l'exécution de cet ancien ouvrage de Grétry. Admirateurs de Rossini, de Meyerbeer, d'Hadévy, d'Auber et de toutes les briOantcs pai-titions modernes^ les jeunes princes^ placés dans une loge assez voisine de celle du roi, commencent presque par rire de ces mélodies du bon vieux temps, et Louis-Philippe, à qui ces dédains n'échappaient pas, engage avec ses fils une pantomime très-accentuée. Ses premiers gestes, par leur vive expression, disaient aux jeunes princes : « Attendez, messieurs les jeunes gens, attendez, ne riez pas si vite, n'accueillez pas la musique de notre Grétry par des gorges chaudes. » A plus d'un morceau du premier acte, il se tournait de leur côté, et, en hochant la tête, leur disait : <( Eh bien , n'est-ce pas charmant? » Mais lors qu'au second acte vint le duo arrangé par Adam, l'effet de ce duo fut électrique, toute la salle éclata en applaudissements, dont le roi et Madame Adélaïde, très-bonne musicienne, donnèrent le plus bruyant signal ; les princes eux-mêmes partagèrent l'enthousiasme général, et le roi, d'un air triomphant, par les gestes les plus passionnés^ semblait se moqper publiquement de leurs premières préventions.

Après la représentation^ Adam fut présenté au roi. « Il y a encore d'autres ouvrages de mon temps que j*aime beaucoup^ lui dit alors Louis-Philippe^ ceux de Monsigny, par exemple. »

Le Déserteur, sur le désir du roi^ arrangé par Adam^ fut représenté deux ans après au théâtre de FOpéra- Gomique^ et plusieurs fois exécuté aux palais de Saint- Gloud et des Tuileries.

Félix, ou l'Enfant trouvé, avec quelques changements^ allait aussi être repris, et Louis-Philippe avait témoigné le désir d'entendre cette partition, lorsque éclata la révolution de février.

Adam fut plus d'une fois convié aux concerts intimes et de famille exécutés au palais de Neuilly par la musique particulière du roi. Louis-Philippe était assis devant une table, souvent il écrivait; Madame Adélaïde et les princesses se livraient à. quelques travaux d'aiguille, tandis que les princes, tout en causant avec les officiers de service, jetaient de temps en temps, à la dérobée, de curieux regards sur le personnel féminin des exécutants, composé de jeunes élèves du Conservatoire. Le roi se levait lorsqu'il se trouvait surpris, ému par quelques vieux airs qu'il affectionnait. 11 fut surtout charmé par la vieille romance de Martini, ayant pour titre : Plaisir d'amour. Ce Martini, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre père Martini, était un compositeiur allemand qui portait im nom itatien , à l'envers de Paêr, compositeur italien bien qu'il portât un nom allemand. Cette romance, qui avait été un des triomphes de Garât, fut d'abord chantée par mademoiselle Masson. puis exécutée par Adam sur un excellent orgne d'Alexandre

lifâ MÉMOIRES

qu'oD avait placé juste en face de la table du roi. Adam tenait les yeux fixés sur son clavier^ quelle fut sa surprise^ lorsqu'il eut fini, de trouver Louis-Philippe accoudé sur le buffet de Torgue; la reine et Madame Adélaïde vinrent se joindre au roi pour complimenter l'habile exécutant.

; Louis-Philippe raffolait des vieux airs français ; il loua beaucoup toutes les qualités de Tinstrument qu'Adam venait de toucher; et lorsque ce dernier lui en eut fait connaître ]e prix modique, qui permettait de le placer dans les communes trop pauvres pour acquérir de grandes orgues : « Ah ! tant mieux ! s'écria le roi en riant, ça nous délivrera du serpent. J'ai toujoiu^ détesté le serpent; c'est ce qui m'empêche d'être dévot,» ajouta-t-il en se tournant vers la reine, qui accueillit cette plaisanterie par un doux et bon sourire.

Adam causa au roi de nQuveaux ravissements qui semblaient le rajeunir, en lui jouant sur l'orgue quelques motifs de VArmde de Gluck.

Sous la monarchie de juillet, l'Opéra-Gomique n'obtint pas la faveur du public seulement par une bonne exécution des derniers chefs-d'œuvre du dix-huitième siècle, mais encore par de brillantes partitions d'Hérold, d'Auber, d'Halévy et de mon ami Adam.

Du haut de la science musicale qui trône aujourd'hui parmi nous, quelques critiques n'ont eu souvent que d'injustes dédains pour les nombreuses partitions de l'auteur du ChcUet et du Postillon de Long jumeau, Adam a plus d'une fois, il est vrai, écrit de la musique populaire, et il a eu le grand mérite d'y réussir. Ce compositeur, plein d'esprit, de gaieté, de verve, d'entrain, de

fécondité, sait trouver de ces mélodies qui font sauter le spectateur sur sa banquette et qu'on fredonne en les "écorchant à la sortie du théâtre.

Si le talent et la réputation de mon ami Adam lui ouvrirent facilement les portes des demeures royales, sa première jeunesse ne rencontra que difficultés et obstacles.

Son père, fondateur de l'école de piano en France, résista longtemps à faire d'Adolphe Adam un musicien. Pour arriver an théâtre, l'auteur du Chalet prit d'abord le chemin de l'église : il toucha de l'orgue à Saint- Etienne du Mont, à Saint-Nicolas du Ghardonnet, à Saint-Louis d'Antin, à Saint-Sulpice et aux Invalides. Il eut le bonheur de se lier avec un garçon d'orchestre de r Opéra-Comique, qui lui assurait assez souvent une place au milieu des musiciens.

Le Gymnase venait d'ouvrir avec un privilège qui lui peim 3ttait de jouer des opéras-comiques ; Adolphe Adam fît la connaissance d'un certain Duchaume, bibliothécaire, copiste, timbalier et chef des chœurs de ce théâtre. Ce dernier lui offrit de le faire entrer comme triangle à l'orchestre du Gymnase, avec deux francs de feu par représentation; mais il fut bien convenu qu'à la fin du mois les feux ne seraient touchés que par Duchaume. Ce pauvre diable mourut, et Ad. Adam lui succéda comme timbalier et chef des chœurs, aux appointements de six cents francs par an ; c'était une fortune. Dès qu'il eut pied dans les coulisses, mon spirituel ami ne tarda pas à se lier avec des vaudevillistes , avec des gens de lettres ; il put bientôt ainsi ajuster sur des paroles de vaudevilles de petites partitions d'opéra-comique, qui

furent souvent remarquées et applaudies. Il improvisait des romances^ écrivait la musique de pantomimes anglaises pour le théâtre des Nouveautés; et^ de romances en vaudevilles, de vaudevilles en pantomimes^ il finit par arriver au Ihéâti'e de TOpéra-Gomique.

En 1824^ il obtenait une mention honorable dans le concours de Tlnstitut; en 1825, il obtenait le deuxième second grand prix de composition musicale ; pendant i 827 et i 828^ il parvint à glisser une foule de morceaux détachés dans plusieurs pièces jouées sur les petits théâtres. Enfin, en 1829, il obtient un poème et écrit la partition d*un opéra-comique en un acte : Pierre et Catherine.

Voici la liste complète des œuvres d^Adam qui suivirent ce premier ouvrage :

1830. Daniiowa, opéra-comique en trois actes.

Troit Jours et une heure, opéra-comique en un acte, Jotéphine, opéra-comique en un acte.

1831 . Le Morceau d'ememble, opéra-comique en un acte. Le Grand Frix, opéra-comique en trois actes.

Casimirt opéra-comique en deux actes.

1831. Hit forêt Campaign, opéra en deux actes (Londres^.

The Dark Diamond, opéra en trois aaes (Londres) . 1833. Fautt, ballet en trois actes.

Le Proscrit, opéra-comique en trois actes (Paris). IS.'^^i. Une Bonne Fortune, opéra en un acte.

le Chaletj opéra-comique en un acte.

1835. La Marquise, opéra en un acte.

Michelini, opéra en un acte.

1836. La Fille du Ï)antt6e, ballet en deux actes.

Le Postillon de Longjumeau, opéra-comique en trois actes. Messe solennelle en fa.

1837. Les MohieanSf ballet en deux actes.

1838. Le Fidèle Berger, opéra en trois actes.

Le Bras$eur de Prêtions opéra en trois actes.

1839. Bégine, opéra en deax actes.

La Reine d'un jour, opéra ea trois actes.

1840 ; L'Êeamew de mer, ballet en deux actes (Saint-Pétersbourg) .

Den ilamadryaden, opéra en deux actes (Berlin).

La Rose de Pironne^ opéra-comique en trois actes (Paris). 1841. Gitelle, ballet en deux actes.

La Main de fer, opéra en trois actes.

1843. La Joli» Fille de Gond, ballet en trois actes.

Le Roi d*Yvetot, opéra en trois actes.

1843. Orchestration de Richard Cœwr de lion.

Orchestration du Détertewr»

Lambert Simnel, opéra en trois actes de Monpou» terminé,

1844. Cagliostro, opéra en trois actes.

Richard en Palettine, grand opéra en trois actes.

OrchestratioB de Gulieian.

Orchestration de Cendrillon, 184K. Le Diable d qwitre, ballet en deux actes.

r^ Marble Mayden, ballet en trois actes (Londres). 1846. Orchestration de Zémire et Azor.

La Bouquetière, grand opéra en un acte.

OrcbeslratioD d'Aline et de Félix»

1848. Les Cinq Sens, ballet en trois actes.

1849i Le Toréador, opéra en deux actes.

La Filleule des fées, ballet en trois actes.

Le Fanal, grand opéra en trois actes.

1650. Giralda, opéra en trois acle^

Messe de Sainte-Cécile, 1851. La Nation, intermède en un acte k l'Opéra. 185:2. La Poupée de Nuremberg, opéra en un acte.

Le Farfadet, opéra en un acte.

Si j'étais roi, opéra en trois actes.

La Fée des arts, intermède en un acte à TOpéra-Comique.

La Faridondaine, cinq actes, au théâtre de la Porte-Saint- Martin.

Orfa, ballet en deux actes.

1853. Le Sourd, opéra en trois actes.

Le Roi des halles, opéra en trois actes.

Le Bijou perdu, opéra en trois actes,

Orchestration du Diable à quatre,

M. Ad. Adam fut élu membre de TAcadémie des beaux-arts en 1844; il a remplacé M. Berton.

Ii6 MÉMOIRES

Uq des grands événements de théàlre, sous la monarchie de juillet, ce fut Tapparition de mademoiselle Rachel, dont nous n'avons pas craint d'étudier, dans le chapitre suivant, le talent et la nature singulière.

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