DIMANCHE 20 FÉVRIER
A midi, un conseil de ministres se tient à Thôtel des affaires étrangères, sous la présidence de M. Guizot. On examine la conduite à suivre et les mesures à prendre à Toccasion des banquets. Mais le ministre de Tintérieur comptait déjà sur le succès de la conférence entre les délégués de l'opposition et les délégués de la majorité ministérielle ; il regardait déjà comme certain que le banquet du 22 se réduirait à un vain simulacre, et s'arrêterait au point jugé nécessaire pour faire naître la question du droit de réunion, afin de la porter ensuite devant les tribunaux.
D'ailleurs, M. le ministre de l'intérieur avait reçu les renseignements les plus tranquillisants de l'état-major de la garde nationale.
Le conseil venait de finir, les ministres se séparaient, lorsqu'un ami intime de M. le comte Duchâteî vint lui demander avec émotion si Ton s'était enfin décidé à nonmier M. le maréchal Bugeaud commandant en chef de la garde nationale et de l'armée de Paris. « Pourquoi donc ? répondit le ministre ; cette mesure est inutile et pourrait être dangereuse. » C'est à tort qu'on a prétendu que le maréchal Bugeaud avait été nommé commandant en chef de l'armée de Paris et de la gai'de nationale dès le 20 février.
Ce fut ce dimanche, 20 février, que M. Boissel, député de la Seine, se présenta à la préfecture de police, et prévint M. le préfet que le banquet aurait lieu le
âS40^ MEMOIRES
mardi 22. La petite comédie dont le plan avait ëté arrêté le 19 commençait.
Des rapports alarmants étaient déjà parvenus à monseigneur le duc de Nemours. Il ût appeler^ vers trois heures^ dans cette journée^ M. le préfet de police^ le questionna sur la situation^ et le conduisit aux Tuile* ries; le roi, M. Guizot et M. le duc de Montpensier étaient réunis. Le préfet de police interrogé répondit qu'il voyait en noir. Le roi parut siu'pris de celte réponse ; selon lui, le mal n'était qu'à la superficie; il comptait sur la majorité ministérielle de la Chambre des députés, sur le dévouement des troupes et de la garde nationale, bien que l'attitude de quelques légions ne fût pas rassurante.
Ce dimanche 20, M. le ministre de l'intérieur recevait. 11 avait déjà entre les mains le procès-verbal de la conférence des députés ; on l'egardait cette grosse sSfaire du banquet comme finie, lorsqu'à dix heures du soir on vint prévenir le ministre que les journaux de l'opposition n'avaient pas accepté l'arrangement ; que quelques-uns avaient même adopté un programme des plus révolutionnaires qui serait publié le lendemain dans le Naiîonal. Le ministre n'en voulait rien croire ; mais, à onze heures du soir, il put lire l'épreuve de l'article, qui devait être publié le lundi matin. Après en avoir causé avec quelques amis, M. le comte Duchâtel se persuada que ce programme resterait sans résultat lorsqu'on connaîtrait le traité signé avec les députés de l'opposition.