HUtoire as la BévoluUon de
M. LAFFiTTE. Je demande la parole.
M. LE PRÉSIDENT. Blessleurs^ attendu la gravité des circonstances qui pèsent sur le pays...
M. DE CAMB ACÉRÉS. MoHsieur le préskient, il y a dans la salle des conférences un grand nombre de députés ; dans une circonstance aussi grave, il faut les appeler. (Ouil oui!)
H. LE PRÉSIDENT. Huissicrs, allez chercher MM. les députés.
(MM. les députés rentrent dans la salle^ dans la plus vive animation.)
M. LE PRÉSIDENT. Attendu la gravité des circonstances qui pèsent sur la capitale du royaume, j*ai été invité de toutes parts à ouvrir la séance publique ; comme la Chambre se réunissait précisément pour se rendre dans ses bureaux, et comme d'ailleurs les précédents Tautorisent, j*aifait une convocation publique immédiate. J*ai Cru devoir substituer la séance publique à la réunion des bureaux. (Approbation unanime.)
H. CHARLES LAFFITTE. Messieurs, je n'occuperai pas longtemps la tribune.
Je m'adresse à tous : je les prie de faire taire toutes les passions dans ce moment. Je m'adresse à la droite^ au centre, à la gauche : c'est surtout des extrémités que j'espère recevoir quelque appui. (Mouvement.)
Je propose a la Chambre, vu les circonstances, et sans entrer dans des explications inutiles, puisque vous le sen^ tez touS) puisqu'elles sont présentes à tous les esprits, je propose à la Chambre de se déclarer en permanence. Je crois que je n'ai pas besoin de donner de développements. (Non ! non I Assez ! assez î)
VOIX NOMBREUSES. Oui ! oui ! en permanence.
M. DUTiER. Je demande que cette proposition soit ajournée, et que, pour l'instant, la Chambre déclare simplement qu elle se maintient en séance, sauf à prendre plus tard telle détermination qu'exigeront les circonstances. (Oui ! oui î)
M. DE cAUBAcÉRÊs. Je demande que la Chambre reste en permanence jusqu'à la fin de la crise. (Oui ! oui !)
If. LE PRÉSIDENT. U uo peut pas être question de permanence autre que celle-ci : la Chambre a ouvert sa séance,
et elle restera ouverte tant qu*i] ne sera pas fait motion de la leverrLa Chambre s*est réunie seulement en séance publique à l'heure où elle devait se réunir dans les bureaux. (Très-bien ! très-bien !) .
La séance demeure suspendue.
Une vivo agitation règne dans rassemblée. Le nom de M. Odilon Barrot, nommé président du conseil, est prononcé par beaucoup de membres. Bientôt après, on annonce Tabdication du roi en faveur du comte de Paris ; puis on parle de la régence de madame la duchesse d*Orléans substituée à celle du duc de Nemours.
Les tribunes étaient remplies, les bancs de la salle des séances peu garnis de députés. De minute en minute, des détonations lointaines , des fusillades , faisaient frémir les vitres du dôme. Lamartine s*assit seul à son banc désert; il n'échangea pas un seul mot avec ses collègues pendant les deux heures de cette séance.
A une heure et demie, on annonce l'arrivée de madame la duchesse d'Orléans et de M. le comte de Paris.
Au même instant, en effet, madame la duchesse d'Orléans, vêtue de noir, entre, tenant M. le comte de Paris d'une main et M. le duc de Chartres de l'autre, par cette large porte qui s'ouvre en face de la tribune, à la hauteur des bancs les plus élevés.
Au moment où madame la duchesse' d'Orléans soi^ tait des Tuileries, le peuple y entrait.
De vives acclamations accueillent la princesse. Ua grand nombre de membres des diverses parties de la Chambre font entendre les cris de Vive la duchesse d'Or-
îéans ! Vive le comte de Paris ! Vive le roi! Vive la régerUe!
Madame la duchesse d'Orléans et ses enfonts prennent place sur des sièges qui avaient été disposés à la hâte dans rhémicycle, au pied de la tribune. M. le duc de Nemours^ en costume de lieutenant général , calme et digne^ se place près de madame la duchesse d'Orléans. Plusieurs généraux et des officiers de la garde nationale lui servent d'escorte.
Un certain nombre de personnes étrangères à la Chambre enti*ent aussi dans la salle et se tiennent debout dans les deux couloirs.
Une grande anxiété se peint sur toutes les physionomies*
H. LACRossE. Je demande que la parole soit donnée à M. Dupin, qui vient d'amener M. le comte de Paris dans la Chambre.
M. DUPIN. Je ne l^ai pas demandée.
VOIX NOMBREUSES. Parlez! parlez!
Qans ce moment^ la cause de cette mère et de ses enfants qu'on ne pouvait regarder sans émotion ^ sans attendrissement^ était gagnée !
M. DUPIN. (Écoutez! écoutez!) Messieurs, vous connaissez la situation de la capitale, les manifestations qui ont eu lieu. Elles ont eu pour résultat l'abdication de Sa Majesté Louis-Philippe, qui a déclaré en même temps qu'il déposait le pouvoir et qu'il le laissait à la libre transmission sur la tôle du comte de Paris. (Vives acclamations. — Cris nombreux : Vive le roi! Vive le comte de Paris! Vive la régente ! ]
l^lessieurs, vos acclamations, si précieuses pour le nouveau roi et pour madame la régente, ne sont pas les pre-
âM MÉMOIRES
mières qui l'aient saluée : elle a traversé à pied les Tuleries et la place de la Concorde, escortée par le peuple, par la garde nationale (Bravo! bravo!), exprimant ce vœu. comme il est au fond de son cœur, de n'administrer qu'avec le sentiment profond de Tintérèt public, du vœu national, de la gloire et de la prospérité de la France.
Il me semble que la Chambre, par ses acclamations unanimes, vient d'exprimer un sentiment non équivoque qui doit élre constaté.
VOIX NOMBREUSES. Oui ! oui !
VOIX NOMBREUSES à gaucho et à l'extrême gauche. Non I non ! un gouvernement provisoire.
M. DUPiN. Je demande, en attendant que l'acte d'abdication, qui nous sera remis probablement par M. Barrot, soit parvenu, que la Chambre fasse inscrire au procèsverbal les acclamations qui ont accompagné ici et salué dans cette enceinte le comte de Paris comme roi des Français, madame la duchesse d'Orléans comme régente, sons la garantie du vœu national. (Oui ! oui ! Bravo ! — Non ! — Vive et universelle agitation.)
M. LE PRisiDENT. Mçssieurs, il me semble que la Chambre, par ses acclamations unanimes... — (Approbation des spectateurs qui sont entrés dans les couloirs.}
M. DUPiN. Je constate avant . tout les acclamations du peuple et de la garde nationale...
M. Marie demande la parole et monte à la tribune. —Le bruit et l'agitation l'empêchent de se faire entendre.
M. DE LAMARTINE, do sa placo. Jo demande à M. le président de suspendre la séance, par le motif du respect que nous inspire la présence au sein de la représentation nationale cle l'auguste princesse qui est ici devant nous. (Non! Oui!)
M. LE PRÉSIDENT. Ld Chambre va suspendre sa séance jusqu'à ce que madame la duchesse d'Orléans et le nouveau roi se soient retirés. (Non ! non I)
M. le duc de Nenaours et plusieurs députés s^approchent de madame la duchesse d'Orléans et paraissent
l'engager à se retirer. La princesse semble s*y refuser et garde sa place.
H. LHER6ETTE, S adressant à M. le président. Madame la duchesse d'Orléans désire rester ici.
Le bruit et l'agitation redoublent.
If. J.E PRÉSIDENT. Tout le moode, sans distinction d*opi<- ^ nion, doit comprendre qu'en présence d'une auguste pnn - ' cesse et de son fils, le silence et le respect sont le devoir de tous.
Bruits divers. — M. Marie occupe toujours la tribune, — Madame la duchesse d*Orléans et ses enfants restent debout dans rhémicycle^ entourés d*un grand nombre de députés.
M. LE cÉNÉRAL ouDiNOT. Jc demande à la Chambre un instant d'attention. (Écoutez f écoutez !) On fait appel à tous les sentiments généreux.
La princesse, on vous l'a dit, a traversé les Tuileries et la place de la Concorde à pied, avec ses enfants, aux acclamations publiques. Si elle désire se retirer, que les issues lui soient ouvertes, que nos respects l'entourent comme elle était entourée tout à l'heure des respects de la ville de Paris! Accompagnons-la où elle veut aller ; si elle demande à rester dans cette enceinte, qu'elle reste, et elle aura raison, car elle sera protégée par notre dévouement. (Trèsbien !)
M. LE pRÉsiDEKT. La première mesure à prendre, c'est d'inviter toutes les personnes étrangères à la Chambre à sortir de l'enceinte. (Non ! non !)
La Chambre ne peut pas délibérer ainsi. (S*adressant aux groupes qui se sont formés dans les couloirs intérieurs, derrière les députés, M. Sauzet ajoute ; ) Messieurs, par fespect pour la Chambre et pour la Constitution, veuillez vous retirer. (Non! non!)
On croit un instant que madame la duchesse* d'Orléans cède aux invitations qu'on lui adresse. Précédée du duc de Nemours et suivie de ses deux enfants^ elle monte les degrés de la salle par le couloir du centre qui conduit à la porte placée au-dessous de Thorloge. Mais^ arrivée aux derniers bancs du centre -gauche^ elle y prend place, toujours entourée du même cortège^ au milieu des acclamations de la Gliambre presque entière. MM. les députés de Textrême gauche restent impassibles à leurs places. Le nombre des gardes nationaux et des personnes étrangères à la Ghanibi» aiigmentfe à chaque minute dans les couloirs.
. M. LE PRÉSIDENT. J'invîte de nouveau toutes les personnes étrangères à la Chambre à se retirer; la Ghamore va délibérer.
M. MABiB, s adressant aux gardes nationaux en armes. Messieurs, sortez, pour que la Chambre puisse délibérer. (Non! non!)
M. LE PRESIDENT. Souveucz-vous, mess'eurs, que la représentation nationale est un dépôt sacré confié à la ville de Paris et à la garde nationale. La Chambre ne peut pas délibérer entourée d'étrangers. (Non! non!)
En ce moment, M. Odilon Barrot entre dans la salle. Un grand nombre de députés se pressent autour de lui.
En se rendant à la Chambre, M. Odilon Barrot avait été traîné en triomphe dans sa calèche sur la place de la Concorde; des flots de peuple criaient : Vive Odilon Barrot ! Popularité, ovation de bien courte durée !
M. osifONT. Il faut qu*on laisse parler M. Odilon Barrot! M. Marie, à la tribune, se dispose à prendre la parole.* PLUSIEURS VOIX. M. Odilon Barrot! M. Odilon Barrot!
D*nN BOURGEOIS DE PARIS 297
n. GRimEUT. Laissez parler M. Marie ! M. Barrot yiendra. . . (laterruptîoD .)
M. M AiiB. Messieurs, dans la situation où se trouve Paris, vous n'ave?. pas un moment à perdre pour prendre des mesures qui puissent avoir autorité sur la population. Depuis ce matin, le mal a fait d'immenses progrès, et si vous tardez encore à prendre des mesures par des délibérations inutiles, vous ne savez pas jusqu*à quel point le désordre peut aller. Il est donc urgent de prendre un parti... Quel parti prendre?
On vient de proclamer la régence de m'idame la duchesse d*Orléans. Vous avez une loi qui a proclamé le duc de Nemours régent. Vous ne pouvez pas aujourd'hui faire une régence : c^est certain « il faut que vous obéissiez à la loi.
Cependant, il faut aviser ; il faut, à la tôle de la capitale comme à la tète de tout royaume, d'abord un gouvernement imposant. Je demande qu un gouvernement provisoire soit constitué. (Bravo! bravo! dans les tribunes.) Quand ce gouvernement aura été constitué, il avisera ; il pourra aviser concurremment avec les Chambres, et il aura autorité dans le pays. Ce parti pris à l'instant même , il faut le faire connaître dans Paris. C'est le seul moyen d'y rétablir la tranquillité. Il ne faut pas, en pareil moment, perdre son temps en vains discours.
M. cRÉMiEux. Dans un pareil moment, il est impossible que tout le monde soit d'accord pour proclamer madame la duchesse d'Orléans pour régente et M. le comte de Paris pour roi ; la population ne peut pas accepter immédiatement cette proclamation. En 1830, nous nous sommes fort hâtés, et nous voici obligés, en 1848, de recommencer. (Bravo! bravo!) Nous ne voulons pas, messieurs, nous hâter en 1848; nous voulons procéder régulièrement, légalement, fortement.
Le gouvernement provisoire... (Bravo! bravo!) que vous nommerez ne sera pas seulement chargé de maintenir Tordre, mais de nous apporter ici des institutions qui protègent toutes les parties de la population : ce qui lui avait été promis et ce qu'elle n*a pas pu trouver aepuis 4830. (Bravo! bravo!)
Quant à moi, je vous le déclare , j'ai le plus profond
respect pour madame la duchesse d'Orléans... (Bravo ! bravo ! — Ces bravos, qui partent des bancs du centre, sont étouffés par des cris et par le tumulte des tribunes.) J*ai conduit tout à Theuce, j*ai eu ce triste honneur, la famille royale jusqu'aux voitures qui l'emportent dans son voyage; je n*ai pas manqué à ce devoir, et j ajouterai que toutes les populations qui étaient répandues sur la route ont parfaitement accueilli le mïilheureux . roi et sa malheureuse famiile. (Rumeur tumultueuse.)
Mais maintenant^ messieurs, la généralité de la population parisienne, la fidèle garde nationale, ont manifesté leur opinion légale : eh bien, la proclamation qui vous est proposée dans ce moment violerait la loi qui est déjà portée.
Nommons un gouvernement provisoire, qui soit juste, ferme, vigoureux, ami du pays, auquel il puisse parler pour lui faire comprendre que , s'il a des droits que tous nous saurons lui donner, il a aussi des devoirs qu'il doit savoir remplir.
Croyez -nous un peu, nous vous en supplions; nous sommes arrivés aujourd'hui à ce que devait nous donner la révolution de juillet. Nous n'avons pas voulu le changement de quelques hommes. Sachons profiter des évédements, et ne laissons pas à nos fils le soin de renouveler cette révolution.
Je demande l'institution d'un gouvernement provisoire composé de cinq membres.
M. DE GENouDE. Jc demanderai à tout le monde... (Interruption.) Vous ne pouvez faire ni un gouvernement provisoire ni une régence ; il faut que la nation soit convoquée si vous avez quelque chose à faire. (Interruption.) Je dis qu'il n'y a rien sans le consentement du peuple. C'est comme en 1830 : vous ne l'avez pas appelé , voyez ce qui vous arrive ; ce sera la môme chose, et vous verrez les plus grands malheurs surgir de ce que vous ferez aujourd'hui. (Agitation.)
M. Odilon Barrot monte d'un pas lent et solennel Tescalier delà tribune, qu'il a tant de fois monté et descendu aux applaudissements de ropposition : il se fait im profond silence.
Jamais, dit-il, nous n'avons eu plus besoin de sangfroid et de prudence ! Puissiez-vous être tous unis dans un môme sentiment : celui de sauver le pays du plus détestable des fléaux, la guerre civile, (Très-bien ! très-bien !) Les nations ne meurent pas ; mais elles peuvent s'affaiblir dans les dissensions intestines, et jamais la France n'a eu plus besoin de toute sa grandeur et de toute sa force.
Notre devoir est tout tracé. Il a heureusement cette simplicité qui saisit toute une nation; il s'adresse à ce qu'elle a de plus généreux et de plus intime : à son courage, à son honneur.
La couronne de juillet repose sur la tète d'un enfant et d'une femme. (Vives acclamations au centre.)
Madame la duchesse d'Orléans se lève et salue l'assemblée ; elle invite le comte de Paris à l'imiter, ce qu'il fait.
M. 0D1L0N BABROT. Je fais un appel solennel...
M. DE LA ROCQEJAQUELEIN. YoUS UO SaVOZ CO qUO VOUS
faites.
Madame la duchesse d'Orléans se lève comme pour parler.
PLUSIEURS VOIX. Écoutez ! écoutez I laissez parler ma* dame la duchesse.
d'autres membres. Continuez, monsieur Barrot !
M. oDiLON BABROT. Cest âu uom do la liberté politiaue dans notre pays; c'est au nom des nécessités de l'orare surtout, au nom de notre union et de notre accord dans des circonstances si difficiles, que je demande à tout mon pays de se rallier autour de ses représentants, de la révolution de juillet. Plus il y a de grandeur et de générosité à maintenir et à relever ainsi la pureté et l'innocence, et plus mon pays s'y dévouera avec courage. Quant à moi, je serai heureux de consacrer mon existence, tout ce que f ai de facultés dans ce monde, à faire triompher cette cause, qui est celle de la vraie liberté de mon pays. (Bravos au centre.)
M. DE LA RocHEJAQiiELEiN. Je demande la parole.
M. 0D1L0N BAR BOT. Est-cs que par hasard on prétendrait remettre en question ce que nous avons décidé par la révolution de juillet? (Ti es- bien ! très-bien!)
Messieurs, la circonstance est difficile, j*en conviens; mais il y a dans ce pays de tels éléments de grandeur, de générosité et de bon sens, que je suis convaincu qu'il saf< fit de leur faire appel pour que la population de Paris se lève autour de cet étendard. (Oui ! oui !)
Il y a là des moyens d'assurer toute la liberté à laquelle ce pays a le droit de prétendre, de la concilier avec toutes les nécessités de Tordre qui lui est si nécessaire, de rallier toutes les forces -vises de ce pays, et de traverser les grandes épreuves qui lui sont peut-être réservées.
Ce devoir est simple, tracé par Thonneur, par les véritables intérêts du pays. Si nous ne savons pas le remplir avec fermeté, persévérance, courage, je ne sais quelles peuvent en être les conséquences; mais soyez convaincus, comme je le disais en commençant, que celui quia le courage de prendre la responsabilité d'une guerre civile au sein de notre noble France, celui-là est coupable au premier chef, celui-là est criminel envers son pays et envers la liberté de la France et du monde entier.
Quant à moi, messieurs, je ne puis prendre cette responsabilité. La régence de la duchesse d'Orléans, un ministère pris dans les opinions les plus éprouvées , vont donner plus de gages à la liberté ; et puisse un appel au pays, à l'opinion publique dans toute sa liberté, se prononcer alors, et se prononcer sans s'égarer jusqu'à des prétentions rivales de la guerre civile...
A ces paroles ^ la duchesse d'Orléans se lève et le jeune roi salue l'assemblée. La duchesse tient un papier dans sa main; elle demande à parler. Qui aurait résisté à cette voix d'une. fenune^ d'ime mère émue et courageuse? Mais le président ne voit rien, il n'entend rien ; il se préoccupe de maintenir la parole à M. Barrot.
A ce moment^ M. Ledru*RoIliii insiste pour obtenir la paroler
(( M. Ledru-Rollin^ dit M. de Lamartine *, jeune , grand, sanguin dévisage^ fougueux de voix et de geste^ mais conservant le sang- froid réfléchi du politique sous Temportement apparent de i*orateur, semblait Thomme préparé et attendu par Tévénement. »
M. BARBOT, cofitinuant. Se prononcer au nom des vrais intérêts du pays et de la vraie liberté ! Voilà, quant à moi, quel est mon avis, quelle est mon opinion : je ne pourrais pas prendre la responsabilité d'une autre situation.
M. DE LA BocBEJAQUELEUf . Nul plus que moi ne respecte et ne sent profondément ce qu*il y a de beau dans certaines situations. Je n'en suis pas à ma première épreuve.
Je répondrai à Tbonorable M. Odilon Barrot que je n'ai pas la folle pensée de venir ici élever des prétentions contraires ; non ! mais je crois que M. Odilon Barrot n'a pas servi comme il aurait voulu les servir les intérêts pour lesquels il est monté à la tribune, en s'avançant autant qu'il a fait. (Bruit.)
Messieurs, il appartient peut-être bien à ceux qui, dan.^ le-passé, ont toujours servi les rois, de parler maintenant au pays et de parler du peuple.
QUELQUES VOIX. Bien î très-bien !
M. DE LA RocHEjAQUELEiN. Aujourd'bui, VOUS n'êtes ricu ici, vous n'êtes plus rien î (Violents murmures.)
H. DE MOBNAY. Nous uo pouvons acccplcr cela.
M. LE PRÉSIDENT. Mousieur, vous vous écartez de l'ordre, je vous rappelle à l'ordre.
M. DE LA ROCHEJAQUELEIN. Permettcz-moi de parler.
Quand je dis que vous n'êtes rien, en vérité je no croyais pas soulever... ce n'est pas moi, député, qui vous dirai que la Chambre des députés n'existe plus comme Chambre... je dis qu'elle n'existe plus comme... (Interrup-