‹ Mémoires d'un bourgeois de ParisChapitre 49 sur 71 · A MES AMIS EN FRANCE · texte numérisé non relu

A MES AMIS EN FRANCE

a C*est moi, soussigné, qui, ne songeant qu'à ma patrie, ai sauvé trois fois la vie do Louis-Philippe, non pas pour raffermir dans son usurpation, mais pour lui laisser le temps, et par ordre de la Providence, de racheter son âme et d'assurer le salut de ses enfants, en me rendant la justice qui m'appartient. 11 est demeuré dans la voie de l'iniquité ; le temps de grâce où il am-ait pu réparer ses crimes et ses injustices est passé. En vain ferait-il des efforts aujourd'hui, son heure est venue, et la punition de ses forfaits le suivra dorénavant jusqu'au tombeau. Ce n'est pas moi qui serai la verge de Dieu, car le crime sera puni par le crime,- et l'innocence seule triomphera. Au surplus, le i*oi des Français actuel n'est ni Bourbon ni Orléans. Cette prétendue royauté, élevée 4>ar l'intrigue sur le trône de mes pères, devient donc nulle^ et^ parce qu'il n'y a plus d'Orléans, la France, bientôt délivrée, rentrera dans les biens que cet imposteur a volés à la patrie. Sa famille sera expulsée à son tour et pour à jamais. Qu'on ne s'imagine pas que toutes ces choses se passeront en paix. Bien des gens qui ont participé aux crimes périront par la main du peuple, et personne de ceux qui sont condamnés par Dieu n'échappera à son jugement de vengeance. Dans ce temps, je paraîtrai pour sauver la France de l'anarchie. Jusque-

là J'ordonne à ceux qui sont mes amis et les yéritables amis de la patrie de rester tranquilles, et de ne se mêler en Tien aux événements. Mes ordres pour l'avenir leur parviendront à propos.

» Gharles-Louis, duc de Normandie.

» Londres, le 14 mars 1837. »

Je terminerai ces citations par un souvenir moins triste. Il s'agit du portrait en miniature du roi, dû au pinceau habile de madame de Mirbel, et qui a figuré à Tune des expositions du Louvre. La célèbre artiste, que nous avons eu la douleur de perdre il y a peu d*années, eut, à ce qu'il paraît, beaucoup de peine à obtenir les accessoires qui lui étaient indispensables pom* rendre son œuvre parfaite. L'une de ses lettres au général Athalin révèle des détails intimes assez gais:

« On m'a envoyé, général, les vêtements du roi; mais

M. L m'écrit que le valet de chambre de Sa Majesté

ne peut en ce moment disposer d*un tofwpet. Or, général, il me faut impérieusement ce toupet pour mettre le portrait en état de mieux profiter du temps que le roi daignera me donner encore. Vous, qui savez la marche d'un portrait, pouvez mieux juger que personne de la nécessité où je suis en ce moment de faire les cheveux, qui vont nécessairement pâlir la tête et me donner des ressources qui me manquent tant que les cheveux ne sont pas faits pour la ramener au ton vigoureux de celle de Sa Majesté.

» Le valet de chambre du roi a nécessairement des toupets de rechange. J'en ai vu trois difi^érents sur la

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tête du roi. VeuUlez, je vous en supplie, m'en faire donner un. 4e ne puis marcher sans cela. Si le valet de chambre se trouve à court, qu'il en commande un, qu'on lui enverra comme auxiliaire de Saint- Cloud. Mais, à moi, il en faut un de suite. 11 faut que je me prépare à pouvoir prendre séance à la fin de la semaine, et si, en ce moment, le roi posait pncore, je profiterais mal des moments précieux 4]u'il veut bien me donner.

» Vous savez comme sont Icsgons, faisant des affaires de tout. Le valet de chambre du roi, qui a probablement trois toupets de rechange, se trouve perdu en m'en prêtant un pour deux jours.

» Le valet de chambre coiffeur de la reine des Belges ne voulait pas à toute force me prêter des touffes, et enfin il a fini par les prêter.

» Arrangez^ je vous prie, cette immense affaire;' j'attends impatiemment.

» Recevez ici l'assurance de mes sentiments distingués.

» L. DE MlRBEL. » ■

Dans les commencements du règne de Louis-Philippe^ la bourgeoisie tenait beaucoup à être invitée aux fêtes des Tuileries. Voici le passage d'un rapport confidentiel adressé à ce sujet au général Athalin le 7 janvier 1834:

« Voua savez qu'on a beaucoup bu au bal de la reine des Belges. Les grisons se sont montrés fréquemment pendant la soirée... Pour demain, on doit supprimer les vins et les liqueurs sur les buffets, ainsi que les soupers des musiciens, des surveillants et même des pompiers, que Ton essayera de remplacer pai* une légère gratification en argent, i» '

Le roi^ la reine et les princes conserraient ayec soin les lettres, les manuscrits les moins importants : c'était une tradition de famille. Un album três-curieux a été trouvé dans le cabinet du roi. Je ne sais s'il a pu être conservé : il contenait une suite de dessins, graviu^, lithographies, de vues à la gouache ou au lavis, de découpures, de charges et de caricatures des personnages du dix-huitième siècle. En tête on trouvait un plan-vue du salon princial de la maison occupée à Twickenham, en 1815, par Son Altesse Sérénissime monseigneur k duc d'Orléans ; un autre plan-vue de la chambre à coucher de Son Altesse Sérénissime mademoiselle d'Orléans à Twickenham, en 1817.

Des paysages, des études, devaient être de la main du roi des Français. On lisait au bas de quelques-uns de ces dessins les notes suivantes :

En S séances,' fini le 3 août 179S.

En 3 séances, fini le S8 mars 1793.

En 4 séances, le 16 février 1793.

En 4 séancesj fini le 1er octobre 1793.

AU bas d'un, portrait au crayon, portrait d'un homme au front déprimé, à la figure large, aux traits singuliers, portrait dessiné avec autant d'esprit que d*obseryatioii> on avait écrit ces quelques mots :

RICHARD PATCH, One f ai va joger et condamner pour le meortre de M, Bligb, en 1806. Dessiné par Lonis-Philippe, duc d*0rléans, depnis 1830 roi des Français.

On trouvait encore dans cet album un charmant dessin fait par J; Alaux, en 1816, et représentant un Tra^

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gique de société; la Bergère des Alpes, du même artiste^ gouache très-soignëe; uii sujet à Teucre de Chine : une jeune Femmes sous l'ombrage , regarde deux oiseaux- réunis sur une branche, avec cette inscription : Ils sont réunis.

Ce qui n'était pas moins curieux, c'étaient d'informes dessins au crayon, à la âiine de plomb, représentant, ou ayant l'intention de représenter, l'un un vaisseau, l'autre des maisons. Au bas de ces essais, qu'une tendresse attentive pouvait seule conserver, étaient tracées ces lignes, qui ont aujourd'hui toute l'importance d'un souvenir historique :

François d^Orléans, 14 octobre 1817.

François d'Orléans, 19 octobre 4837.

Ferdinand fecU, 6 septembre 1818.

Une gravure conservée avec soin rappelait un danger que courut le duc d'Orléans pendant une partie de chasse à Villers-Cotterets.

Enfin, un dessin très-soigné donnait une idée d'une demeure dont on trouverait difficilement la place aujourd'hui et qui cependant compte pai^mi les monuments historiques : c'est la vue perspective de la petite maison que monseigneur le duc d'Orléans fit construire au couvent de Belle-Chasse.

Le duc de Nemours surtout conservait précieusement toutes les lettres qu'on lui écrivait, les lettres les plus confidentielles, les plus étranges, aussi bien que celle» de famille. Un grand nombre dé ces missives, jusqu'à un certain point compromettantes pour ceux qui les

avaient signées^ dirent même détournées dans le but d'en tirer profit. '

Quelques lettres curieuses .adressées au duc de Nemours sont sous mes yeux^ et je les publie parce qu'elles' ne compromettent personne.

Pendant le séjour que la reine Victoria &t au château

d'Eu^ sous le règne de Louis-Philippe^ plus d'un petit

incident eut le privilège d'occuper la noble compagnie

rassemblée dans la vieille demeure des Guises, restau-

.réc par Louis-Philippe.

« Tuaurasvu par le billet que j'ai écrit hier

au soir à Victoire, écrivait la reine Marie-Amélie au duc de Nemours, nos plaisirs de la journée. La course à Sainte-Catherine, par un temps ravissant, a été vraiment charmante; tout le monde était gai, de bonne humeur, et s'amusait. Les chevaux de poste et nos postillons français ont diverti la reine Victoria. — Le soir, le Château de ma nièce. C* est une petite pièce de société, jolie et de fort bon ton i ; mais VEumoriste, avec Arnal, a fait rire aux éclats la reine et toute la société, même lord Aberdeen.

» 1er avril iSS4. »

1. Cette œavre dramatique est due aa spirituel et charmaut talent de mad;ime Anrelot; elle a été repiéscntée avec un très-graud snccès à la Comédie-Française, le 8 août 1 837 < dix mois après Marie, ou le» Trou Epoqu9t3 da même anteor.

Mademoiselle Mars jouait, dans ie Château de ma nièees le rdle d*nne présidente d*une trentaine d'années; elle- portait un eostnine Louis XV.

Cette pièee en mi aete Tôt Joaée k Eu par la troope âà Vandèrille; elle avait été montée k ee théâtre pour une lepréseulation k Mnéflee.

Amalne se doutait guère alors qu'unç plume royale rendait compte de ses succès.

De son côte, lord Aberdeen avait aussi ses succès : « Le père est fort content de ses conversations avec lord Aberdeen^» ajoutait la reine.

Dans une autre lettre, la reine. Amélie disait :

« Ce n'est pas d'aujourd'hui que les ministres anglais ont tout tenté pour bien vivre avec la France. y>

A ceux qui écriront un jour Thistoire du maréchal Sûult^ duc de Dalmalie, ou qui publieront les mémoires de cet homme célèbre^ je livre la lettre suivante, adressée il y a vingt ans à M. le duc de Nemours :

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