VOYAGE A FONTAINEBLEAU
(( Le 17 avril 1 846, maman m'a apris qu'on avait tiré sur bon papa, mais qu'on ne l'avait pas atteint, alors maman, mes tantes Clémentine, Françoise, Lina et moi, nous sômes partis par le chemin de fer jusqu'à Corbeil, et là nous avons pris la poste qui nous a menés jusqu'à Fontainebleau. Nous avons remarqué qu'il n'y avait pas de voûte et cela ne m'a pas plu. J'ai vu beaucoup de stations; mais je ne me rappelle bien que Choisy-le-Roi. La forêt m'a beaucoup intéressé parce que il y a beaucoup de rochers. J'aurais bien voulu y grimper, mais nous ne pouvions pas nous arrêter parce que nous étions pressés de revoir bon papa. Je suis entré dans le château par la
D*UN BOURGEOIS DE 1>ARIS m
porte de Louis 13. Le palais m*a paru beau. La famille était bien portante; mais elle était encore occupée de ce qui venait d'arriver. Bon papa nous a conduits à travers de belles galeries ju^sque cbez nous.
)) Maman m'a conduit avant le diner près du bassin où sont les vieilles carpes, a C'est là, m'a dit maman, que 1» Sully a dit à Henry 4 de ne pas épouser quelqu'un qu'il » voulait épouser; mais de faire un mariage plus uti^ à » la France^ et Henri 4 s'est mis en colère ; alors Sully D s'est jeté à ses pieds, mais Henri 4 l'a relevé et lui a » dit : — Relevez- vous, Sully, car on croirait que je vous » pardonne. » Ensuite nous avons dîné. Après le dîner, maman m'a mené voir im tableau qui représentait une q^iaatité de petits chiens avec leur nom; et ensuite j'ai été vers bon papa. J'ai dormi à Fontainebleau dans'une chapibre voisine de celle où maman a dormi.
D Quand je me suis réveillé et que j'ai été habillé, j'ai été chez maman, et puis j'ai déjeuné, ensuite j'ai lu jusqu'à huit heures; pendant que je lisais, maman m'a apporté un crocodile de bois de genévrier, et à huit heures un quart nous sommes partis de Fontainebleau.
» En quittant Fontainebleau, j'étais triste de ne pas aller dans la forêt et de ne pas grimper sur les rochers. Je suis allé dans la voiture de bon papa et nous sommes revenus par la route ordinaire. Quand nous sommes arrivés à Paris, on a crié : Vive le roi ! et on a très-bien accueilli bon papa, parce qu'on était très-content de le revoir après le danger qu'il avait couru.
» La â^légion est venue d'elle-même dans la cour des Tuileries, et bon papa l'a passée en revue en me tenant par la main. »
Partageant tous les goûts élevés du prince son époux» instruite^ aimant les lettres, les arts, les cultivant avec succès, madame la duchesse d*Orléans trouvait, au milieu des sérieux devoirs qu*elle s'était imposés, le temps d'entretenir quelques relations avec les illustrations de la France dans les arts et dans les lettres. Aux uns elle accordait des bienfaits avec une délicatesse qui savait trouver d'ingénieux et de décents à-propos; aux autres elle donnait d'opportunes preuves de sympathie. J'en ai un touchant exemple entre mes mains. Dans cette poignée de papiers chiffonnés et brûlés dont je parlais tout à l'heure, se trouvait la minute d'une lettre écrite par la princesse à M. Victor Hugo.
C'était à l'occasion du malheur de famille qui frappa le poète d'une manière si cruelle et si inattendue. Madame la duchesse d'Oriéans, qui avait eu tant à souffrir elle-même dans ses afTections les plus chères, comprenait mieux que personne la douleur de toute une famille. M. Victor Hugo a-t-il conservé l'original de la lettre que je cite? Je l'ignore; mais j'en donne ici le texte exact :
(( Le malheur ^ qui vient de vous frapper d'une manière si cruelle m'a vivement touchée, monsieur ; je veux vous exprimer la part que j'y prends avec la France entière, et moi plus particulièrement au souvenir des témoignages de sympathie que vous avez donnés aux cruelles épreuves qui m'ont frappée moi-même...
» Laissez-moi donc vous dire, monsieur^ combien vo-
I. M. Victor Hugo avait perdu sa fille, jeune femme nouvellement mariée à M. Vacqnerle. Elle périt peu de temps après dans les flots avec son mari, dans une partie de plaisir.
tre chagrin^ celui de madame Hugo m^affligey et recevez *en même temps les vœux que je forme pour que la consolation d'en haut ne vous manque point, la seule qu'acceptent de pareilles douleurs !
1» Croyez à l'expression de mes sentiments de haute estime, y*
Dans cette retmite silencieuse, devenue pour la duchesse d'Orlëans le sanctuaire de sa douleur, elle recherchait surtout les souvenirs qui se rattachaient aux derniers jours de la vie du prince.
Absente, on le sait, de Paris à l'époque de la catastrophe du 13 juillet 1842, elle avait demandé avec instance des détails sur les dernières journées de la vie de son époux aux amis, aux ofOciers, aux serviteurs dont il était entouré au moment où il quitta le palais des Tuileries pour n'y plus revenir. Aucun récit n'a pu être présenté avec autant d'intérêt, avec aut{int de circonstances particulières et de renseignements précieux, que le rapport que je puis publier ici.
« Paris, le 3 mai 1143.
» Madame,
p Votre Altesse royale a exprimé le désir de me voir réunir mes souvenirs sur les derniers instants que j' ai été appelé à passer auprès de son époux. Cette tâche m'est pénible... Votre Altesse royale le concevra... Dès le principe, je n'ai point eu le courage de le faire. Bientôt des occupations nombreuses, incessantes, m'en ont empêché, et, dois-je en faire l'aveu? je me félicitais de ces travaux obligés qui m'arrachaient à jin pénible retour
aSp MEMOIRES
sur le passe. Maintenant^ bien du temps s'est écoulé; mais lesi émotions sont restées les mêmes^ et ce n*estpas sans douleur que je cherche à retracer les détails de ces instants dont le souvenir m'est à la fois si cher et si cruel* Un désir de Votre Altesse royale çst un ordre sacré pour moi : je m*y conforme avec le religieux, dévouement que' je lui porte^ et dont elle a déjà daigné agréer ThommagG.
» Votre Altesse royale sait combien monseigneur se préoccupait de tous les détails de Timportante opération qu*il ^tait chaîné de diriger. Une lettre qu*elle trouvera ci-jointe en est un témoignage remarquable. Je supplie Votre Altesse royale de me la faire renvoyer et d*avoir la bonté de se contenter de la copie qu*elle renferme. Je tiens à cette lettre : c'est la dernière que monseigneur m*ait adressée. Il était à Plombières auprès de Votre Altesse royale.
9) Ainsi que monseigneur l'annonçait, il arriva à Paris le 8.
» La journée du 9 fut en partie consacrée à l'expédition d'ordres nombreux et importants préparés d'après ses instructions pendant son absence.
»Le 10, monseigneur eut une longue conférence avec le lieutenant général Durocheret et l'intendant M. Evrard. Il régla et écrivit de sa main le mouvement général des troupes du corps d'opération. Cette pièce importante est dans les mains de Son Altesse royale monseigneur le duc de Nemours. Par ce travail, monseigneur avait ûxé le jour de l'arrivée des troupes dans leurs cantonnements, la durée du séjom* qu'elles y devaient faire avant le commencement des opérations,
et ensuite, jour par jour, les marches qui devaient être faites pendant les opérations. Les positions qui devaient être journellement occupées à la nuit étaient déterminées, sauf les éventualités qu*il n*était pas possible de prévoir. Ces éventualités devaient offrir, en même temps que des difOcultés imprévues à sunoaonter^ im moyen certain d'apprécier le degré d'instruction des troupes et surtout riutelligence des officiers de tous grades.
)t Les pressentiments de ces diiffîcultés paraissaient sourire à l'esprit si actif, si désireux des circonstances imprévues et exceptionnelles de monseigneur. Fort des ressources qu'il trouvait en lui-même, il les appelait, pour ainsi dire, de ses vœux , certain qu'il était de les surmonter et de prouver à ceux qu'il commandait, qu'avec de la volonté on surmontait les obstacles. Monseigneur disait fréquemment que la confiance en soi-même était vn gage de succès.
y> Ce travail éliait difficile : il fut promptement fait et arrêté. Le directeur du personnel emporta des instructions précises sur la direction que les troupes devaient suivre pour atteindre lems cantonnements dans les environs deTroyes, Méry-sur-Seine et Sézanne.
» Après cette conférence, monseigneur reçut le général du génie Bellonnet, avec lequel il arrêta les dispositions qui devaient assurer le succès d'une opération projetée sur Vitry. L'exécution en serait confiée à Son Altesse royale monseigneur le duc de Nemom^. C'est à l'issue de cette conférence que monseigneur jeta sur le papier la minute ci-jointe d'un rapport au minibtère de la guerre, rapport précieux et qui témoigne si bien
des connaissances générales, et de détail de monseigneur dans le senrice si spécial de Tarme du génie.
D Le 11 ^ nouvelle conférence avec Fintendant M. Evrard. Monseigneur arrête les dispositions d*ordre au moyen desquelles on parviendra à constater la valeur des dégâts qu'on ne pourra évilejr pendant les opérations. M. Evrard et le général Bellonet s'entendront à ce siyet avec les préfets de TAude et de la Marne. Monseigneur recevra -ces messieurs le 19, à son retour de Saint-Omer. Les préfets se rendront à Paris le il au plus tard.
)» Monseigneur donné de nouvelles instructions pour Tessaiy à Saint- Omer/d'a5m-ven^ destinés aux troupes qui ne pourront être logées chez Thabitant. Le transport de ces abris-vent se fera par les soins de Fadministration, qui y consacrera un certain nombre de caissons.
» Monseigneur s'assure que les approvisionnements ' de toute nature sont faits ou à peu près sur tous les points. Le soldat ne devra manquer de rien. Des cantiniers civils seront autorisés à marcher à la suite des parcs et se seront engagés k assurer, pour des prix débattus à l'avance et consentis par les chefs de corps, les repas des officiers. Ils devront s'approvisionner^ sous peine de renvoi sur les derrières, des objets de première nécessité pour le soldat, taxés à des prix raisonnables.
» Déjà précédemment ^ monseigneur s'était occupé sérieusement de l'habillement et de l'équipement des troupes, notamment de celles auxquelles on avait donné en essai le nouvel uniforme. Un rapport fort inlér^saut du 19 juin, et dont je joins ici la minute de la main
de monseigneur, prouve combien les moindres détails fixaient son attention. Les propositions objets de ce rapport avaient été accueillies par le ministre; mais il restait un point sur lequel on n'était pas d*accord. La tunique, présentée comme devant remplacer Thabit de rinfanterie, plaisait généralement; mais on proposait de la raccourcir. Des ofQciers généraux pensaient qu*il y avait danger à le faire, parce que, ainsi écourtée, elle deviendrait disgracieuse, particulièrement pour les hommes un peu replets, ce qui est le cas pour bon nombre d*oflQciers, même des grades inférieurs. On devait craindre d'indisposer l'armée contre ce vêtement qu'on .regardait généralement comme avantageux. Monseigneur, sans se prononcer, paraissait pencher pour la proposition. M. Évi^rd, consulté, avait émis un avis contraire. Déjà j'avais fait comme lui. La question, longuement débattue, i^sta indécise. Que Votre Altesse royale excuse ces minutieux détails. Ce sujet, d'un intérêt si secondaire, a peut^tre exercé une fatale influence -sur la catastrophe vers laquelle nous marchions rapidement, dans la sécurité que nous donnait le prince et que paraissait nous promettre Vavenir.
I» Le 12, monseigneur rend compte au ministre que, depuis la réunion effectuée de toute Tartillerie du corps d'opération à Strasbourg, elle a été constamment exercée par le général marquis de Laplace, et préparée au service pénible auquel elle était destinée. Mais pour compléter ce qui est relatif à l'organisation de cette arme y monseigneur propose d'alfecter aux troupes qui doivent, sous la direction du lieutenant géné-~ rai Malbot, figurer les lignes ennemies^ une artil-
lerie suffisante. Il soumet à Tapprobation du ministre le projet d'organisation de cette artillerie.
y> Le colonel" d'état major Morin, sous-chef de Télatmajor général, reçoit Tordre de se rendre de Rouen dans le département de l'Aube, pour y préparer un travail de répartition des cantonnements qui devront recevoir les troupes au moment de leur concentration. 11 se rendra ensuite à Sainte-Menehould, où le corps d'opération cantonnera après l'opération, pendant plusieurs jours, à l'occasion de la revue du rî)i.
» Un officier supérieur, le lieutenant-colonel Rebillot, est désigné, au choix du ministre, pour les fonctions importantes de vaguemestre général.
)» Des instructions sont adressées à Nancy, Lunéville et Strasbourg. C'est ainsi que rien n'échappe à l'esprit prévoyant pt à l'expérience de monseigneur, et qu'il assure le service de l'opération qu'il a conçue.
n II revient entm à la question non encore tranchée de la tunique. Je savais, depuis la veille^ que c'était Son Altesse royale monseigneur le duc d'Aumale qui insistait pour qu'elle fût raccourcie. Monseigneur me dit, avec ce sourire si gracieux que Ton ne saurait oublier, et sous lequel j'aurais pu deviner une concession à sa ' tendresse pour son frère, qu'il savait que ce n'était pas mon opinion, mais que, tout considéré, il se prononçait pour la proposition, et qu'il fallait préparer un ordre en conséquence, (c Vous viendrez, me dit-il, den^ain à neuf » heures, je verrai le travail, le signerai. Nous déjeuy> ncrons; j'hai prendre congé du roi, et nous partirons )» à midi. »
» Dans la soirée, je revis M. Evrard. Il me parla de plusieurs difficultés imprévues qui Fembarrassaient beaucoup et lui donnaient de vives inquiétudes. Je rengageai à m'accompagner chez monseigneur le lendemain. — Monseigneur, en robe de chambre du matin, vint nous trouver à Theure fixée dans le salon de service. Le couvert y était mis. M. Asseline y vint aussi; mais je ne sais à quel instant.
» Jamais je n'avais vu' monseigneur de meilleure humeur; jamais sa physionomie n'avait eu, à mes yeux, une expression plus franchement gaie. M. Evrard exposa les motifs de ses inquiétudes. Plus que jamais je pus apprécier combien monseigneur se plaisait à se heurter contre les difficultés. Elles furent toutes discutées avec sa grâce et sa facilitéf habituelles. La plus gmve ' existait dans la crainte de manquer d'eau. La sécheresse . était extrême; rien n'annonçait qu'elle dût cesser. Les ruisseaux, qui ne tarissent habituellement que vers la fin d*août, étaient déjà sans jeau ; les puits n'offraient que peu de ressources, et il y aurait danger d'ailleurs, pour la discipline, à ce que le soldat pût pénétrer dans les habitations pour s'y procurer de l'eau. Les habitants se refuseraient peut-être à les recevoir; de là des discussions, des rixes. Monseignerr ne s'était pas caché cet état de choses, a Eh bien ! répondit-il, nous ferons )) pour le mieux.- Si l'eau nous manque dans la plaine, » nous ferons de nécessité vertu; nous changerons le » plan des opérations, et nous nous porterons sur la » Marne. Il y aura alors moyen pour tout le monde de » faire preuve de zèle et d'intelligence. Ce que nous fe- » rions dans mi moment de guerre, nous le ferons dans IV ts
» une optîralion simulée, et chafcun y trouvera de Tex- » périence et l'habitude de surmonter les difficultés. Je » sais que ce que nous allons faire en pleine paix, au mi- )) lieu de nos concitoyens, et avec les entraves qui nais- » sent du respect dû aux propriétés et aux droits de » chacun, dont ceUii. de la guerre fait si bon marché, » je sais que tout cela présentera de grands embarras ; » mais chacun s*y donnera, tout entier, et nous attein- » drons le but. »
w A ces bonnes et énergiques paroles, le front de M. Evrard se déridait, et le sourire gracieux de monseigneur 'achevait de lui rendre la confiance qu'il avait presque perdue.
» M. Evrard nous quitta. Je présente le travail que j'avais préparé. Les dernières lettres était celles qui prescrivaient le raccourcissement immédiat des tuniques.
» — Eh bien! me dit monseigneur en souriant, êtes- K) VOUS converti ?
» — Non vraiment. ,
), — Oh ! je n'en suis pas surpris. Vous tenez à > 5 » idées, que d'autres, au surplus, partagent en cette cii- » constance; et, pour mon compte, j'ai encore un scniii pule. Évrivez un mot à Rostolan pour lui demander î> son opinion. Faites monter un piqueur à cheval ; il ne i> reviendra qu'avec sa réponse. Nous terminerons le n travail; la réponse viendra pendant le déjeuner, i*
» Le piqueur partit. A son retour, monseigneiu* me dit en riant : « Vraiment, mon cher général, vous êtes i> battu, et maintenant je signerai sans hésiter... et sans ii scmpule, ajouta-t-il en riant franchement. Rostolan D est passé maître en pareille matière, v Là-dessus^ mor
seigneur passe dans sa chambre à coucher, et revient immédiatement en uniforme.
» Déjà, depuis quelque temps, j'avais remarqué le cabriolet à quatre roues sous l.a fenêtre, la tête des chevaux à la hauteur de la porte du vestibule. Alors seule- . ment j*avais compris que ce serait à Neuilly que monseigneur irait prendre congé du roi. J'avais jusque-là pensé que, le roi venant habituellement à Paris vers midi, ce serait aux Tuileries que monseigneur le verrait.
» A son retour dans le salon de service, je lui présente les lettres ; il les signe, et me dit : Expédiez-Us, je va/is lïrmdre congé du sot. Et il sortit.
» Si ces malheureuses lettres eussent été signées et expédiées le matin, monseigneur m'aurait sans doute permis de l'accompagner... Quelques instants après j'étais sur le théâtre de l'événement, où déjà était en partie i-éunie la famille royale.
» Je n'ai rien à ajouter à ce récit simple et vrai de faits dont je ne saurais perdre le Souvenir. Je regrette vivement de ne l'avoir pas fait parvenir plus tôt à Votre Al- * tesse royale, ei je la supplie de me permettre de déposer de nouveau à ses pieds l'hommage du dévouement sans bornes que je lui porte, ainsi qu'aux jeunes enfants dans lesquels nous retrouverons les nobles qualités qui avaient déjà placé si haut dans l'estime des pieuples leur auguste père, et qui seront la garantie de l'avenir de la France.
D Je suis avec respect^ "à Madame^
» De Votre Altesse l'oyale, i) Le très^humble et très^béissant serviteur, i» .
Ce rapport est signé du général Aupick.
Dans les premières années du règne à^ Louis-Philippe, «la monarchie de juillet fut entourée d*intrigttes^
. de complots, de dangers, menacée chaque jour par divers partis implacaUes, qui ne reculaient pas devant Jes horreurs de la guen*e civile, menacée même par ces mouvements révolutionnaires qui éclataient dans toutes les contrées de l'Europe. La police d'alors, soit du préfet de police, soit du ministère de Tintérieur, ne s'arrêta ni devant les visites domiciliaires, ni devant la corruption de gens à gages, pour se tenir au courant de toutes les manœuvres des partis. On sacrifia à un suprême intérêt politique, au salut de la France et à la paix du monde, Tintimité des correspondances et les secrets de famille. Je crois toutefois pouvoir répéter ce que j'ai déjà dit dans un des précédents volumes de ces Mémoires : c'est que les employés du cabinet noir furent licenciés en juillet 1830, et que quelques-uns d'entre eux touchèrent, à partir de cette époque, au ministère des affaires étrangères, une pension de retraite jusqu'.en
X 1848. Mais apr^s 1830, le général Sébastian!, ministre des affaires étrangères, rétablit le cabinet noir. C'est un fait que je puis affirmer. Des masses considérables de copies de lettres ont été livrées, dans le pillage du palais des Tuileries, aux regards de tous. Que de gens seraient surpris si on leur montrait aujourd'hui le double de lettres adressées à leurs frères, à leurs femmes, à leurs enfants, il y a près de vingt-cinq ans. J'ai rencontré de précieux documents au milieu de toules ces révé-
. la lions sans but utile et sans portée. Je me fais un de-
voir de nepubtier ici que lesletti^es qai peuvent éclairer rhistoireJes premières aimées de la monarchie.de juillet. Je reproduirai la copie de cinq lettres du prince de. Talleyraad,. écrites en 1831. Le numéro i est adressé à M. Hottinguer^ banquier de Paris; les numéros 2 et 5 à madame la princesse de Vaudemont ; le numéro 3 à M. le comte Mollien; le numéro 4 ne porte pas le nom de la personne à qui cette lettre est écrite.
ADRESSÉE A M. HOTTINGUER.
« Londres, le 13 novem1)re 1851 .
Y> J*ai rhonneur de vous prévenir que j^i donué sut votre maison un mandat de douze mille francs, que je vous prière faire acquitter à vue. Le porteur du mandat est madame... qui se présentera chez vous pour en recevoir le montant.
. » Vous aurez probablement aujourd'hui^ à Paris, la nouvelle que la Belgique a accepté les articles qui lui ont iié adressés par la conférence. Les lettres de M. Adair annoncent au gouvernement anglais une majorité assez considérable dans la détermination qui devait être prise le jour où il écrivait.
» Personne ne sait ici ce que fera le roi de Hollande. Les uns croient à un refus positif, d'autres à une acceptation avec une protestation, et d'autres eafin à des délais. Ce qui rend les délais probables, c'est qu*il a de l'argent jusqu'au 31 décembre. Du reste, vous en savez plus que nous à cet égard, car votre ami L... est à
Paris^ et personne n*est mieux informé de ce qui 9e passe et même de ce qui se pasjgera en Hollande. Faites- lui^ je vous prie^ toutes mes amitiés.
T» Le bill de la réforme occupe tout le monde. Le fait le plus récent^ c'est qu*il y a eu à Bristol de quatre à cinq cents personnes de tuées ou blessées. Lundi on a annoncé un meeting auprès de Londres^ qui^ si Ton en croit le prospectus^ sera très-violent. Mais ce qui est annoncé d*a?ance n'est jamais tel qu'on pourrait le craindre.
)) Adieu^ mille amitiés. »
ADRESSÉES MADAME LA PRINCESSE DE VArOEMONT.
u Londres, le 36 nove^re 1831.
)) Je suis revenu de Brighton, qui n'est agréable qu6 par le beau temps; j'en aieuun affreux.Le roi et la reine ont été parfaitement aimables pour moi ot madame de Dino. J'ai retrouvé Londres sans nouvelles. Le roi de Hollande n'écrit rien à ses ministres. Il cherche à faire un emprunt ; il ne sait que faire. Mon opinion est qu'il cédera^ parce qu'il ne peut faire autrement. Je tnmve que dans le système du gouvernement on a bien fait de ne pas nommer *** pair; il n'a pas l'esprit assez ferme pour être à sa place dans des circonstances aussi fortes. Vous pouvez dire cela à mademoiselle : je suis très-loin de m'en plaindre; j'aurais fait de même. Mais on a mal fait de ne pas nommer '''''^^ qui est raide, qui a l'âge, et que cela montrerait séparé de sa famille, dont il n'a au-
cune des opinions. C'était une hostilité au faubourg Saint-Germain, et c'était bfen. On a Tair de le trop craindre, cefaubowg, où il n'y a pas une force réelle. Ce côté-là de la rivière fait pitié de loin !
» Adieu, je réponds à votre lettre que j'ai reçue en ar^ rivant ; je n'ai pas le temps d'en écrire plus long. Je. vous aime. »