‹ Mémoires d'un bourgeois de ParisChapitre 53 sur 71 · ADRESSÉE A M. LE C03HTE M0LL1E · texte numérisé non relu

ADRESSÉE A M. LE C03HTE M0LL1E

(( Londres, le 36 novembre 187(1.

» J'avais écrit à M. Périer de ne nommer *** qu'après l'avoir vu et après avoir appris de lui, paf une question directe, quelle serait son opinion siu* les affaires actuelles. M. Périer a trop de connaissance des hommes pour n'avoir pas vu si sa réponse était franche et complète. Si la réponse avait ét% douteuse ou seulement embarrassée, il ne fallait pas le nommer. J'aurais interprété comme M. Périer la tergiversation manifeste qui l'a forcé à vous dire qu'il irait, et à n'en rien faire. Aujourd'hui, il faut être sûr des gens qu'on emploie. Rien ne doit se faire par comp]|Lisance. Je vois, et j'en suis fâché, des noms à la sincérité desquels personne ne peut croire : M. de ***, par exemple, qui conduisait l'intrigue du... à Bruxelles, est un choix qui fait nécessairement un mauvais' eflet ; car il prouve, ce qu'il ne faut jamais laisser voir, qu'on a peur des vaincus. 11 n'y a point de faute à laquelle cette peur-là ne conduise. Je sais très- ])on gré à M. Périer de vous avoir choisi comme intei-

mëdiaire pour toît ^*. Parmi le très-petH nombre de mes amis, il ne pouvait pas mieux s'adresser.

» Nous aroDS bien besoin que le ministère de M. Périer reste avec le pouvoir. Ce sont les seules mains qui inspirent de la couGance au dehors. On explique tout avec bienveillance ; on fait la part du temps ; ce qu*il fait qu'on n'aime pas, on croit qu'il lui était impossible de faire mieux, et on rapporte à M. Périer tout ce (pil se fait de bien. Ce que je tous dis là est positif. Nous n'avons pas encore de nouvelles de Hollande. Le roV traîne ses réponses. Il consulte, il croit ; mais mon opinion est qu'il faudra bien qu'il cède aux résolutions pnses irrévocablement. L'affaire de la Belgique, Gnie comme elle l'est, conduit nécessairement à la fin des affaires avec la Hollande. »

LETTRE No 4.

« -Londres, le 15 décembre 193* V

)> Une réponse de Hollande est arrivée : elle a quarante pages in-folio, et je suis obligé de l'es lire; Je vous assure que je préférerais lire quarante pages de votre mauvaise écriture, que j'aime aussi, parce que j'aime tout de vous. Au résultat, le roi de Hollande accepte les limites, se soumet à la répartition de la dette, et

1. Les notes ne disent point le nom de la personne à qai cette lettre était écrite. Je pense qu'elle était adressée à madame la princesse de VaodemoQt; liée tonte sa vie de la pins tendre amitié avec le prince de Talieyrand, et que le prince, visitait plnsienrs fois par joor, lorsqu'il demenriiit à Paris.

demande qu'il soit iait^ entre lui et la Belgique, un traité qu*il veut négocier pour établir la navigation des rivières et les droits sur les canaux, etc., etc.

9 Tout cela veut dire qu*ii accepte ce qui est bon, c'est-à-dire les limites, et qu'il se refuse à ce qui convient à la Belgique, c'est-à-dire à la libre navigation des fleuves et des canaux. Tout cela s'arrangera, mais avec peine. Votre ami Léopold, qui n'a pas le bon goût de vous répondre et de vous bien aimer, nous embarrasse un peu en déclinant son engagement sur les places fortes, engagement qu'il a pris avec H. Latour- Maubourg et dans une lettre autographe qu'il a écrite au roi. 11 faudra bien aussi que tout cela s'arrange sans trop le froisser. Le principe de la démolition est établi et reconnu; l'injive faite à la France est réparée, et quarante-cinq millions que coûtent aux alliés les forteresses sont perdus. Voilà le vrai résultat de ce traité, qui serait meilleur sans la négociation à part qu'on a voulu faire à Bruxelles, et qui a mis ici tout le monde en méfiance.

» Adieu, ange ou démon. Je vous aime. »

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