SUR LA PAILLE HUMIDE
Cook et beaucoup d'autres navigateurs illustres n'y manquaient jamais avant de s'embarquer.
J'en étais là de mes réflexions, quand le sommeil, que j'avais vainement combattu depuis quelques minutes, s'empara de moi. Je n'avais presque pas dormi la nuit 5 précédente, et, le chagrin aidant, la nature reprenait ses droits. Ma tête s'abandonna sur la table.
Je fus brusquement réveillé, après un temps qu'il me serait impossible de déterminer, par un grand bruit de pas et de verroux, et je compris qu'on était en train de 10 me donner un voisin de cellule. C'est triste à avouer, mais cela me fit plaisir. Il me sembla que je serais moins seul dans la mienne,
A peine les pas se furent-ils éloignés, et la porte extérieure du vestibule se fut-elle refermée sur le guichetier, 15 que je m'empressai de frapper une suite de petits coups au mur de mon cachot, pour essayer s'il y aurait moyen d'établir une correspondance. A mon extrême satisfaction, une série d'autres petits coups parfaitement distincts, me fut aussitôt répondue. 20
Plus de doute ! ^ J'avais un compagnon d'infortune, et nous n'étions séparés que par une cloison. Mais comment faire pour ouvrir des communications moins élémentaires? Je me suspendis aux barreaux de ma fenêtre, et j'essayai de voir si la cellule voisine recevait le jour 25 du même côté; mais il me fut impossible de la reconnaître, l'abat-jour opposait à la vue une barrière infranchissable.
Je songeai alors à établir^ une sorte de langage télégraphique en frappant un coup au mur pour la lettre A, 30 deux coups pour la lettre B, et ainsi de suite jusqu'à Z.
Mais il me fut bientôt démontré que l'application de ce procédé à une médiocre phrase était d'une grande difficulté, et d'ailleurs, mon voisin, n'ayant pas la clef de mon alphabet, ne comprit absolument rien à mes tenta- 5 tives. Il se contenta de répondre obligeamment par quelques coups détachés.
Cet indice de bonne volonté ne fit que porter au comble le désir que j'avais de causer avec lui. Un éclair traversa ma pensée.
10 Pourquoi ne percerais-je pas dans la cloison, avec mon couteau, un trou assez large pour donner passage à un billet ?
Je choisis sous le bord de la table un endroit malaisé à remarquer, et, de la pointe de mon couteau, je com-
15 mençai le percement. Malheureusement, j'étais tombé sur une brique. Après un quart d'heure de travî^l, c'est à peine si je l'avais égratignée. Mon voisin, d'ailleurs, restait silencieux. Rien n'indiquait que de son côté il fît des efforts pour venir au devant de moi.
20 Peut-être n'avait-il pas de couteau. Mais peut-être aussi ne désirait-il "pas entrer en relations directes avec un assassin!
Cette pensée décourageante, jointe à l'évidente difficulté de mon entreprise, allait peut-être me décider à
25 l'abandonner, quand j'aperçus tout à coup, au pied du mur, tout au ras du sol, ce qui me parut être la trace d'un ancien trou mal bouché avec du plâtre.
En un clin d'ceil je fus à genoux, vérifiant l'exactitude de ma supposition. Je ne me trompais pas. Un trou, du
30 diamètre de mon petit doigt, avait été percé là, et très sommairement oblitéré. Le débarrasser de son revête-