RÉCONCILIATION X GRAND ORCHESTRE
nouvel ordre, le tout sans exemption, . . AUez,^ et ne péchez plus. »
Je restais abasourdi, stupéfait, les pieds fixés au sol, incapable de remercier M. Ruette de son indulgence, ou, pour mieux dire, incapable d'articuler un seul mot. 5
«Eh bien! qu'attendez-vous?» me demanda le Proviseur, voyant que je ne faisais pas mine de m'en aller.
Je tournais mon képi dans mes doigts sans oser me décider à parler.
Enfin je balbutiai: 10
« Est-ce que je dois retourner au séquestre ?
— Non, mon enfant, allez reprendre votre place à l'étude, et en classe. »
Je poussai un soupir de soulagement.
«Et Baudouin? dis-je tout à coup, enhardi par la bonté 15 du Proviseur.
— Baudouin aussi, — quand il aura achevé son pensum,» ajouta M. Ruette avec quelque chose comme un sourire au coin de la bouche.
Savait-il déjà que je n'étais pas étranger à la confection 20 de ce pensum ? On aurait pu le croire. Peut-être les murs du séquestre avaient-ils des yeux et des oreilles?
Sans demander mon reste,^ cette fois, je m'élançai dans le couloir et de là dans la cour. Ma rentrée y fît sensation, j'ose le dire. 25
Mais je n'avais plus qu'un souci: Émeraude. J'obtins la permission de monter au quartier, je me précipitai sur mon pupitre, je soulevai en tremblant d'anxiété mon dictionnaire grec-français. . .
La spirituelle bestiole! voyant que je n'étais plus là 30 pour lui servir ses quatre repas, et qu'il faisait froid, elle
IIO MÉMOIRES d'un COLLÉGIEN
avait pris le parti que prennent volontiers tous les lézards en hiver, elle s'était endormie d'un profond sommeil pour deux à trois mois.