‹ Mémoires d'un collégienChapitre 33 sur 83 · LE JOUR DE L*AN AU LYCÉE I · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L*AN AU LYCÉE I

cSi VOUS arrivez seulement à bien savoir tout cela, nous dit-il, vous en verrez vite les effets. Il ne s'agit pas tant en ce monde de savoir beaucoup de choses à la fois que de bien savoir le peu qu'on sait Et ce n'est pas vrai seulement pour les élèves de sixième I » 5

Il fut admis, bien entendu, que nous ne manquerions pas de varier nos plaisirs par une gymnastique effrénée, et, ce programme une fois arrêté, nous nous mîmes à l'œuvre sans plus tarder. Jamais année ne s'était si laborieusement terminée. 10

Le Jour de l'An arriva, et un incident imprévu vint menacer de déranger tous nos plans. Il était sept heures et demie, nous venions à peine de descendre au quartier, car nous faisions la grasse matinée,^ — quand Garelou, — Garelou lui-même, — m'apporta une petite caisse à mon 15 nom.

€ Serait-ce une revanche?» me dit en riant Baudouin.

J'ouvris l'envoi, le cœur palpitant. O ivresse ! c'étaient mes étrennes. Jusqu'à ce moment, j'avais été convaincu que je ne pouvais pas en avoir dans l'ignominieuse posi- 20 tion oli je m'étais placé.

A tout seigneur tout honneur*. . . D'abord cette boîte en carton blanc adressée d'une bonne vieille écriture tremblée... Une montre! une belle montre toute neuve et dont le boîtier brille comme un soleil!... Et autour 25 de cette montre une délicieuse chaîne aux anneaux imbriqués comme les écailles d'un serpent! Précisément la chaîne de mes rêves. . . Puis une autre boîte à mon nom, avec la fine écriture de maman : et dedans un médaillon, avec son portrait, pour suspendre à ma chaîne ! . . . 30

Voici maintenant le cadeau de mon papa ; — un volume

enveloppé de papier. Pourvu que ce soit un livre de Voyages 1 . . . Hum. . . Les Lettres choisies de J/»* de Sévigné}

Quand à ma tante Aubert, suivant la pente naturelle 5 de ses préoccupations, elle m'envoie plusieurs pots de confitures et un sac de pralines que je partageai avec Baudouin, plus, à mon usage personnel, des bas de laine accompagnés de cette observation peu logique attachée avec une épingle : c Je sais bien que tu ne les mettras pas,

10 méchant garçon, mais je veux tout de même essayer. » Le tout est accompagné d'une lettre collective oh Ton m'engage à profiter de cette dure leçon, à bien travailler et à me rendre digne de passer les congés de Pâques à la maison.

15 Mon père avait eu la bonté d'ajouter qu'il aimait mieux me savoir privé de sortie pour avoir loyalement confessé une faute, que de m'avoir coupable auprès de lui, et ce sentiment tout romain n'avait pas manqué de réchauffer mon enthousiasme ; mais il n'y avait pas à se le dissimuler,

20 la montre était désormais un obstacle sérieux à l'exécution de notre programme.

A dix heures du matin je l'avais bien tirée cent fois, — à peu près une fois par minute, — mais je n'avais pas repassé trois pages d'histoire.

25 Baudouin voulut l'examiner à son tour, et prétendit qu'elle avançait sur l'horloge du lycée. De là à entreprendre de la retarder, il n'y avait, comme on dit, que la main.'

Comment se défendre à cette occasion de donner un

30 coup d'œil aux mouvements. C'est si curieux toutes ces petites roues de la première montre qu'on a, et ce balan-

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