LE JOUR DE L*AN AU LYCÉE
cier qui va et vient, va et vient, sans s'arrêter! Nous ne nous lassions pas du spectacle. Je ne sais pourquoi Baudouin se prétendit expert en horlogerie, et son assurance m'imposa.
cTu vois cette aiguille d'acier, me dit-il. Eh bien! il 5 faut la pousser à droite si tu veux que ta montre cesse d'avancer.
— Tu es sûr que ça ne dérangera rien ?
— Quand je te le dis! . . . Laisse-moi faire.»
Il poussa l'aiguille du bout de son couteau. 10
«Voilà qui est fait!»^ dit-il d'un air triomphant C'est si bien fait que la montre s'est arrêtée net. c Allons, bon! tu l'as dérangée. . .
— Pas du tout, riposta Baudouin très rouge, il suffit de
la remonter'pour qu'elle se remette en marche.» 15
Et de tourner* la clef dans le trou, de secouer la montre, de toucher le balancier, — rien n'y fait.'
J'avais bonne envie de laisser éclater mon dépit; mais tout à coup je sentis comme ce serait mal reconnaître l'amitié dévouée de Baudouin. Je me retins, je feignis 20 même d'être très indifférent à ce malheur.
«Nous l'enverrons à l'horloger,» dis-je en remettant magnanimement la montre dans la poche de mon gilet.
Il n'en fut plus question.* Le travail ne s'en trouva
pas plus mal,* — tant s'en faut, et, s'il nous fut donné 25 d'achever notre tâche avant la fin des congés, c'est peutêtre aux bienheureuses connaissances de Baudouin en horlogerie que nous dûmes ce résultat.