‹ Mémoires d'un collégienChapitre 37 sur 83 · LA SAINT-CHARLEMAGNE I · texte numérisé non relu

LA SAINT-CHARLEMAGNE I

Apres le dessert et les toasts habituels, quand on se leva pour rentrer au salon, M. Ruette eut Tobligeance de nous engager à remplir nos poches de fruits et de bonbons pour nos camarades.

Nous étions tous fort gais, et quand, en arrivant au 5 salon, M. l'Inspecteur d'Académie voulut bien m'appeler à lui et me rappeler qu'il m'avait interrogé à Saint-Lager, en ajoutant qu'il était heureux de me retrouver en si bonne compagnie, je me crus décidément arrivé au comble de la gloire. Inutile de dire que cet incident mémo- 10 rable fut l'objet spécial d'un récit enthousiaste que j'adressai dès le lendemain à tante Aubert

Le véritable moment du triomphe fut pourtant notre entrée au dortoir, qui s'effectua vers neuf heures. Nos camarades étaient déjà couchés, mais tous avaient encore 15 l'œil ouvert, et, quoiqu'un certain nombre d'entre eux jugeassent à propos d'affecter l'indifférence, il était aisé de voir que notre arrivée était impatiemment attendue. Une double bordée de questions à demi-voix nous assaillit au passage. 20

f Dis donc, Besnard, est-ce que c'était chicf

— Y avait-il des truffes ?

— J'espère qu'on rapporte du nanan pour les amis ?. . . » Nous nous empressâmes de faire notre distribution,

qui fut accueillie avec un enthousiasme impossible à dé- 25 crire. Mandrès lui-même en était dégelé.

Le dortoir retomba bientôt dans son calme ordinaire. C'est à peine si, de loin en loin, on entendit craquer une noisette ou une amande. Puis enfin, même ces derniers bruits s'éteignirent. Le sommeil régna dans le lycée. 30

Hélas! cette fête devait avoir un lugubre lendemain I

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