L ENVELOPPE NOIRE
Quand Raymond rentra à l'hôtel de Bade, il était à peu près une hqure du matin.
Michel, l'intendant, se couchait rarement avant l'arrivée de son maître. C'est dçnc lui qui vint lui ouvrir, ' et comme Raymond lui tendit la main et lui serra la sienne avec une sombre énergie, Michel devina tout de suite que quelque chose de grave avait dû se passer.
Dès qu'ils eurent gagné la chambre à coucher, Raymond jeta son paletot sur un fauteuil, et revint vers Michel qui attendait anxieux l'explication qu'on ne pouvait manquer de lui donner.
— Michel ! dit alors le jeune homme, d'un ton ferme et résolu, je me bats demain matin, avec Spavento.
Michel fit un mouvement.
— Demain?... répéta-t-il: mais vous venez de chez M. Guillemot.
— Oui.
— Et vous avez rencontré là le familier du duc? • — Lui-même.
— Il vous a insulté.
— Non.
— Alors.
Raymond eut un geste violent.
— Spavento doit être sur la voie des découvertes, répondit-il; tes appréhensions de l'autre jour, au moment de notre départ, se sont vérifiées cette nuit. Pendant notre voyage, on a "dû nous suivre, nous épier ; enfin, sais-tu ce que j'ai trouvé ce soir, chez M. Guillemot?
— Quoi donc ?
— Le bouquet du cimetière des Herbiers !
— Est-ce possible ?
— Alors, je n'ai pas été maître de moi ; une colère aveugle s'est emparée de tout mon être, à la pensée de cette profanation, et la rencontre ne pouvait plus être évitée.
— Spavento tire bien ! objecta Michel soucieux.
— Qu'importe 1 répliqua Raymond ; tu m'as appris cet art de l'escrime dont tu connais tous les secrets; j'ai l'œil aussi sûr que le sien et la main au moins aussi ferme.
— Il a pour lui l'expérience.
— J'ai pour moi la justice de ma cause, et Dieu qui ne m'abandonnera pas.
— Sans doute..., mais. !
— N'y pensons plus ! :Tu prépareras; mes fleurete ; tu auras soin que rien *ie manque, et, si j'étais endormi, tu me réveillerais à cinq heures.
. — Est-ce tout ce que monsieur a à m'ordonn,er ?
Le jeune homme se dirigea sans répondre vers, un meuble en bois de rose et y prit un petit coffret d'ébène qu'il porta sur une table placée au milieu de la chambre ; puis il tira du coffret une large enveloppe, encadrée de deuil, scellée d'un cachet noir, et il se mit à parcourir les quelques lignes qui s'y trouvaient écrites.
Voici ce qu'elles contenaient :