‹ Mémoires d'un commissaire de police (volume 2)Chapitre 23 sur 58 · A MON ENFANT BIEN-AIMÉ · texte numérisé non relu

A MON ENFANT BIEN-AIMÉ

« SOUS CETTE ENVELOPPE SE TROUVE RACONTÉ LE DRAME SANGLANT DE MA VIE, 'ET JE LE CONJURE, AU MOMENT DE PA- RAITRE DEVANT DIEU, DE N'EN BRISER LE CACHET QUE LE JOUR OU UN DANGER DE MORT LE MENACERAIT. »

Raymond tenait la lettre d'une main frémissante ; et c'est avec une sorte de religieuse épouvante que son regard s'arrêtait sur ces lignes — les dernières qu'eût tracées la main de sa mère....

Pendant quelques minutes, il resta immobile et hésitant, regardant cette enveloppe mystérieuse qui renfermait un secret terrible, sous ses plis funèbres — mais un sentiment de pudeur filiale l'empêchait d'en briser le cachet, et tout son être frissonnait à la pensée d'une indiscrétion, qu'il était bien près de regarder comme une profanation.

— Non ! non ! jamais, dit-il enfin ; je ne me sens pas assez fort, et l'iieure de la révélation n'est pas venue encore... J'attendrai I

Seulement, ajouta-t-il en se tournant . vers Michel, si demain je devais succomber dans cette rencontre, tu brûlerais le coffret avec ce qu'il contient....

— Oui, monsieur Raymond.

— Sur ta vie, tu me le promets ?...

— Par le souvenir de votre mère, je le jure ! Raymond serra avec affection la main de son intendant.

— Et maintenant que tout est bien convenu, dit-il, je vais* essayer de prendre un peu de repos.

Michel s'empressa de quitter son maître, et Raymond ne tarda pas à se jeter sur son lit.

Le lendemain à cinq heures, il était debout, et procédait à sa toilette.

Jamais il ne s'était senti plus dispos ; toute ombre de préoccupation avait disparu de son esprit; à peine éprou-

vait-il quelques pulsations plus rapides, quand le souvenir d'Irène se présentait à lui.

Il avait ouvert sa fenêtre ; l'air vif du matin entrait dans sa chambre ; il était moins agité qu'impatient.

Comme six heures et demie sonnaient, une voiture s'arrêta à la porte de l'hôtel.

— Déjà ! fit Michel qui jeta un regard sur le boulevard.

Mais, presque aussitôt il se retira brusquement en arrière.

— Qu'est-ce donc? demanda Raymond.

— Palmarès ! répondit Michel.

— Ah I ah ! il paraît que c'est le témoin de Spavento. Va le recevoir?

Michel disparut, mais au lieu d'exécuter l'ordre de son maître, il passa dans une pièce contiguë, et laissa à Un valet le soin d'annoncer le duc.

Un instant après, ce dernier entrait chez Raymond.

L'accueil fut cordial de part et d'autre, et l'on échangea une poignée de main, avec une courtoisie du meilleur goût.

— J'ai devancé l'heure, dit le duc en s'asseyant, parce que je désirais vous parler avant l'arrivée de votre témoin.

— Vous, monsieur le duc, dit Raymond, et à quel propos ?

— C'est Beaulieu, je crois, qui vous sert de second.

— Lui-même.

— J'en suis fort aise, c'est un charmant garçon que j'aime beaucoup, et avec lequel nous pourrons nous entendre.

Raymond jeta un regard étonné à son interlocuteur.

— Pardon, monsieur le duc, dit-il ; mais il n'y a aucune difficulté possible à prévoir ; M. Spavento a accepté l'épée comme arme de combat ; la rencontre doit avoir lieu à sept heures, et je ne vois pas..>.

— Est-ce donc que vous tenez absolument à mourir de la main de Spavento, ou à le tuer lui-même

— le tiens à punir l'infamie de cet homme, monsieur le duc, et aucune considération ne m'arrêtera.

Le duc se prit à sourire.

— Eh bien, moi, mon cher ami, répliqua- t-il, je sais un moyen infaillible d'empêcher ce duel.

— Et quel est ce moyen ?

— Pour qu'il y ait duel, il faut qu'il y ait deux combattants; et.... je viens vous annoncer que l'un des deux fera défaut ce matin.

— Spavento?

— Certainement.

— Il refuse de se battre?

— lia fait mieux.... il est parti.

Raymond fît un geste de colère.

— Mais avant de s'éloigner, continua le duc, il m'a remis pour vous cette lettre, dans laquelle vous trouverez ses excuses les plus complètes. I

Raymond prit la lettre qu'on lui présentait, la par- I

courut rapidement, et la froissa avec dépit. I

— Infâme et lâche ! nïurmura-t-il, en jetant la lettre | froissée loin de lui. I

— Lâche.... pas précisément, repartit lèf duc; sans j être un héros de bravoure, Spavento a fait ses preuves.

— Alors, il y a une autre raison à son refus.

— Peut-être bien.

— Vous l'a-t-il fait connaître ?

— Il ne m'en a pas soufflé mot.

— Au moins, vous a-t-il confié le motif de notre querelle.

— Pas davantage. Il m'a dit seulement que vous l'aviez fort maltraité, voilà tout.

Raymond se mordit les lèvres.

— Soit I dit-il d'un ton de fureur concentrée ; soit. Il y a là-dessous quelque horrible machination qu'il m'est impossible de pénétrer à cette heure, mais que je saurai bien découvrir quelque jour. En attendant, ce n'est que partie remise, et quand je devrais l'aller chercher au bout dtu monde, je saurai bien l'atteindre*

Sept heures venaient de sonner. Le duc s'était levé, et Raymond se disposait à l'accompagner jusqu'à la porte, lorsque le timbre retentit et que Hector fît irruption dans la chambre.

11 était suivi d'une personne que ni le duc, ni Raymond ne connaissaient.

— Messieurs, dit Hector, je vous prie d'agréer toutes mes excuses ; je tenais à amener avec moi un docteur, de mes amis, fort expert en l'art' de guérir les blessures, et comme il demeure au diable, que les sapins marchent comme des cloportes, je me suis mis en retard.... Enfin, me voilà, et nous allons filer daredare.

— Toutefois* ajouta-tàl, avant de descendre, permettez-moi de vous présenter mon ami, M. Ludovic Malon, . un des plus habiles médecins de la capitale.

Raymond salua, en tendant la main au jeune docteur, pendant que le duc, qui avait tressailli à son nom s'était pris à l'examiner avec une curieuse et profonde attention.

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