‹ Mémoires d'un commissaire de police (volume 2)Chapitre 40 sur 58 · KL · texte numérisé non relu

KL

Il y avait là une énigme, et il en cherchait vainement le mot.

En ce moment, ses yeux s'arrêtèrent sur une petite fiole à demi-pleine, qui se trouvait sur la cheminée.

Une pensée soudaine traversa son cerveau, et d'un geste prompt comme l'éclair, il saisit la fiole et la fit disparaître dans sa poche.

Salomé, occupée de sa maîtresse, n'avait pu rien voir.

— Voilà certes une chose étrange, dit-il peu après à la jolie soubrette, je commence à croire que vous avez donné à votre maîtresse une trop forte dose de la potion du docteur.

Salomé se tourna à ces mots vers la cheminée et y chercha la fiole.

— Pour ce qui est de ça, répondit-elle, c'est impossible ; du reste le flacon est là, et si vous voulez voir...

Salomé cherchait et ne trouva rien.

— Qu'est-ce qu'il est donc devenu, ajouta-t-elle ; tout à l'heure encore, il était sur le coin de cette cheminée.

Raymond gagna la porte.

— Après tout, dit-il, je crois que votre maîtresse est en ce moment dans une phase d'apaisement, et que je puis me retirer...

— Oh ! je ne la quitterai pas... Je vous le promets, répondit Salomé.

— Et puis ! continua Raymond, je vais fumer un cigare sur la plage, si quelque incident grave survenait, vous m'y trouveriez sûrement... Seulement, ajouta-t-il, si je ne vous revoyais pas d'ici demain, il est une recommandation à laquelle je désire que vous ne manquiez pas de vous conformer.

— Quelle recommandation?

— Demain, quand le docteur Benoît se présentera au chalet, vous lui ferez dire que Mademoiselle Irène repose, et qu'il veuille bien .revenir dans la journée. Vous le promettez ?

— Ah ! je le jure.

— Songez que la vie de votre maîtresse dépend peut-

être du soin que vous apporterez à observer cette recommandation.

Raymond jeta alors un dernier regard à Irène qui reposait avec beaucoup de calme, et après aaroir mis quelques louis dans la main de Salomé, il s'éloigna et descendit dans le jardin.

Tout à coup, il suspendit sa marche.

Il venait de dépasser un bouquet de lilas, quand il crut entendre, à deux pas de lui, son nom prononcé à voix basse, comme en une sourde exclamation.

Il se retourna.

Et dans l'ombre projetée par le massif, il distingua quelque chose qui ressemblait à la silhouette d'un homme.

— Hector ! s'écria-t-il avec un geste épouvanté, vous I ici, à cette heure !..

— Tiens 1 vous y êtes bien vous-même, repartit Hector.

Raymond se frappa le front, comme si un éclair avait soudainement illuminé son esprit.

— Non ! non ! dit-il avec force ; c'est impossible, et je ne croirai jamais à une pareille infamie de votre part.

— Qu'est-ce qui vous prend?... fît Hector un peu troublé... et que croyez- vous ?...

Raymond ne le laissa pas achever.

D'un geste plein d'autorité, il entraîna Hector à travers les allées du jardin, franchit avec lui la grille de la plage, et une fois dehors :

— Hector ! dit-il d'un accent impérieux, sur votre honneur auquel je crois encore, dites-moi ce que vous veniez faire cette nuit dans le chalet de M. Guillemot. Et quand vous m'aurez répondu à cette question, je vous jure sur mon honneur à moi... que je vous dirai, à mon tour, pourquoi vous m'y avez trouvé à cette heure.

Hector n'eut qu'une seconde d'hésitation.

C'était une bonne et chevaleresque nature, après

tout, et il y portait à Raymond une sincère et profonde affection.

— Soit ! répondit-il, et je vais vous le dire : J'allais chez le père Guillemot, sur l'invitation de Médina — il paraît qu'il a un grand intérêt à ce que j'épouse ma cousine, et toutes choses étaient préparées pour que demain le papa Guillemot ne pût pas me refuser la main de sa fille.

Raymond eut un geste de dégoût.

— Et vous vous prêtiez, vous, Hector, vous, mon ami, à une aussi abominable machination !

Pour toute réponse, Hector se répandit en un rire homérique.

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