‹ Mémoires d'un commissaire de police (volume 2)Chapitre 54 sur 58 · DERNIER CONCILIABULE · texte numérisé non relu

DERNIER CONCILIABULE

Cependant, en quittant le chalet Guillemot, le duc était rentré chez lui, où il avait trouvé ses deux témoins qui l'attendaient depuis quelque temps.

Son front, déjà soucieux, s'assombrit encore davantage en les voyant ; toutefois il leur tendit la main avec la meilleure grâce et s'excusa en fort bons termes de s'être absenté.

— Une affaire importante m'a obligé de sortir, dit-il; mais je savais mon honneur en bonnes mains, et je vous avais dit que je ratifiais d'avance tout ce que vous, feriez. Voyons, asseyez-vous, messieurs, et causons. — Jean... des cigares !

Le valet apporta aussitôt une boîte exquise dans laquelle chacun puisa, et dès que les cigares furent allumés, le jeune de Presles commença :

— Mon Dieu ! monsieur le duc, dit-il, nous n'avons fait que suivre, en cette grave circonstance, les instructions que vous nous aviez données. L'insulte était trop grave pour admettre une réparation banale et qui s'arrêtât au premier sang. Nous avons donc demandé que le duel se prolongeât jusqu'à ce que l'un des deux adversaires fût manifestement mis hors de combat.

— Parfaitement, fit le duc, et je suis certain que cette condition a dû être acceptée sans difficulté.

— Non-seulement elle a été acceptée, monseigneur, mais on a proposé mieux.

— Quoi donc ?

— L'un des témoins a demandé que, s'il survenait à l'un des adversaires une blessure qui lui rendît impossible l'usage de l'épée, le combat fût continué au pistolet.

— Alors, c'est un duel à mort !

— Nous n'avons pas cru devoir repousser cette proposition..»

— Et je vous en remercie, messieurs.... Tout ce qui pourra rendre cette rencontre meurtrière et sanglante sera, je vous le jure, accueilli par moi avec reconnaissance... Continuez, je vous prie... A quelle heure se batK)n?...

— A quatre heures, demain soir.

— Et en quel endroit ?

— Dans l'endroit choisi par Spavento, et où a eu lieu déjà le duel de Ricordi et d'Hector Beaulieu.

Le duc fit un geste d'acquiescement.

— Tout cela est parfait, dit-il, avec courtoisie, et encore une fois, je ne puis que vous remercier : quant au reste, cela me regarde, et j'espère que vous serez contents de moi.

Ricordi et de Presles s'étaient levés pour prendre congé, mais au moment où ils allaient s'éloigner, le duc fit un signe à Ricordi.

— Dans une demi-heure, lui dit-il à voix basse, revenez ici, j'aurai à vous parler.

Les deux témoins saluèrent sur ces mots et disparurent.

Dès 'qu'ils eurent quitté le salon, le duc appela son domestique.

— Jean ! lui dit-il, tu vas te rendre immédiatement chez Médina, Spavento et le docteur Benoît, et tu leur diras que je les attends, toute affaire cessante.

Une demi-heure plus tard, Benoît, Spavento, Ricordi et le banquier se trouvaient de nouveau réunis chez le duc, dans cette même serre où avait eu lieu naguères l'entretien de Médina et d'Hector de Beaulieu.

Le duc les avait fait prier de venir le trouver sans leur dire rien qui pût les éclairer sur le motif de cette convocation extraordinaire.

Palmarès était assis à une table sur laquelle il avait étalé quelques enveloppes scellées d'un cachet noir; son visage était blême, son attitude accablée, son regard imprégné d'une sombre expression.

Quand ses quatre accolytes eurent pris place, il secoua énergiquement le front et les regarda l'un après l'autre.

— Messieurs, leur dit-il d'une voix ferme, si je vous ai réunis aujourd'hui c'est que je ne voulais pas me séparer de vous, sans vous faire préalablement mes adieux.

— Gomment ? Que voulez-vous dire ? interrompirent les quatre associés.

— Je vais vous quitter... poursuivit le duc.

— Quand cela ?

— Demain.

— Pour longtemps ?

— Pour toujours.

— Mais, c'est impossible.

Le duc fit un geste qui imposait le silence.

* — Mon parti est pris, dit-il, il est irrévocable, et vous savez depuis longtemps si j'ai l'habitude de revenir sur mes résolutions. Toutefois, avant de vous quitter, j'ai voulu adresser à chacun de vous mes dernières recommandations et certains avis suprêmes dont j'espère que vous profiterez.

Il y eut un silence.

Les quatre hommes échangèrent un regard rapide et significatif, et le duc reprit presque aussitôt :

— Le moment est solennel, dit-il ; l'heure des illusions est passée, nous sommes depuis longtemps acculés dans une impasse terrible, et notre perte est certaine, si nous n'agissons promptement à l'effet de prévenir une catastrophe.

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— Tt*, <Jif~îl, âr^^rr^ l>e Hà^n* aa pli» vite— T prends te pt*nn*t \/kU*n f\m tet* voile p^tir Londres, 00 pour VAntfiritfrtf,, H u*, ttryiwi* tn ¥rzt>(& r *i l'envie t'en repr wid jamais, >jue \hnt\nr, ut* enrier/ii§ n> seront plus, on \ot*t\M in swrra* profère par la prescription.

— Mai* \*onv\no'\ cela, pourquoi ? objecta Ricordi an MfUtUiti de la %nrprm%

— ijnntd h von*, continua le duc, vos diamants reprtwMwiti n'ïïn ne m ml point faux, une valeur consiritiralnV, allez, \m \eut\rv en Italie, votre patrie, et cherchez, y une llrinlaye napolitaine ou transteverine, qui von* consola clan» votre exil.

Le regard de Palmarès «'arrêta alors sur Benoît, il frissonna...

— Vous vouliez, partir et je voas ai retenu, dit-il, votre vin est suspendue en ce moment à un fil... mais votiN non irez, encore, je l'espère du moins, prendre le premier train et fuir (\ l'étranger.

Tout est bien arnMe, ajnuta-t-il encore, et pour que chacun tin voua un puisse jamais se plaindre du maître auquel H a ohel jusqu'à ce jour, j'ai placé sous ces quatre enveloppe* une somme suffisante, qui vous permettra, si vous In voulez^ dn vivre honnêtement sous d'autres latitudes* Prenez, donc, mes amis, — acceptez ce dernier don d'un ami reconnaissant, et ne tardons pas plus

*<lrm |m ,\ NOUS ^|>aiVt\

.|M;»hH> aeolytes s'emparèrent avidement de ren- |>e q\\\ leur ^taii destinée, et Us firent en même on mouvement^ comme poar se kwr.

Spavento seul était resté assis et le front dans les mains.

Il y avait là une énigme, et il voulait en savoir le mot.

Au bout d'un instant, il leva la tête, et son regard se fixa sur le duc.

— Partir ! s'éloigner ! rompre une association comme la nôtre I... Soit! dit-il; mais, pour ce qui me concerne, je n'abandonnerai la partie et je ne quitterai la place que lorsque Palmarès nous aura fait connaître le nom de notre ennemi.

— Oui ! c'est cela ! appuyèrent les trois autres personnages.

— Vous le voulez, fit le duc.

— Parbleu ! dit Ricordi.

— Eh bien, c'est mon adversaire de demain.

— Raymond ?

— Lui-même !

— Il sait tout?

— J'en ai les preuves !

— Mais vous le tuerez !

— Qui sait ?

— Enfin, il y a peut-être quelque moyen? ajouta Spavento.

— Non ! mes amis, non I repartit le duc. Raymond tient notre secret, je vous le répète, et il est résolu à le livrer à la justice. Si je ne le tue pas demain, nous sommes tous perdus. Or, dans cette occurrence, il n'y a qu'un parti à prendre, et c'est de fuir.

Spavento ne fit pas d'autre objection. D'un geste mystérieux, il imposa silence à Kiçordi, qui voulait répliquer.

Puis les quatre associés se levèrent et prirent congé du duc, qui resta seul.

Seulement, une fois sur la rue, Spavento prit Ricordi à part.

— Je crois, lui dit-il à voix basse, que la même idée nous est venue tout à l'heure.

— Peut-être bien, répondit l'homme aux diamants.

— Vous vous êtes dit, comme moi, n'est-ce pas, que puisque notre sort était entre les mains de ce Raymond?...

— C'est ce Raymond... qu'il fallait supprimer.

— Êtes-vous vraiment de cet avis? fit Spavento.

— Parbleu ! répondit Ricordi.

— Alors nous pourrons nous entendre.

— Venez chez moi, et nous allons en causer.

Pendant que ces quelques paroles s'échangeaient

entre Spavento et Ricordi, le duc, après le départ de ses acolytes, s'était assis à une table et avait écrit la singulière lettre que voici :

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