‹ Mémoires d'un commissaire de policeChapitre 17 sur 29 · A LA SACRISTIE · texte numérisé non relu

A LA SACRISTIE

Mais la cérémonie ne dura pas moins d'une heure, pendant laquelle Albert plongea vingt fois peut-être son regard inquiet dans la foule, sans pouvoir découvrir EUen.

Une chose le frappa cependant à travers cette recherche, ce fut d'y reconnaître Nivert en habit noir, cravate blanche, et ganté avec un bon goût qu'il ne lui soupçonnait pas.

Que faisait-il là? venait-il y exercer son singulier métier, ou n'était-ce pas plutôt pour lui parler qu'il n'avait pas craint de se mêler à cette foule élégante I

Ce ne fut, toutefois, qu'une impression passagère et qui ne tint pas longtemps contre les sentiments bien autrement poignants dont son ccbvit élavl troublé v

L'heure s'écoula au milieu de toutes ces préoccupations, et c'est avec une vive satisfaction qu'il vit enfin sa sœur, désormais M™® de Renneville, quitter l'autel et se diriger vers la sacristie.

Il s'empressa d'offrir le bras à la jeune fîJle dont on l'avait fait le cavalier, et il suivit le cortège qui passa une seconde fois sous le feu d'une double haie de curieux.

Pour arriver à la sacristie de la Madeleine, le lecteur le sait peut-être, on traverse un couloir étroit dans lequel il est à peu près impossible à deux personnes de s'avancer de front.

Or, pendant qu'Albert cherchait dans le trajet à protégerde son mieux contre les remous de la foule la jeune fille qu'il conduisait, il sentit tout à coup une main lui saisir le bras.

Il se retourna et reconnut Nivert.

— Vous, Nivert, ici I fit Albert étonné.

Nivert haussa les épaules.

— Bon ! répliqua-t-il avec une bonhomie d'emprunt. Vous savez ! moi, je vais partout... Hier, rue de Lourcine ; aujourd'hui, à la Madeleine.

— Auriez-vous à me parler ?

— Précisément.

— A quel propos ?

— A propos de ceci et de cela, c'est-à dire de choses bizarres que j'ai à vous confier.

Tout en causant, ils avançaient, mais péniblement, pas à pas, et Albert s'excusait de temps à autre auprès de la •jolie enfant qu'il avait au bras.

— Vous voyez ! dit bient6l\e '^ewxv^ ^ws»çî\^^^ ^w'^^-

196 MÉMOIRES lyUN COMMISSAIUE DE POLICE

dressant à Nivert, il est difficile de suivre une conversation.

— En effet.

— Ne pourriez -vous remettre à demain ?

— Ça, je ne le puis pas.

— Pourquoi ?

-;- Parce qu'il est vraisemblable que demain je serai loin.

— Vous partez ?

— ^~Dans trois heures.

— Pour longtemps ?

— Je ne sais.

— Mais où allez-vous ?

— A Angoulême.

— Et que comptez-vous y faire ?

— Oh ! ça, il ne faut pas y toucher ! répondit Nivert. Mais je comprends que vos instants soient comptés aujourd'hui, et si je ne puis vous rencontrer avant mon départ, eh bien, au petit bonheur ! Nous remettrons la conversation à mon retour.

Albert allait répliquer, mais un mouvement delsi foule obligea les deux interlocuteurs à se retourner et ils aperçurent alors derrière eux une femme jeune encore, mise avec un grand goût, et dont le regard rapide comme l'éclair, sembla les envelopper tous deux dans une effluve électrique.

Albert n'eût peut-être pas autrement pris garde à l'incident, mais Nivert ne laissait rien échapper de ce qui pouvait lui paraître ou intéressant ou suspect.

Quand ils eureni fait que\(\^ea ^?», W^^^e^^cha vive-

LA MAISON DU IMMXl': 197

ment à Toreille du jeune enseigne, et désignant la femme dont la foule venait de les séparer :

— Quelle est cette personne ? demanda-t-il à voix basse.

— Mais je ne la connais pas, répondit Albert.

— Avez- vous remarqué le regard qu'elle vous a lancé ?

— En effet.

— Qu'est-ce que cela signifie ?

— Je l'ignore.

— Vous ne l'avez jamais vue ?

— Je ne pense pas, quoique pourtant il y ait dans sa personne un certain air que j'ai cru me rappeler.

— 11 faut voir à cela.

— Que croyez-vous donc ?

— Moi I rien, seulement j'ai toujours été convaincu que tout est bon à observer et qu'il n'y a rien d'absolument indifférent...

— Vous voyez des dangers partout.

— C'est une de mes vertus 1 et celle-là, j'y tiens parce qu'elle m'a rendu plus d'un service. Mais je vous quitte ; je n'ai rien à faire où vous allez, et il faut que je veille à mes préparatifs de départ.

— Aloi's, je ne vous reverrai pas ?

— Je le crains ; cependant, je n'y renonce pas tout à fait, et si je puis vous rencontrer... soyez sûr que je n'y manquerai pas...

Et il s'éloigna.

Cependant, Albert venait d'atteindre le seuil de la sacristie, et la première personne que son regard devait y rencontrer était précisémeul ceWe c\yv''^ Os^ss^Oweà^..

Ellen I

Elle était là, manifestement préoccupée, et cherchant elle-même dans cette cohue Tuniforme brillant du jeune enseigne de vaisseau.

Du reste, la mission de protection que Ton avait confiée à Albert était accomplie.

Il recouvrait sa liberté, et en profita immédiatement pour rejoindre Ellen.

Mais au moment où il se disposait à la saluer, il s^arrêta stupéfait, et un nuage passa sur ses yeux.

A quelques pas de lui, il venait d'apercevoir, causant avec Boursault, la jeune femme sur laquelle, un instant auparavant, Nivert avait appelé son attention.

— Qu'avez-vous ? demanda Ellen étonnée.

— Làl cette femme 1... qui cause avec M. Boursault l répondit Albert.

— Eh bien?

— Qui est-elle ?

— C'est Laura.

Albert eut un frisson, et garda le silence.

Ellen insista.

— Voyons, expliquez-vous, dit-elle ; d'où vient que vous voilà interdit et muet, oubliez-vous que nous n'avons que quelques minutes à nous ?

— Vous avez raison, répondit Albert, et pourtant, il faut que je vous interroge encore. Dites-moi : cette femme qui est là, pensez-vous qu'elle ait intérêt à connaître le secret que vous m'avez confié ?

Ellen pâlit.

— Mon Dieu, dit-elle d'une voix tremblante ; est-ce qu'elle se douterait de quelque c\\o?>e'^

— Je ne sais pas.

— Pourquoi cette question, alors?

— C'est qu'il m'est venu un soupçon ; tout à l'heure, en me rendant ici je causais avec l'agent qui, hier, m*a prêté son concours pour la recherche que vous savez ; dans le couloir étroit que nous traversions, je ne me croyais entouré que d'indifférents et il n'y avait aucun danger à ce que notre entretien fût entendu ; mais, en me retournant, j'ai aperçu près de moi...

— Laura 1

— Elle-même .

— Elle vous écoutait !

— Je le crois.

— Et vous pensez qu'elle aura surpris...

— Je ne suis certain de rien, Ellen, mais on n'est pas maître d'un premier mouvement, et, en la retrouvant ici, avec M. Boursault, je n'ai pu me défendre d'une sérieuse appréhension.

Ellen resta quelques minutes pensive.

— Oui, en eflTet, reprit-elle, un instant après ; la coïncidence est bizarre... et il faut y prendre garde. Cependant, en y réfléchissant, il m'est impossible de voir là un danger sérieux, surtout si les nouvelles que vous m'apport€z sont bonnes.

— Elles sont excellentes.

— Vous avez réussi?

— Je le crois.

Et comme Ellen suppliait du geste et du regard.

— Hier, s'empressa d'ajouter Albert ; M. Boursault s'est rendu dans une maison de la rue de Lourcine, qui porte le numéro 17, et quand ou ^ ÔLfc\SL"^\A^ ^^î^ ^'^^~

cierge le nom de la personne qu'il était allé visiter, -il a été répondu qu'elle s'appelait...

— Dites ! dites ! son nom ?

— On a répondu qu'elle s'appelait Christian Stern 1 EUen ferma les yeux, et se sentit près de défaillir.

— EUen I s'écria Albert, avec un cri aussitôt étouffé. Mais la pauvre enfant était déjà revenue à elle ; elle

pat^sa rapidement la main sur ses joues que la pÂleur menaçait d'envahir, et elle trouva la force de sourire.

— Enfin ! dit-elle, avec un profond soupir ; enfin I Dieu a eu pitié, il vit, c'est lui. Oh ! Albert, que de reconnaissance ne vous devrai-je pas, et tout mon amour ne récompensera jamais le bonheur que vous m'apportez.

— Remettez-vous.

— Oui, il ne faut pas qu'on voie mes larmes de joie ; il faut que j'étouffe les battements de mon cœur, mon Dieu ! et dans l'horrible inquiétude où j'étais, j'oubliais moi-même de vous faire part d'un événement heureux que vous ne connaissez pas encore.

— Qu'est-ce donc? demanda Albert.

— Votre sœur et M. de Renneville doivent partir, dit-on, une heure après la cérémonie.

— C'est vrai !

— Ils resteront un mois absents.

— En effet. .

— Et au retour, ils nous ont promis de nous venir visiter au château de Boursault.

— Est-ce possible ?

— Les nouveaux époux s'y sont engagés et M. Yilleneuve a promis lui-même de \e& v^mt d\^\;clier l Tous

LA MAISON [){J bAMNE 201

le voyez, mon ami, tout semble nous sourire désormais, et j'espère que le moment n'est pas éloigné où nos douloureuses épreuves seront terminées.

Cependant, après avoir été séparée d'Albert par les -oscillations de la foule, Laura s'était empressée de pénétrer dans la sacristie, où elle savait qu'elle devait rencontrer Boursault.

Elle n'eut pas de peine à l'apercevoir donnant le bras à Ellen, et elle s'était précipitée vers lui d'un pas heurté mais résolu que les obstacles ne pouvaient pas arrêter.

Ainsi que Nivert l'avait supposé, elle avait écouté et entendu î

A tout autre peut-être, les paroles qui avaient frappé son oreille eussent paru banales et insignifiantes, mais pour elle, cela avait un sens qui devait la troubler.

"Depuis l'aventure de la brèche du parc, Laura était tout à coup devenue sombré et taciturne ; elle vivait presque continuellement isolée, et mille pensées sinistres traversaient son cerveau à toute heure du jour.

Vainement Boursault avait-il cherché à la distraire ; il n'y avait pas réussi.

— Pourquoi te trouvai-je toujours inquiète et agitée? lui demanda t-il une nuit qu'il la rencontra, errant seule dans le parc.

Laura lui jeta un regard où brûlait une passion qui semblait par moments confiner à la haine.

— Que t'importe! répondit-elle d'un ton brusque.

— Désires-tu quelque chose qu'il soit en mon pouvoir de te donner?

— Non!

— Si tu le veux, nous quillerow?» e^ \>^n%.

202 MEMOIRES D'UN CX)MMISaAIRE DE POUCE

— A quoi bon ?

— As-tu peur que Ton ne soupçonne ce que nous faisons ici?

— Je n'ai peur de rien !

— Est-ce le souvenir de Christian Stern qui t'épouvante ?

Un rire sardonique fut la seule réponse de la jeune femme à cette question.

— Enfin, parie ! réponds, insista Boursault ; et tu peux être certaine que tu seras satisfaite à Finstant même.

Laura garda le silence, et cette nuit, ils rentrèrent au château, sans échanger une parole.

Depuis, la jeune femme avait conservé la même attitude, et rien n'avait pu réussir à dérider son front soucieux.

Mais on eût dit que les paroles de Nivert eussent tout à coup réveillé les appréhensions qui dormaient au fond de son cœur.

Son front s'était redressé, un éclair avait jailli de ses yeux, et elle -avait couru à Boursault.

Quand ce dernier la vit venir à lui avec cette démarche heurtée, un soupçon soudain traversa son esprit, et quittant le bras d'Ellen, il alla vivement à sa rencontre.

— Laura I dit-il d'un ton troublé, que se passe-t-il ? Et pourquoi cette émotion où je vous vois?

— Il faut que je vous parle, répondit la jeune femme, sans s'inquiéter de savoir si on pouvait l'entendre.

— Plus bas I plus bas I fit Boursault.

— Vous avez peur ?

— Ouya-t-il?

— Une chose inouïe, dont vous ne vous doutez pas, et que je viens d'apprendre à l'instant.

— Qu'est-ce donc ?

— Hier vous avez été suivi.

— Moi!

— Et savez-vous l'homfne que l'on avait lancé sur vos pas ?

— Parle I parle I

— C'est M. Nivert, agent de la police de sûreté.

A cette révélation, Boursault fît un mouvement, et ses sourcils se contractèrent.

— Nivert I un agent... répéta-t-il, c'est impossible î

— Tu doutes !

— Qui t'a dit que cet homme m'avait suivi ?

— Qu'importe ! si j'en suis sûre.

— Alors, il m'a vu entrer chez Delisle... chez...

— Ça, je l'ignore. Mais ce que je puis affirmer, ce que je viens d'entendre, c'est qu'hier, il était rue de Lou reine !

Boursault garda un moment le silence.

Évidemment les paroles de Laura avaient éveillé en lui une appréhension terrible qu'il cherchait à calmer, mais malgré ses efforts il ne parvenait pas à ramener le calme dans son esprit.

— Eh ! qu'importe qu'il soit allé rue de Lourcine î répliqua-t-il bientôt avec vivacité. Qu'il m'ait vu entrer au n° 17, qu'il sache à cette heure, que j'ai visité Christian Stern, ce n'est pas là ce qui m'inquiète et me préoccupe.

— Cependant,..

— Qu'il voie Christian, qu'il cherche à lui arracher son secret, je le répète, là n'est pas le danger.

— Mais s'il parle ?

— Il ne parlera pas.

— Si l'on découvre?...

— Non 1 te dis-je. C'est impossible. Christian se taira, car je l'ai prévenu à nouveau et il sait que mes menaces ne sont pas vaines.

— Mais que crains-tu alors, si tu ne redoutes pas ses indiscrétions ?

— Tu ne devines donc pas ?

— Explique-toi.

— Tu ne comprends pas que si ce Nivert m'a suivi rue de Lourcine, c'est que depuis le matin il épiait mes démarches, qu'il connaît l'itinéraire que j'^ai parcouru et qu'il a dû prendre note des magasins où je me suis arrêté.

— C'est vrai.

— A cette heure, peut-être, l'éveil est-il donné.

— Tu as raison.

— Et si l'on commence à soupçonner...

A son tour, Laura se tut, et une ombre passa sur son front.

— Que faire? balbutia-t-elle, d'un ton agité. Boursault secoua énergiquement la tête.

— Voyons ! voyons ! dit-il, il ne faut pas se laisser troubler par des craintes exagérées et ridicules, le péril d'ailleurs, s'il existe, n'est pas imminent, et il est certain que Villeneuve ne se doute de rien, puisqu'il m'a

promis tout à l'heure de vemr te^om^Tç^ ^^^\V\fc %.vv cUè.-

teau ; de ce côté, il a'y a donc encore rien à craindre... Mais ce Nivert !...

— Oii ! quant à lui, ajouta la jeune femme, je crois que, pendant quelques jours du moins, sa surveillance ne sera pas à redouter.

— Comment cela ?

— Si j'ai bien saisi le sens de ses pai'oles, il doit partir.

— Quand ?

— Aujourd'hui.

— Et où va-t-il ?

— A Angoulême.

Boursault tressaillit, et pressa ses tempes de ses deux mains.

— Décidément, dit-il, nous sommes sur une pente terrible, et il est urgent de prendre un parti. Ecoute. Tu as bien vu cet homme, n'est-ce pas?

— Je le reconnaîtrais entre mille.

— C'est bien.

— Et il n'est point ici ?

— Je ne le vois pas... àmoins que... attends... je ne me trompe pas !

— Où est-il?

— Là ! sur le seuil de la porte de sortie ; il a dû faire le tour, et il attend sans doute Albert à qui il n'a pu parler tout à l'heure.

Boursault suivit l'indication de Laura, et aperçut en effet Nivert qui, appuyé contre la porte, promenait son regard sur la foule.

11 pâlit.

Cet homme qui était là, qui, la veilla ^ i^n^>^. ^^ Ns.

/îfer, et qui, à cette heure, connaissait une partie de son secret, cet homme, c'était le voyageur de la diligence avec lequel il avait fait, quelques mois auparavant, le trajet de Paris à Angoulême.

Une sueur froide perla à son front.

— Qu'as-tu donc ? demanda Laura, qui Tobservait.

— Je suis édifié l répondit brusquement Boursault, et ma résolution est prise.

— Que vas-tu faire ?

— Je pars.

— Quand cela ?

— Aujourd'hui.

— Tu retournes à Angoulême ?

— Il n'y a pas de temps à perdre. Rien n'est encore désespéré. J'aurai mille prétextes pour expliquer ce départ précipité et d'ailleurs, à tout prix, il faut que je sois au château avant que cet homme n'y arrive.

— Tu penses donc que c'est là qu'il se rend ?

— J'en suis sûr.

— Mais nous-mêmes, que ferons-nous?

Boursault réprima un geste de contrariété violente.

— VousI... répondit-il... vous resterez ici quelques jours encore. Albert et son père s'étonneront moins de mon départ, quand ils verront que je vous laisse à Paris ; toutefois, sous trois jours au plus vous vous remettrez en route. Vous direz qu'il m'est parvenu des lettres pressées. Vous imaginerez un accident qui réclame indispensablement ma présence ; tous les prétextes seront accueillis sans contrôle par Albert, et quant à son pero, Ja douleur de la séparation l'empêchera de penser à

autre chose qu'àM™° de Renneville. C'est convenu, et je vous laisse î

Boursault était profondément agité, et plus inquiet, à coup sûr, qu'il n'eût voulu le laisser paraître.

Il gagna la porte à pas rapides, et c'est à peine si, en passant auprès de Nivert, il remarqua que ce dernier l'avait salué. Nivert n'avait rien perdu de la mimique de cette conversation qui venait de s'échanger entre Boursault et Laura, mais il n'était pas parvenu à comprendre quel pouvait en être le sujet.

Il attendait Albert.

A mesure que le riioment du départ approchait, moins il se sentait disposé à s'éloigner sans lui avoir parlé.

Lui aussi, comme Boursault, se croyait sur une pente mystérieuse, et bien qu'il ne devinât pas encore où elle allait aboutir, avant de s'y laisser entraîner il n'entendait pas que rien pût lui faire obstacle dans l'entreprise qu'il allait tenter.

Il avait promis à Albert de ne point révéler la mission dont il l'avait chargé, et ne voulait point manquer à sa parole.

Il était donc indispensable qu'il le vît pour se faire relever de son serment de discrétion.

Mais il était dit que Nivert jouerait de malheur ce jour-là.

La foule avait passé... la sacristie commençait à se vider, et il n'y restait plus guère que les parents et quelques rares amis.

Le moment était donc favorable, et il crut pouvoir se rapprocher du jeune enseigne.

Mais, au moment où il allaVl YaJùO^àife^, '^^^wxsfc vs^s^'=

tout à coup son époux, et courut à EUen qu'elle embrassa avec une tendre effusion.

— Eh quoi ! lui dit-elle, d'un ton de doux reproche, voilà que vous vous tenez à l'écart, et c'est à peine si j'ai pu serrer vos mains, et vous dire combien je vous aime..'. C'est Albôi't qui en est cause, j'en suis sûr, et il est si indiscret...

Puis, à voix basse, en se penchant à son oreille, et tout en serrant la main d'Albert qui était à son côté :

— Je gage, ajouta-l-elle, qu'il vous parlait encore de son voyage d'Islande.

EUen se prit à rougir, et étoufl'a un sanglot.

— Oh ! vous êtes méchante, balbutia-t-elle un peu interdite.

— Non! répliqua vivement Jeanne, mais il m'a si souvent parlé de Reykjavick — vous savez prononcer ça, vous. Mademoiselle -r- il m'a si souvent raconté les soins que vous lui avez prodigués, que voilà bien longtemps déjà que je vous connais et que je vous aime.

— Comme vous êtes bonne !

— Pas pour tout le monde, demandez à Albert ; mais pour vous, je serai une amie et mieux que cela même.

— Quoi donc ?

— Une sœur !... murmura la jolie épousée.

Et comme Elleo devenait pale, tout d'un coup, de rouge qu'elle était :

— Non!... Ne parlons pas de cela, poursuivit Jeanne, Charles a accepté la gracieuse invitation que lui a faite M. Boursault. Dans quelques semaines nous serons prés de vous, et le soir, sous les charmilles, au clair de lune, ^'ous m'ouvrirez votre cher pe\vl eœv^Y, et uous tâche-

rons, n'est-ce pas, à nous deux, de faire quelque chose pour le bonheur de mon Albert qui le mérite bien.

Les deux femmes s'embrassèrent encore une fois avec un charmant abandon. PuisM. Villeneuve ordonna le départ et l'on regagna les voitures.

Albert descendit donnant le bras à EUen, et Nivert le vit passer, cette fois encore, sans pouvoir lui adresser le plus petit mot.

En présence d'Ellen surtout, il n'eût voulu lui faire aucune confidence, et il se résigna à remettre à d'autres temps.

Du reste, les événements qui se préparaient devaient bientôt lui procurer des distractions d'un genre tout différent, et il allait se trouver, dès le jour même, bien autrement intéressé par les premiers incidents de son voyage.

En effet, au moment où il arrivait dans la cour des Messageries, il aperçut les voyageurs pour Angoulême groupés autour de la diligence, et entourant le conducteur qui, sa feuille à la main, faisait l'appel de ses compagnons de route.

C'était là une chose banale, et à laquelle, en d'autres circonstances, il n'eût pas prêté la . moindre attention.

Mais le premier nom qu'il entendit lui fit faire un soubresaut ; et il bondit, avec un tressaillement, vers la voiture.

— M. Boursault ! avait appelé le conducteur.

Et il vit aussitôt apparaître M. Boursault en personne qui enjamba immédiatement le marchepied, et di« dans le coupé.

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— Oh I oh I qu'est-ce que cela signifie ? murmura Nivert qui devint pensif.

Et sa rêverie ne cessa que lorsque son tour fut venu de grimper les échelons qui devaient le conduire à l'impériale.

Un instant aprè^, la diligence s'éloignait, au galop de ses cinq chevaux percherons.

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