‹ Mémoires d'un commissaire de policeChapitre 21 sur 29 · SENTIERS FLEURIS · texte numérisé non relu

SENTIERS FLEURIS

Il faisait une de ces soirées charmantes qui semblent être comme une caresse du printemps.

Le soleil déclinait au loin, baignant de sa lumière d'or rouge les vaporeux contours de Thorizon. Un souffle tiède et parfumé courait dans les sentiers fleuris, et Ton n'entendait plus que ce murmure harmonieux et doux que Ton prendrait volontiers pour la respiration de la nature assoupie.

A cette heure qui n'était plus le jour, et qui déjà touchait à la nuit, deux jeunes femmes et deux jeupes gens s'acheminaient à pas lents dans la route qui mène du château de Boursault au bourg de Merlac»

Les deux jeunes femmes aNa\ew\ ^yvs» V.'Si ^^^;'«x^.^^^

elles s'en allaient se tenant par le bras, tantôt jetant à la brise dir soir les notes pures de leur rire aigu, plus souvent chuchotant à voix basse de ces confidences que le jour n'a jamais entendues, et que le cœur ne laisse échapper qu'à la nuit close 1

— Oh! pourquoi ne devez- vous pas rester toujours près de nousl disait Ellen à Jeanne de Renne ville, si vous saviez comme le temps passe vite depuis que vous êtes ici, et il me semble que je n*ai jamais été si heureuse !

— Pauvre Ellen ! chère petite sœur, répondait Jeanne; je comprends ce que vous devez souffrir, ici, toute seule, avec la crainte de n'en point quitter 1 Mais nous voici, Charles et moi ; notre excellent père ne doit pas tarder d'arriver ; nous l'attendons d'un moment à l'autre, et il n'est pas possible que vous ne réussissiez pas à vaincre les résistances de M. Boursault.

Ellen remua tristement la tête.

— Ce n'est pas de M. Boursault qu'il s'agit, réponditelle avec mélancolie: et je dois même reconnaître que depuis notre retour au château, ses dispositions paraissent plus bienveillantes à mon égard. Mais il y a autre chose, voyez-vous qui s'oppose à mon bonheur, et que je ne puis vous dire.

— Pourquoi?

— Parce qu'il y aurait du danger à parler.

— Vous êtes menacée ?

— Oh ! pas moi.

— Et qui donc?

Jeanne prit dans ses mains la jolie tête d'Ellen, et la Jbaisa à diverses reprises.

— Allons ! allons I dit-elle en souriant, je ne veux plus parler de tout cela, et je remets mes réflexions pour le jour de la grande conférence. Attendons, en conséquence, Tarrivée de M. le juge d'instruction, et ce jour-là, je le jure, votre sort et celui de M. Albert seront irrévocablement arrêtés î

EUen ne répondit pas, et elles continuèrent leur promenade.

Cependant, à une cinquantaine de pas derrière, Albert et Charles de Renneville cheminaient tout en fumant un cigare, et le sujet de leur conversation ne différait guère de celui des deux jeunes femmes.

Comme Jeanne Tavait dit à EUen, Charles de Renneville répétait à Albert :

— M. Villeneuve doit arriver demain au château, et nous ne le laisserons pas partir qu'il n'ait pris, d'accord avec M. Boursault, une décision qui assure votre bonheur*

Et Albert à son tour remuait la tète avec mélancolie.

— Malheureusement, ce n'est ni de mon père, ni de M. Boursault que cela dépend désormais.

— Et de qui donc?

— D'EUen.

— Elle ne refuse pas, j'espère.

— Sans doute... et je ne puis douter de son amour... mais elle n'est pas libre.

— Comment I

— Il y a dans cette famille un mystère que je n'ai pu pénétrer... qu'Ellen n'a pas voulu me révéler encore et qui peut remettre tout en question.

Dbarles de Renneville frouqa \q %o\«^ï^.

C'était un jeune homme comme la nouvelle génération en a produit beaucoup, à l'esprit net, au sens pratique, et qui ne croyait pas plus aux mystères qu'aux miracles!

Certes, il aimait Jeanne d'un amour profond, et il est vraisemblable qu'il eût été bien cruellement éprouvé si quelque obstacle infranchissable s'était dressé entre elle et lui, — mais son amour, à lui, ne ressemblait en rien à l'amour d'Albert, et il y avait dans la mélancolie de ce dernier, dans son indécision, et jusque dans son excessive délicatesse un sentiment dont l'analyse échappait à son esprit essentiellement parisien et, par conséquent, un peu sceptique.

Il frappa donc familièrement sur l'épaule du jeune enseigne, et le regarda bien en face à travers les premières ombres du crépuscule.

— Voyons, voyons, dit-il, d'un ton où perçait peutêtre un peu d'ironie, tout ceci n'est pas sérieux, je suppose, et nous avons passé l'âge où nous nous intéressions aux charades. Ellen vous aime, ce n'est pas douteux ; elle ne demande pas mieux que de se laisser épouser, cela est encore manifeste, et si MM. Boursault et Villeneuve donnent leur consentement, il n'y a pas de mystère qui tienne ! il faudra bien que vous marchiez à l'autel !

Albert garda un moment le silence, puis il secoua la tète, comme pour chasser une pensée importune.

— Vous raisonnez là, répondit-il, comme un homme qui n'a pas trouvé encore d'obstacles sérieux sur sa route, et qui, d'ailleurs, n'a jamais eu rien à redouter pour son bonheur. Mais ici, moxi ÇLmv\^ Nç>\i& ^s^^si^x^

que la situation est bien difFérente, et si je pouvais vous confier le peu que je sais, vous changeriez bien vite de ton et de langage.

— Vous m'efFrayez.

— Ce n'est pas là le sentiment que j'éprouve; mais il y a en moi une appréhension que je ne puis vaincre, et qui pèse lourdement sur mes résolutions.

— A quoi se rattache cette appréhension, ou plutôt, qui Ta fait naître?

— Je ne saurais le dire.

— Vous n'avez rien tenté pour éclairer vos doutes?

— J'ai fait beaucoup déjà.

— Et vous n'avez pas réussi?

— Pas encore.

— Cependant, il faut sortir de cette situation.

— Vous avez raison.

— Le plus tôt alors sera le mieux.

— C'est mon avis.

— Eh bien, j'insiste de nouveau pour que M. Villeneuve soit appelé à prendre une détermination, qui, si elle n'amène pas un résultat immédiat, provoquera du moins de la part d'EUen une réponse catégorique et franche.

Albert passa la main sur son front.

— Soit! dit-il, je le veux bien, et je n'ai qu'à gagner moi-même à ce qu'il en soit ainsi ; seulement, avant de lien faire en ce sens, j'entends parler à lîllen; peut-être, devant ma volonté résolument exprimée, consentirat-elle à sortir de sa réserve, et nous éviterons ainsi les conséquences fâcheuses que je prévois.

— C'est convenu î répoudil CYvaJcV^ ^^ ^

242 BfÉMOIRBS D'UN COMMISSAIRE DE POUCE

et croyez bien que mon insistance n'a d'autre mobile que le désir de vous voir heureux. Vous m'avez donné votre sœur, Albert; c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers vous, et je veux l'acquitter, en partie du moins, en m'employant à assurer votre bonheur.

tes deux hommes se serrèrent la main, et pendant quelques minutes, ils avancèrent l'un à côté de l'autre sans échanger une parole.

La nuit était venue.

La lune montait à l'horizon, et le tableau qui se déroulait sous leurs yeux avait tout à fait changé d'aspect sous sa lumière douce et voilée.

C'était le même calme harmonieux et tendre, les mêmes senteurs parfumées, mais avec quelque chose de plus pénétrant et de plus intime.

On eût dit que les deux jeunes gens et les deux jeunes femmes subissaient, malgré eux, l'influence magnétique de cette heure délicieuse, car leurs regards noyés de molles langueurs s'oubliaient à contempler le spectacle que leur offrait la nature ; leurs cœurs battaient plus fort, et la parole s'était, pour ainsi dire, arrêtée sur leurs lèvres émues.

Tout à coup une voix s'éleva au milieu du silence, et jeta à la nuit sereine quelques vers d'une romance fort en vogue à l'époque où se passe notre récit :

Quand tout renaît à Tespérance, Et que Phiver fuit loin de nous, Sous le beau ciel de noire France Quand le printemps revient plus doux.

Charles de Renneville sortit brusquement de sa rêverie pendant qu'Albert se prenait à tressaillir.

— Quel est donc l'imbécile qui vient insulter à cette belle nuit de sa voix aigre et fausse ? dit Charles, en riant.

Mais Albert était devenu soucieux.

— Ne dites pas de mal de cet imbécile, répliqua-t-il, en essayant de prendre le ton enjoué, car si je ne me trompe, c'est pour vous qu'U est venu dans le pays.

— Vous le connaissez ?

— Je le crois.

— Qui est-ce donc ?

— Nivert.

Charles de Renneville se redressa avec un éclair dans les yeux.

— Oh! oh! dit-il, vous avez raison, l'agent chansonnier, ce doit être lui; Mais il y a longtemps qu'il est dans les environs?

— Probablement.

— Vous l'avez vu ?

— Pas encore, puisque je ne suis arrivé que depuis deux jours. Mais si vous voulez bien me permettre de vous quitter un moment, je ne serai pas fâché de lui dire quelques mots.

— A votre aise.

— Vous irez rejoindre Jeanne, je prendrai rendezvous avec Nivert, et je vous rattraperai avant dix minutes.

— Qu'il soit fait selon votre désir, fît Renneville, et quand vous en aurez fini avec Nivetl^è. \s\û\^ Xss^ox^*^ serai curieux de l'interroger.

tu UÉMOIRES DTN GOMHISaAlHE DE POUCB

— A tout à l'beare, en ce cas.

— A toul àt'beure!

- Charles de Renneville quitta sur ces mois le jeune enseigne de vaUseau, et un instant après, il rejoignait Jeanne et Ellen.

Quant à Albert, il s'était dirigé du cdté où la voix s'était fait entendre, et il n'avait pas fait cinquante pas qu'il se trouvait en présence de l'agent, qui, lui-même, était venu à sa rencontre.

— Enliii! vous voilà, mon officier, dit Nivert, en saluant avec empressement; vous avez entendu la romance, et vous vous êtes dit : mon homme n'est pas loin. Eh bien, toutest pour le mieux. Vous avez à me parler, moi aussi, et je vais vous reconduire un bout de chemin.

Albert fil un signe qui voulait dire qu'il acceptait, et ils se mirent aussitôt à marcher côte à côte, dans le sentier ombreux.

— El d'abord I reprit Nivert, au bout d'un instant, je dois vous dire que j'ai bien reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, il y a une quinzaine de jours, et dans laquelle vous m'annonciez la disparition du nommé Christian Stem.

— Et qu'avez-vous fait? demanda Albert.

— Je ne vous raconterai pas cela par le menu, mais je puis vous assurer que tout va bien de ce côté, et qu'à l'heure présente, à moins d'accidents imprévus, ledit sieur Christian Stern doit être en notre pouvoir.

— Que voulez-vous dire î

— .Ni' vous préoccupez pas du reste, qu'il vous sufâse 'uifjiiJre que nous savons oiii "à eï,\,,fe\.i¥ift,,\atw^«i

l'envie vous viendra de le voir, nous pourrons vous donner toute satisfaction sur ce point.

— Où est-il donc?

— N'anticipons pas sur les événements, comme disaient les romans que j*ai dévorés dans ma jeunesse, chaque chose viendra à son jour, et la ville de Jonzac elle-même n'a pas été bâtie en une seconde.

— Enfin, insista Albert, je puis rassurer les personnes qui s'intéressent au sort de ce Christian Stern ?

— Parfaitement, et vous pouvez dire à Miss EUen qu'il est entre bonnes mains.

Albert regarda son interlocuteur avec étonnement.

— Miss EUen ! répéta-t-il, vous supposez...

— Je ne suppose absolument rien ; mais je suis bien aise de vous prouver que nous connaissons notre métier, et bien que, depuis un mois, je me ballade dams ce lointain département, vous pouvez voir que j'ai toujours l'œil sur la capitale.

Albert se tut et demeura* un moment pensif.

— Du reste, continua Nivert ; je n'ai à exprimer aucun regret sur le voyage que l'on m'a fajt faire, et j'ai même eu la chance d'avoir un compagnon de route dont la société m'a rendu le trajet moins ennuyeux.

— Qui cela ?

— M. Boursault.

— Vous l'avez vu ?

— Je l'ai trouvé, cour des Messageries, le jour même de mon départ ; et voyez ce que c'est que les préven* tions I dans le premier moment, sa rencontre m'a été particulièrement désagréable.

— Pourquoi ?

— Eh ! on ne sait pas : la sympathie naît de si peu de chose, on ne se rend jamais un compte sincère de ces mouvements du cœur : il me restait dans l'esprit des préventions obstinées contre le propriétaire de la maison du damné, et en le trouvant à la diligence, j'avais éprouvé une sorte de méfiance, qui n'a pas tenu au delà du quatrième relais.

— Vraiment? '

— C'est un homme excellent de tous points, qui s'est beaucoup intéressé à moi, qui m'a accablé de questions sur la branche de commerce à laquelle j'avais Thonneur d'appartenir, et quand je lui eus avoué humblement que je voyageais dans les trois-six, il n'est pas de politesses dont il n'ait voulu m'accabler.

— Alors, vous êtes devenus les meilleurs amis du monde.

— Eh I pas tout de suite. Pendant la première journée, il resta encore un peu d'hésitation dans les manifestations de cette amitié, née de la communauté obligée du voyage ; mais au matin de la seconde, tout nuage avait disparu.

— D'où venait?...

— Nous nous étions reconnus !

— Comment!

— Voyez-vous, Monsieur Albert, dans ce monde de convention, les groupes sympathiques se forment en raison directe de la communauté des goûts. Si vous aimez la pêche, et que je ne puisse pas la souffrir, il serait inutile de tenter un rapprochement ; nous ne pourrions jamais nous souffrir I Mais si j'adore la chasse et

que, de votre côté, vous NiViex \.o\x\. YfeV^ ^^\\s» Y^'b^^x^

de tuer un lièvre ou une bartavelle pendant l'hiver, il n'y a pas d'angles qui tiennent, il faudra tôt ou tard que nous nous emboîtions I c'est ce qui est arrivé.

— Vous vous êtes emboîtés, M. Boursault et vous ?

— Gomme deux chevaux de frise !

— Mais vous êtes donc chasseur, Monsieur Ni vert? objecta Albert avec une pointe d'enjouement.

Un éclair, vite éteint, brilla dans l'œil de l'agent.

— Il ne faut railler aucune passion, répliqua-t-il aussitôt, avec une certaine vivacité ; moi, je les respecte toutes, surtout quand leur développement ne peut porter atteinte à l'ordre qui est la sauvegarde des sociétés ! Quoi qu'il en soit, dès que nous avons été suffisamment édifiés, M, Boursault et moi, sur nos goûts respectifs, ça a marché comme sur des roulettes, et, en arrivant à Angoulème, j'étais convié, par mon compagnon, à une chasse au loup ou au sanglier qu'il doit donner peu de jours après l'arrivée de M. Villeneuve.

— En effet.

— On vous en a parlé ?

— Je puis ajouter même qu'il se fait, à ce sujet, des préparatifs qui décèlent chez M. Boursault tous les

* symptômes de la passion dont vous parlez.

— C'est parfait I et je vois que mon amphitryon ne m'avait pas trompé.

— Alors, nous vous verrons à cette solennité cynégétique ?

— N'en doutez pas I

— Peut-être même vous rendiez-vous au château au moment où je vous ai rencontré ?

Nivert reœuaia tète.

— N'en croyez rien ! répondit-il. J'ai établi mon quartier général à Merlac, et n'ai aucune envie de m'en éloigner. Seulement, je vous savais dans les environs, et, comme je désirais vous parler,..

Au moment où Nivert prononçait ces derniers mots, un coup de sifflet, modulé à la façon d'un signal, retentit tout à coup dans la nuit, et vint arrêter la pn rôle sur ses lèvres.

Albert fit un mouvement.

— Qu'est-ce que cela? dit-il un peu inquiet.

Nivert se prit à rire.

— Oh I peu de chose, répondit-il ; un appel qui m'est adressé, et ne menace personne. J'attendais quelqu'un et c'est son arrivée que l'on m'annonce.

— Vous me quittez?

■ — Nous nous sommes dit à peu près tout ce que nous avions à nous dire. Seulement, avant de nous quitter, permettez-moi de vous faire une recommandation que je n'ai pas eu le temps de vous adresser avant mon départ de Paris.

— Quelle recommandation ? fit Albert.

— Surtout ns m'en veuillez pas de mon indiscrétion.

— Parlez,

— Eh bien l on dit dans le pays qu'il y a promesse de mariage entre M'" Ellen et M. Albert Villeneuve.

— Monsieur...

— Et à ce propos, je ne saurais trop vous inviter à faire toutes vos réflexions,

— Qu'est-ce à dire ?

— liii.n autre chose que ce que je dis,

— Cepeadmt...

— Je sais qu'on a généralement tort de se môler des affaires des autres ; mais dans la question présente, il m'est impossible de garder la neutralité.

— Expliquez-vous au moins plus clairement.

Nivert allait répondre, quand un second coup de sifflet plus persistant que le premier se fit entendre.

— Vous voyez I dit l'agent en saluant ; je ne lui fais pas dire, mon homme est évidemment pressé et je me retire tout en vous renouvelant les assurances de mon entier dévouement.

Et il s'éloigna à pas rapides, sans attendre de nouvelles instances de la part d'Albert.

Ge dernier était fort soucieux, et ce ne fut qu'après quelques minutes de trouble et d'hésitation qu'il se décida à se remettre en marche.

Jeanne et Ellen s'étaient arrêtées au détour du chemin pour l'attendre et quand il les rejoignit, il vit Charles de Renneville prendre le bras de sa femme et s'empressa d'offrir le sien à Ellen.

Puis, le petit groupe se dirigea vers le château qui n'était plus qu'à une faible distance.

— Quelle est donc la personne avec laquelle vous causiez? demanda Ellen, au bout d'un instant.

— Cette personne, vous la connaissez, Ellen, répondit Albert, c'est celle à laquelle nous avons dû de découvrir la retraite de M. Christian Stern.

— Nivert?

— Lui-même.

— Que fait-il dans le pays ?

— Je l'ignore. Seulement il vient de nous reudse ^^ nouveau service.

250 MÉMOIBES D'UN COMMISSAIRE DE POLICE f

— Lequel ?

— Vous savez que, depuis la visite que vous lui aviez faite, Christian Stern avait encore une fois disparu.

— Eh bien ?

— Eh bien, grâce au zèle de Nivert, toutes les craintes que vous aviez conçues à ce propos vont enfin disparaître.

— Il Ta retrouvé ?

— Il m'en a donné Tassurance.

La main d'Ellen trembla dans celle du jeune enseigne, et il y eut un moment de silence.

Mais il ne fut pas de longue durée, car elle reprit presque aussitôt :

— Je viens de causer longuement, tout à l'heure, avec M"® de Renneville, poursuivit EUen, et vous devinez sans peine quel a été le sujet de cette conversation.

— Notre mariage I

— Oui, notre mariage, c'est cela, et votre sœur, d'accord avec M. de Renneville, a résolu de parler à M. Villeneuve.

— Ah I je suis certain que mon père se fera tine joie de vous appeler sa fille.

— Je le crois, mon ami, et si j'avais douté de son cœur, je ne vous aurais rien dit.

— Qu'avez-vous donc alors ?

— J'ai peur.

— De quoi ?

— De tout... de rien... que sais-je ; tenez ! c'est ce bonheur auquel je suis si peu habituée, et qui m'épouvante.

Albert fit de la tête un geste énergique.

— Ah ! soyez sans craiule \ \:ëçY\çv^^"^-'^'> ^^ "^"^^ "^^"^^

votre époux, je défie toutes les puissances humaines de vous arracher de mes bras.

Seulement, ajouta-t-il d'une voix douce et suppliante, il y a dans votre existence un secret qui la trouble, et que vous vous refusez à me confier. Pourquoi ? C'est là ce qui entretient vos craintes, et vous livre sans défense à toutes les appréhensions de dangers peut-être moins sérieux que vous ne le pensez. Si vous vouliez, EUen, si vous consentiez à me tout dire, croyez-vous que nous ne serions pas assez forls, à nous deux, pour éloigner toutes les menaces, et ne pensez-vous pas que votre secret serait fidèlement gardé par l'homme qui vous aime, et qui donnerait sa vie pour faire la vôtre heureuse et calme ?

Le cœur d'Ellen se souleva dans sa poitrine à ces paroles, pendant que deux larmes coulaient silencieusement le long de ses joues.

— Oui, vous avez raison I répondit-elle, avec une douce mélancolie...

— N'hésitez plus.

— Vous le voulez ?

— Je vous en conjure.

— Soit donc Ifît la jeune femme vaincue, et puisque aussi bien je me sens moi-même à bout de discrétion et de réserve devant tant d'amour et de dévouement, Albert, apprenez donc que ce mystérieux locataire de la rue de Lourcine, ce Christian Stem...

— Achevez.

EUen îdlait poursuivre, mais à ce moment la parole s'arrêta glacée sur ses lèvres, et elle serra avec épouvante le bras du jeune enseigtve.

LB lUGE DIKSTRUCnON.

M. Boursault était devant elle 1

Le premier sentiment qu'éprouva Ellen fut tout de Etupetir et d'inquiétude, et elle dut penser qu'il avait surpris, en partie du moins, la confidence qu'elle faisait à Albert.

Mais elle se remit bientôt de son épouvante, en voyant M. Boursault tendre la main au jeune enseigne et la lui serrer avec une affectueuse sympathie,

— J'espère, mon cher Albert, dit-il en même temps,

d'un ton net et franc, que vous ne m'en voudrez p.is, si

<e ne remplis point auprès de mes hAtes, comme je le

svrais. mes devoirs de châtelain. Mais je suis très-fitoc-

pé par ies préparatits àe BOlte tV».sift ■çx'iiiÀKWi^^ «,t

j'apporte un certain amour-propre à ce que rien ne manque à cette solennité.

Albert s'inclina en souriant.

— Vous êtes tout excusé, Monsieur, répondit -il, croyez bien que M. et M"® de Renneville et moi, nous emporterons de notre séjour ici le plus excellent souvenir.

— A la bonne heure I fit Boursault; du reste, je ne doute pas que EUen ne mette tous ses soins à me remplacer; l'amitié que lui témoigne Madame de Renneville est le plus sûr garant qu'elle fait de son mieux.

Tout en parlant ainsi, on avançait vers le château.

— Au surplus, continua Boursault, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer : elle est arrivée ici, pendant votre absence, et j'ai été le premier à l'apprendre.

— Quelle nouvelle ? demanda Albert.

— Villeneuve arrive demain.

— Mon père I

— Il m'a écrit un mot pour me l'annoncer, et à moins de retard qu'il ne peut prévoir, il sera, me dit-il, demain dans la journée au château.

Et M. Boursault ajouta, sur un ton et avec une intention qui frappèrent EUen et Albert*:

— Demain donc, je compte avoir avec ce cher Villeneuve un entretien auquel vous ne serez peut-être pas étranger... et dont nous vous ferons connaître le résultat important, dès l'issue même de l'entretien.

Albert ne répondit pas... mais une vive rougeur colora ses joues, et à travers l'ombre, il échangea un regard significatif avec EUen.

Le lendemain, ainsi qu'il Va\^\V ^xv\iQW^^.>!

?54 MËMOIBES D'UN œHMlSSAlRE DE POLICE

neuve arrivait à Merlac vers trois heures de l'aprèsmidi.

Une voiture l'attendait depuis midi pour le conduire au château.

Le retard provenait de ce que M. Villeneuve s'était arrêté à Angoulëme, où il avait eu, avec les principaux employés de la Banque, une conférence qui n'avait pas duré moins de deux heures.

Le sujet de cette conférence, nous avons à peine besoin de le dire, était la fameuse affaire des faux billels de banque.

Jusqu'alors, mafgré toute l'activité et le zèle déployés par la police et l'administration, on n'était parvenu à saisir aucun indice; le faussaire échappait à toute recherche et rien ne donnait lieu de penser que l'on dût prochainement parvenir à l'atteindre.

Toutefois, le cercle des investigations s'était peu à peu resserré, grâce à l'habileté de Nivert, et d'après certaines inductions tout professionnelles, on en était arrivé à cette conviction que le criminel devait habiter dans le midi de la France, et peut-être même dans le département de la Charente ou celui de la Charente- Inférieure. .

En quittant Angoulëme, M. Villeneuve était monté en voiture, avec Nivert qu'il désirait interroger à son aise, et pendant le trajet ils avaient eu ensemble une longue et minutieuse conversation.

Depuis son départ de Paris, Nivert n'avait fait part à

■sonne iIps observations recueillies par lui, le jour où

ail tlùcouvert la retraite de Christian Stern... Mais

"■valions devùent 3en■lti^Jn.e%ç'c\^.a.^aâ\.■^^£^^^«i

le sien, dans la mission qu'il remplissait, et elles avaient été une sorte de base nouvelle pour les déductions auxquelles il était arrivé.

Les faits acquis jetèrent, en effet, une lumière inattendue sur la piste qu'il cherchait, et il ne tarda pas à éprouver un sentiment, pour ainsi dire mixte, qui lui communiqua bien des perplexités.

Il croyait deviner, et en même temps il craignait de se tromper ; il fut vingt fois sur le point de s'ouvrir à Albert, et vingt fois la parole s'arrêta sur ses lèvres.

D'ailleurs, il ne voulait pas trahir le secret que ce dernier lui avait confié, et son embarras était vraiment grand.

Quand il apprit que M. Villeneuve arrivait à Angoulème, il s'empressa d'aller à sa rencontre et, résolu à faire son devoir, tout en observant la discrétion promise, il saisit cette occasion pour se décharger du poids énorme qui le gênait.

Aussi, quand il quitta M. Villeneuve, un peu avant Merlac, le juge était fort préoccupé, et c'est d'un front assombri qu'il accueillit 4es hôtes du château venus à sa rencontre.

Il ne fallut rien moins que la joie sereine de Jeanne et l'accueil expansif et cordial de Boursault pour lui rendre un peu de gaieté et de bonne humeur.

Toutefois, — et Ellen surtout le remarqua, — ce fut avec une sorte d'embarras et de froideur sévère qu'il serra la main que lui tendait Albert.

M Villeneuve pourtant aimait son fils, plus encore peut-être qu'il n'aimait Jeanne. D'où venait donc ce malaise qu'il éprouvait à le reNOVv'l

Les premiei's moments qui suivirent Tarrivée au château semblèrent exercer une heureuse distraction sur son esprit. Le dîner fut particulièrement très-gai, et aucune préoccupation ne vint altérer Texpansion générale.

Boursault menaça son vieil ami de toutes les tyrannies qu'un propriétaire peut imposer à ses hôtes ; et lui promit de lui faire parcourir dès le lendemain toutes les dépendances du château.

Jeanne raconta les enchaïitements du voyage d'Italie qu'elle venait de faire. Albert dit quelques particularités de ses expéditions, et quand on se leva de table, deux bonnes heures s'étaient écoulées sans que l'on s'en fût presque aperçu.

C'était le moment de la promenade et du cigare ;'on quitta donc la salle à manger, et on se répandit dans le jardin.

Mais au moment où Albert se disposait à aller offrir son bras à EJlen, M. Villeneuve l'arrêta et l'entraîna à l'écart :

— Albert, lui dit-il alors, je n'ai pas jusqu'à présent trouvé un instant favorable pour vous parler, et cependant je désire vivement avoir un entretien avec vous.

— Mais, tout de suite, mon père, répondit le jeune homme.

— Non, continua M. Villeneuve, ici nous ne nous appartiendrions pas, nous pourrions être dérangés, et je désire qu'il nous soit permis de causer sérieusement des choses sérieuses que j'ai à vous dire.

Albert regarda son père a\ec feVoYvTv^T£\«wV,

Jamais encore M. Villeneuve ne lui avait parlé de ce ton solennel.

— Mon Dieu, mon père, répliqua-t-il inquiet, que se passe-t-il? C'est la première fois que je vous entends me parler avec cette froideur, et je dirai presque, cette sévérité. Il s'agit donc de choses graves ?

— En effet.

— Et ne pouvez- vous me dire...

— Non, pas en ce moment ; mais ce soir, quand je me serai retiré dans ma chambre, je vous attendrai.

— Ah I je n'y manquerai pas, s'écria Albert, je n'y manquerai pas, je vous le jure.

Et il s'éloigna.

Comme il arrivait dans le jardin, fortement impressionné par les quelques mots qu'il venait d'échanger avec son père, il sentit un bras de femme se glisser doucement sous le sien.

C'était le bras d'Ellen.

— Albert, dit en même temps la jolie enfant d'une voix que l'émotion faisait trembler, Albert, vous venez de parler à votre père ; que vous a-t-il dit ?

— Mais, rien... balbutia le jeune homme avec hésitation.

— Oh! ne me trompez pas, mon ami, répondit EUen, moi, qui suis habituée à souffrir, j'ai acquis tous les courages, et l'on peut tout me dire; tout à l'heure, j'ai bien remarqué ce qui s'est passé. Après dîner, M. Villeneuve vous a suivi du regard, et comme vous alliez sortir, il vous a arrêté.

— C'est vrai, dit Albert.

— Son visage avait perdu ^oi\ ^vc ^<^ X^çyç^fe ^^s^sÀr

tuelle ; et ses regards avaient une expression qui m'a glacée.

— Vous vous exagérez.

— Que vous a-t-ii dit?

— Il veut me parler.

— De quoi?

— De choses graves.

— Lesquelles?

Albert se prit à sourire, en dépit de Thorrible inquiétude dont il était torturé.

. — Ce n'est pas mon père, répliqua-t-il avec un enjouement contraint, c'est vous, EUen, qui êtes le juge d'instruction ; et la vivacité que vous mettez à m'interroger ferait supposer que vous avez des préventions contre l'accusé.

EUen sourit à son tour, mais en même temps, une larme trembla au bord de ses paupières.

— Peut-être avez- vous raison, dit-elle avec tristesse; mais vraiment, le trouble au milieu duquel je vis finira par me rendre folle... Voyez! j'avais cru que votre père était irrité contre vous.

— Quelle idée 1

— Il me semblait que son œil était sévère, et que sa voix avait certaines intonations de dureté dont vous paraissiez souffrir.

Albert entraîna EUen vers le groupe formé à quelques pas par Jeanne et son mari, auprès desquels s'étaient assis MM. Villeneuve et Boursault.

— Venez! venez! lui dit-il ; chassez ces vUaines pensées qui vous sont venues, et surtout essuyez ces larmes qui voiJent vos beaux yeu^. ^\\^xv\ ^J\^vv\ o^ov o^vi'U

arrive, quelque obstacle que je puisse rencontrer sur notre chemin, quelle puissance humaine pourrait nous empêcher désormais d'être l'un à l'autre !

Le reste de la soirée se passa sans autre incident.

A un moment pourtant Boursault avait voulu entraîner M. Villeneuve, sous le prétexte de lui faire une communication importante.

— Non ! mon ami, avait-il répondu, n'insiste pas. Ce soir est tout entier consacré au bonheur de nous retrouver chez toi, et, comme les anciens, nous remettrons à demain les affaires sérieuses !

Deux heures plus tard, chacun était rentré dans son appartement, et le silence le plus profond enveloppait la somptueuse demeure.

Dix heures venaient de sonner.

A ce moment, le jeune enseigne sortit de sa chambre et se dirigea sans bruit vers celle de son père.

Il était très-pâle, et sa poitrine battait avec force.

Mais il avait pour le moins autant de curiosité que d'émotion, et quelques secondes après, il frappait résolument à la porte de M. Villeneuve.

— Entrez I dit la voix du juge.

Et Albert entra.

luelle ; et ses regards avaient une expression qui m'a glacée.

— Vous vous exagérez.

— Que vous a-t-il dit?

— Il veut me parler.

— De quoi?

— De choses graves.

— Lesquelles?

Albert se prit à sourire, en dépit de rhorrible inquiétude dont il était torturé.

. — Ce n^est pas mon père, répliqua-t-il avec un enjouement contraint, c'est vous, Ellen, qui êtes le juge d'instruction ; et la vivacité que vous mettez à m'interroger ferait supposer que vous avez des préventions contre l'accusé.

Ellen sourit à son tour, mais en même temps, une larme trembla au bord de ses paupières.

— Peut-être avez- vous raison, dit-elle avec tristesse; mais vraiment, le trouble au milieu duquel je vis finira par me rendre folle... Voyez! j'avais cru que votre père était irrité contre vous.

— Quelle idée I

— 11 me semblait que son œil était sévère, et que sa voix avait certaines intonations de dureté dont vous paraissiez souffrir.

Albert entraîna Ellen vers le groupe formé à quelques pas par Jeanne et son mari, auprès desquels s'étaienl assis MM. Villeneuve et Boursault.

— Venez! venez! lui dit-il ; chassez ces vilaines pensées qui vous sont venues, et surtout essuyez ces larmes qui voiJent vos beaux yeu^. ^\\^xv\ ^î\^w\ q^q?l o^m'vI

arrive, quelque obstacle que je puisse rencontrer sur notre chemin, quelle puissance humaine pourrait nous empêcher désormais d'être l'un à l'autre !

Le reste de la soirée se passa sans autre incident.

A un moment pourtant Boursault avait voulu entraîner M. Villeneuve, sous le prétexte de lui faire une communication importante.

— Non! mon ami, avait-il répondu, n'insiste pas. Ce soir est tout entier consacré au bonheur de nous retrouver chez toi, et, comme les anciens, nous remettrons à demain les affaires sérieuses !

Deux heures plus tard, chacun était rentré dans son appartement, et le silence le plus profond enveloppait la somptueuse demeure.

Dix heures venaient de sonner.

A ce moment, le jeune enseigne sortit de sa chambre et se dirigea sans bruit vers celle de son père.

Il était très-pâle, et sa poitrine battait avec force.

Mais il avait pour le moins autant de curiosité que d'émotion, et quelques secondes après, il frappait résolument à la porte de M. Villeneuve.

— Entrez I dit la voix du juge.

Et Albert entra.

tuelle ; et ses regards avaient une expression qui m'a glacée.

— Vous vous exagérez.

— Que vous a-t-il dit?

— Il veut me parler.

— De quoi?

— De choses graves.

— Lesquelles ?

Albert se prit à sourire, en dépit de Thorrible inquiétude dont il était torturé.

. — Ce n'est pas mon père, répliqua-t-il avec un enjouement contraint, c'est vous, Ellen, qui êtes le juge d'instruction ; et la vivacité que vous mettez à m'interroger ferait supposer que vous avez des préventions contre l'accusé.

Ellen sourit à son tour, mais en même temps, une larme trembla au bord de ses paupières.

— Peut-être avez- vous raison, dit-elle avec tristesse; mais vraiment, le trouble au milieu duquel je vis finira par me rendre folle... Voyez! j'avais cru que votre père était irrité contre vous.

— Quelle idée 1

— 11 me semblait que son œil était sévère, et que sa voix avait certaines intonations de dureté dont vous paraissiez souffrir.

Albert entraîna Ellen vers le groupe formé à quelques pas par Jeanne et son mari, auprès desquels s'étaienl assis MM. Villeneuve et Boursault.

— Venez I venez! lui dit-il ; chassez ces vilaines pensées qui vous sont venues, et surtout essuyez ces larmes qui voilent vos beaux yeu^. ^\\^xv\ ^îX^w\ o^^V ç\m'vI

arrive, quelque obstacle que je puisse rencontrer sur notre chemin, quelle puissance humaine pourrait nous empêcher désormais d'être l'un à l'autre I

Le reste de la soirée se passa sans autre incident.

A un moment pourtant Boursault avait voulu entraîner M. Villeneuve, sous le prétexte de lui faire une communication importante.

— Non! mon ami, avait-il répondu, n'insiste pas. Ce soir est tout entier consacré au bonheur de nous retrouver chez toi, et, comme les anciens, nous remettrons à demain les affaires sérieuses !

Deux heures plus tard, chacun était rentré dans son appartement, et le silence le plus profond enveloppait la somptueuse demeure.

Dix heures venaient de sonner.

A ce moment, le jeune enseigne sortit de sa chambre et se dirigea sans bruit vers celle de son père.

Il était très-pâle, et sa poitrine battait avec force.

Mais il avait pour le moins autant de curiosité que d'émotion, et quelques secondes après, il frappait résolument à la porte de M. Villeneuve.

— Entrez I dit la voix du juge.

Et Albert entra.

luelle ; et ses regards avaient une expression qui m'a glacée.

— Vous vous exagérez.

— Que vous a-t-il dit?

— Il veut me parler.

— De quoi?

— De choses graves.

— Lesquelles ?

Albert se prit à sourire, en dépit de rhorrible inquiétude dont il était torturé.

. — Ce n'est pas mon père, répliqua-t-il avec un enjouement contraint, c'est vous, Eilen, qui êtes le juge d'instruction ; et la vivacité que vous mettez à m'interroger ferait supposer que vous avez des préventions contre l'accusé.

EUen sourit à son tour, mais en même temps, une larme trembla au bord de ses paupières.

— Peut-être avez-vous raison, dit-elle avec tristesse; mais vraiment, le trouble au milieu duquel je vis finira par me rendre folle... Voyez! j'avais cru que votre père était irrité contre vous.

— Quelle idée 1

— 11 me semblait que son œil était sévère, et que sa voix avait certaines intonations de dureté dont vous paraissiez souffrir.

Albert entraîna EUen vers le groupe formé à quelques pas par Jeanne et son mari, auprès desquels s'étaient assis MM. Villeneuve et Boursault.

— Venez! venez! lui dit-il ; chassez ces vilaines pensées qui vous sont venues, et surtout essuyez ces larmes qui voilent vos beaux yeux. ^\\exv\ '^î^^^vX o^ov o^'U

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Le reste de la soirée se passa sans autre incident.

A un moment pourtant Boursault avait voulu entraîner M. Villeneuve, sous le prétexte de lui faire une communication importante.

— Non! mon ami, avait-il répondu, n'insiste pas. Ce soir est tout entier consacré au bonheur de nous retrouver chez toi, et, comme les anciens, nous remettrons à demain les affaires sérieuses I

Deux heures plus tard, chacun était rentré dans son appartement, et le silence le plus profond enveloppait la somptueuse demeure.

Dix heures venaient de sonner.

A ce moment, le jeune enseigne sortit de sa chambre et se dirigea sans bruit vers celle de son père.

Il était très-pâle, et sa poitrine battait avec force.

Mais il avait pour le moins autant de curiosité que d'émotion, et quelques secondes après, il frappait résolument à la porte de M. Villeneuve.

— Entrez I dit la voix du juge.

Et Albert entra.

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