LE NOM DU FAUSSAIRE
M. Villeneuve était assis à une table, sur laquelle il feuilletait un volumineux dossier.
Une lampe éclairait vivement la table, et ses rayons rejaillissaient sur le visage du juge dlnstruction.
Quand la porte s'ouvrit, il tourna vivement la tête, et en apercevant Albert qu'il attendait cependant, il ne fut pas maître d'un premier mouvement que le jeune enseigne remarqua, mais dont il ne put démêler le caractère.
Il tendit la main à son père qui la lui serra fortement, et sur un signe du juge, il prit place en face de lui.
— Asseyez-vous, Albert, fît M. Villeneuve ; je vous ai
dit, il y a quelques heures, que je désirais vous par-
ler, et il est des choses suT\esc\we\Ve^ W ^^\.\i<^\s., ^w ^^^v^
que le doute ne plane que le moins longtemps possible.
— Je suis prêt, répondit Albert, à vous donner toutes les explications que vous pouvez désirer.
— J'en suis convaincu.
— Est-ce donc de moi qu'il s'agit ?
— De vous seul.
— Pourtant, il y a quelques jours à peine que je vous ai quitté, et vous ne m'avez pas laissé entrevoir...
— J'ignorais alors les faits qui m'ont été révélés depuis.
— • Sur moi ?
— Sur vous-même !
Et le ton dont ces paroles étaient prononcées sembla à Albert si différent de celui que son père employait d'ordinaire avec lui, qu'il sentit un moment sa fierté se révolter et que la rougeur monta à ses jouest
Il pensa que M. Villeneuve avait appris son amour pour Ellen, et il crut voir dans son attitude sévère l'expression d'un blâme pour cet attachement, qu'il ne lui avait pas confié.
— Pardon, mon père, répliqua-t-il aussitôt avec une certaine vivacité ; j'ai pu peut-être, en raison de circonstances exceptionnelles, user depuis quelque temps de réserve envers vous ; mais, si c'est là ce que vous avez à me reprocher, Jeanne qui connaît mon secret, Charles qui s'intéresse à mon bonheur, vous diront mieux que moi à quoi ont tenu cette réserve et cette discrétion qui m'étaient imposées.
M. Villeneuve remua doucement la tête.
— Vous vous trompez, Albert, interrompit-il; l'entretretien que je vous ai demandé ne VowOev^^^ ^^^ xsîfeo^fc
262 MÉMOIRES D^DN œMMISSAlRE DE POUCE
à cette question, sur laquelle d'ailleurs, vous le savez bien, votre père n'aura pas d'autre sentiment que vous.
— Alors, je m'y perds.
— Voulez-vous que je m'explique ?
— Ah I je vous en prie... car il doit y avoir dans tout ceci quelque erreur que je ne puis comprendre.
M. Villeneuve arrêta alors son regard sur son fils, et il reprit :
— Il y a un peu plus d'un mois, dit-il, vous vous êtes abouché avec un des agents de la police de sûreté, du nom de Nivert, et, profitant de ce que vous étiez le fils d'un magistrat, vous l'avez sollicité de rechercher à Paris un homme dont vous désiriez connaître le domicile.
— C'est vrai, répondit Albert, qui malgré lui se prit à frissonner.
— Ce Nivert, qui est d'ailleurs fort habile, se mit donc en campagne, et conformément à vos indications très-précises, il suivit pendant toute une journée une personne que vous saviez, paraît-il, devoir se rendre, à un moment donné, auprès de l'inconnu dont il vous importait de découvrir la retraite.
— Tout cela est de la plus parfaite exactitude, dit Albert, et si vous vouliez me le permettre, je vous expliquerais...
— C'est inutile, répliqua M. Villeneuve ; laissez-moi vous dire tout ce que je sais, et ensuite vous pourrez me répondre à loisir.
— Cependant...
— Je poursuis : Ainsi que je le disais, l'agent dont vous aviez réclamé le concours esl çevxVèlT^ U ^lus habile
que nous possédions, et en moins de vingt -quatre heures, il vous rapportait l'adresse que vous lui aviez demandée.
L'inconnu qui s'appelait Christian Stern, demeurait rue de Lourcine, 17.
— Puis-je répondre? dit Albert.
— Tout à l'heure! jusqu'ici, en effet, la faute n'est pas grande, et à part la légèreté très-répréhensible qui consiste à avoir employé, dans un but d'intérêt personnel,, un agent qui ne doit ses services qu'à l'administration, je n'aurais rien à relever sur ce fait, dont je me fusse contenté de vous faire remarquer l'inconséquence, mais là ne s'arrête pas l'affaire, et ce qui suit est autrement important et grave.
— Que voulez-vous dire? fît Albert.
— A cette époque, continua M. Villeneuve, j'étais fort préoccupé, vous le savez, par le mariage de votre sœur. Mon ami Boursault, lui-même, me prenait un temps que j'eusse dû consacrer tout entier à mes fonctions de magistrat, et j'avais un peu oublié peut-être une affaire des plus sérieuses dont la Banque s'était émue, et dont il importait de pénétrer le mystère.
— Les faux billets de banque? dit Albert.
— Vous en avez entendu parler?
— Sans doute, Jeanne et Charles m'ont assuré alors que vous en étiez fort préoccupé.
— Et ils avaient raison... l'audace du faussaire égalait au moins son habileté, et toutes les recherches effectuées par la police, soit à Paris, soit aux alentours des succursales plus particulièrement désignées, étaient restées sans résultat.
— Mais quel rapport?...
— Vous allez comprendre. Ce matin en arrivant à Angoulême, j'ai trouvé Nivert qui m'y attendait.
— Eh bien I
— Et Nivert a cru devoir me faire une confidence, à laquelle j'étais certes bien loin de m'attendra.
— Quelle confidence?
— Le jour même où il aurait suivi l'homme dont vous l'aviez chargé de surveiller les démarches, un fait extraordinaire s'était produit.
— Qu'est-ce donc?
— Dans les trois magasins où il avait vu entrer cet homme, le même jour, on avait présenté de faux billets.
— Est-ce possible I
— Nivert ne l'a su que le lendemain ou le soir, et il n'a pu vous en prévenir.
— C'est une coïncidence sans doute, et ce fait n'a peut-être pas toute l'importance que vous lui attribuez.
— C'est ce que je me suis dit; comme vous aviez recommandé à Nivert la discrétion la plus absolue, je n'ai pas voulu à ce moment pousser plus loin mes questions, et, c'est ma faute, j'ai presque négligé l'incident.
— Ahl je vous dirai tout, mon père.
— Je l'espère... seulement, je vous prie de me laisser achever.
— Qu'y a-t-il donc encore?
— Un dernier renseignement qui jette une déplorable lumière sur ce que je viens de vous dire.
— Parlez 1 parlez 1
M, Villeneuve se recMeVWVV \m^ ^^^otAe. \ >Mve sueur
froide perlait à son front, et Ton eût dit qu'une suprême hésitation arrêtait la parole sur ses lèvres pâles.
Enfin, il fit un effort, releva la tête, et son regard s'attacha avec une douloureuse fixité sur Albert.
— Je vous ai parlé de Christian Stem, poursuivit-il, et vous savez mieux que moi, sans doute, les liens qui peuvent Tunir à l'homme qui est allé le voir rue , de Lourcine, et dont vous avez recommandé de taire le nom, à moi surtout I
— Mon pèrel...
— Vous vous expliquerez. Eh bien, depuis que Nivert est dans ce pays, il à appris de singulières choses sur ce Christian Stern : des choses vagues, à la vérité, et qui n'ont pas encore un caractère complet d'authenticité et de précision. Mais il est certain qu'on l'a vu naguère à Angoulême, et s'il faut en croire les on dit, il aurait été mêlé, il y a quinze ans environ, à une affaire qui semble présenter quelque rapprochement avec celle qui nous occupe.
— Ce serait un faussaire I s'écria Albert, hors de lui.
— On ne dit point cela, mais à travers le vague des révélations, on pourrait supposer qu'il n'est pas exempt de toute complicité.
— Horrible I ce serait horrible I
— N'est-ce pas?
— Mais que concluez- vous, mon père, où voulez-vous en venir?
— La conclusion est cependant facile à tirer, répondit M. Villeneuve; il n'est pas douteux, en effet que ce Christian Stern que Ton retrouve tout à coup, vivant ^aché dans un coin de Pam, «i, à^xv^ ^wv ^^^^s:^.^xsss.
mystère coupable qu'il essaie de voiler à tous les regards. Nous venons d'apprendre qu'il est lié avec un homme qui peut être, à bon droit, suspecté d'avoir mis en circulation de faux billets de banque, les deux faits s'éclairent donc l'un par l'autre, et quand vous nous aurez fait connaître le nom de cet homme, je crois que la justice pourra être assurée d'atteindre le coupable.
A ces dernières paroles de son père, Albert devint affreusement pâle.
Tout ce qu'on venait de lui apprendre l'avait d'ailleurs étrangement bouleversé, et il cherchait luimême à se retrouver à travers toutes les obscurités qui l'enveloppaient encore.
Que dire? que répondre? que penser surtout des révélations écrasantes qui lui étaient faites ?
Et en ce moment, au milieu de ses perplexités, il ne songea ni à son père, ni à Boursault, ni à la justice, ni à Christian Stem...
11 ne songea qu'à EUen, et tout son cœur se brisa.
Cependant, M. Villeneuve n'avait cessé de l'observer, et en le voyant garder le silence après la promesse qu'il lui avait faite de tout avouer, son front se rembrunit et sa main se crispa sur le bureau.
— Eh bien, Albert, dit-il, d'un ton impérieux, d'où vient que vous vous taisez, quand l'honneur le pluis étroit vous commande de parler?
Albert secoua la tête, comme s'il eût voulu chasser le rêve horrible auquel il était en proie.
— Oui, vous avez raison, répondit-il avec effort et je sens combien mon silence, eu \ixi ^^t^\S. movxvfex^^ ^oNi,
VOUS paraître étrange, mais la situation qui m'est faite est terrible, et je ne puis...
— Vous refusez de parler, et d'éclairer la justice!
— Mon père !
— Mais si c'est votre père qui vous interroge aujourd'hui, demain ce peut être le juge d'instruction.
— Ne m'accablez pas 1
— Ahl j'étais loin de m'attendre à ce qu'une pareille honte fût réservée à ma vieillesse !
Albert bondit à ces mots, et tout son amour filial se réveilla dans son cœur.
— NonI non, s'écria-t-il, je n'ai pas mérité cette sévérité, et je repousse avec énergie les soupçons odieux que vous exprimez. Ecoutez-moi 1 mon père, et quand vous m'aurez entendu, vous comprendrez combien vous ayez été cruel envers un homme qui n'a permis encore à personne de toucher à son honneur!
— Parlez donc! fit M. Villeneuve, d'un ton un peu radouci, et Dieu veuille que je trouve dans ces paroles l'explication de votre étrange conduite.
11 y eut alors quelques secondes de silence pendant lesquelles Albert parut rassembler ses esprits troublés; puis, il releva le front, et attacha son regard sur le visage impassible de son père.
— Je vous disais tout à l'heure, reprit-il. à quelle réserve, à quelle discrétion j'avais été obligé envers vous, en raison de circonstances exceptionnelles, et c'est là ce qui, malheureusement, a provoqué les soupçons dont je suis l'objet. Mais sur ce point, du moins, je puis vous avouer toute la vérité, et je ne vous la cacherai longtemps.
— Il y a deux années, j'ai été victime d'un accident terrible, auquel j'aurais infailliblement succombé, si je n'avais été secouru et soigné par une jeune fille dont le souvenir est resté profondément gravé dans mon cœur, et que je me suis mis à oimer comme la compagne promise à ma vie.
— Je sais cela, répondit M. Villeneuve.
— Oui ; je vous ai raconté longuement, dans plusieurs de mes lettres, l'amour que j'avais voué à cette enfant, et l'horrible désespoir qui me saisit quand, au moment de quitter l'Islande, j'appris qu'elle était morte, et qu'il fallait renoncer à l'espoir de la revoir jamais.
— Eh bien !
— Eh bien 1 mon père, cette jeune fille que je croyais perdue pour toujours, que j'avais vue, étendue glacée sur son lit de mort, Dieu m'avait réservé la joie de la retrouver à Paris,
— Que dites- vous ?
— La vérité.
— Et par quel miracle I...
— C'est ici que commence ce mystère qu'un sentiment de délicatesse m'a empêché d'approfondir, et auquel je me suis trouvé mêlé, sans même me douter qu'il y eût quelque danger à agir ainsi : j'avais trop de reconnaissance et trop d'amour au cœur pour qu'il y eut place à la plus légère défiance, et, même à cette heure, où je parle sous l'impression de vos dernières paroles, j'affirme que la femme que j'aime est au-dessus de toute atteinte, de quelque soupçon que l'on prétende d'ailleurs la menacer.
— C'est elle, cependant, objecta M. Villeneuve, qui a réclamé le concours de Nivert.
— Oui, mon père...
— C'est elle encore qui avait intérêt à découvrir la retraite de ce Christian Stern.
— Je Tavoue.
— Eh bien, tout cela peut être inconscient de sa part, vous le croyez et je veux le croire avec vous ; elle obéit sans doute à une influence dont elle n'a pas cru devoir vous faire connaître l'origine. Mais il y a là, je le répète, une situation fort grave que (J'un mot vous pouvez éclaircir, et ce mot, j'espère que vous ne refuserez pas plus longtemps de le prononcer.
Albert eut un geste résolu, et son œil se releva sans trouble.
— Je vous ai dit, mon père, répondit-il avec fermeté, que j'aime, autant que je l'estime, la personne dont vous voulez que je vous livre le secret... Ma vie fût-elle en jeu, que je ne prononcerais pas une parole qui pût trahir la confiance qu'elle a mise en moi, et sur ce point, ma résolution est irrévocable ; seulement, je lui rapporterai demain l'entretien que je viens d'avoir avec vous, je la prierai elle-même de s'expliquer avec un entier abandon, et je vous promets que vous aurez d'elle la plus complète satisfaction.
— Alors, c'est votre dernier mot ? fit M. Villeneuve.
— Mon honneur auquel vous faisiez appel tout à l'heure ne me permet pas d'agir autrement.
— C'est bien I soit I allez donc et j'attendrai les résolutions que la nuit vous inspirera.
En quittant son père, Albetl \ow\\sX â^^ot^
chez lui, mais il avait la tète en feu, et il descendit au jardin pour respirer.
Les révélations qu'il venait d'entendre étaient bien faites d'ailleurs pour l'épouvanter, et quoiqu'il se sentît disposé à voir un certain parti pris de juge d'instruction dans les déductions de son père ; cependant, il ne pouvait se dissimuler qu'il y avait là de terribles coïncidences qui ne devaient pas être Tunique produit du hasard.
Evidemment, Boursault et Christian Stern se connaissaient de longue date, et il y avait dans le passé de ces deux hommes un mystère commun où leur haine réci«proque avait pris naissance.
Mais quel était ce mystère ?
Fallait-il le chercher dans cette ténébreuse fabrication de billets de banque, et en tout cas, n'était il pas manifeste que l'un de ces deux hommes exerçait sur son complice une autorité, une terreur plutôt, à laquelle ce dernier ne tentait même pas de se soustraire ?
Et puis, quel rôle jouait EUen dans ce milieu sinistre? Pour Albert qui ne l'avait vue jamais qu'à travers le mirage de l'amour le plus pur, il était impossible que la jolie fille d'Islande pût être suspectée ! Tout protestait en elle contre une pareille supposition, et la candeur de son front, la limpidité de son regard, tout jusqu'à sa voix si douce dont l'accent avait tant de franchise et de sincérité.
Sans s'en apercevoir, le jeune enseigne était arrivé à cette brèche du parc où il avait failli naguère être grièvement blessé.
A cette heure, il n'avait plw^ \e xci^xîi^^'Kft^^t èwredou-
LA MAISON DU DAHNË ÏTt
ter ; il franchit donc les pierres éboulées, et gagna la campagne.
La nuit était calme, la lune montait sereine dans le ciel étincelant d'étoiles; à mesure qu'il avançait, Albert sentait son agitation se calmer, sans que pourtant il fût parvenu à trouver une réponse satisfaisante aux mille questions qui se pressaient sur ses lèvres.
En ce moment, minuit sonna à l'horloge de Merlac, dont les premières maisons n'étaient qu'à quelques pas. Ce bruit l'arracha à ses réflexions, et jugeant qu'il était temps de rentrer au château, il se disposa à en reprendre la route.
Mais comme il avait déjà fait quelques pas dans cette nouvelle direction, il s'arrêta vivement intrigué.
Un coup de sifflet, modulé comme celui qu'il avait entendu la veille, venait de se faire entendre.
C'était un signal sans doute car, presque aussitôt, un second appel de même genre fendit l'air, paraissant répondre au premier.
El en même temps, il entendit des pas précipitasse diriger vers l'endroit d'où le second appel était parti !
Gela se passait à une très-faible distance, et à celte heure de la nuit, tous les bmls arrivaient distinctement à son oreille.
Il écouta !
— Est-ce vous, M. Nivert? demanda alors une voix qu'Albert crut reconnaître.
— C'est moi, M. Tom, répondit M. Nivert,. , approchez sans crainte, et dites-moi si vous avez quelque bonne nouvelle à m'apprendre.
Au nom de Tom, Albert avail Vvea^^WÀ.
tn MÉMOIRES DTJN œMMISSAIRB DB POUCE
Depuis son arrivée au château, une chose l'avait, en effet, tout particulièrement frappé : c'était de n'y avoir pas rencontré le vieux serviteur.
Il s'était bien promis d'en parler à Ellen, et de lui demander quelques éclaircissements à ce sujet; mais il avait été fort pris depuis son arrivée, et il n'y avait plus songé.
Toutefois, il s'étonnait qu'Ellen ne lui eût pas, de son côté, fait connaître les raisons qui éloignaient momentanément Tom, et ce qui venait de se passer à quelques pas de lui ajoutait encore à Tétonnement qu'il avait éprouvé.
Ainsi, le vieux Tom était en relations mystérieuses avec un agent de la sûreté ; ils se voyaient en cachette, la nuit, souvent ! car Albert ne doutait plus que ce ne fût lui qui avait interrompu, la veille, son entretien avec Nivert.
A chaque pas qu'il faisait, le jeune enseigne se heurtait donc à un nouveau mystère, et il commençait à craindre que son père n'eût raison dans les soupçons qu'il avait exprimés.
Alors, sa curiosité s'éveilla, ardente, et à son tour, il voulut savoir.
Pour cela faire, il n'avait qu'à se rapprocher des deux hommes qu'il venait d'entendre, et à épier leur démarche, ou surprendre leur conversation.
Son honneur, celui d'Ellen étaient trop intéressés dans la question, pour qu'il pût céder à un mouvement d'hésitation, et dès que la pensée li\i en fut venue, il s'empressa de la mettre à exécution.
Les deux hommes, après s'être rencontrés, venaient de se remettre en marche.
Albert les suivît.
C'était chose facile.
La lune éclairait la campagne, comme un soleil d'hiver; la nuit était exceptionnellement calme, et, à dislance, il pouvait suivre leurs traces et même entendre leurs voix.
La course dura une demi-heure au plus.
Au bout de ce temps, les deux hommes s'arrêtèrent, et Albert prêta l'oreille.
— C'est-ici? demanda Nivert.
— C'est ici, oui, répondit Tom.
— Comment appelez-vous cette ferme?
— La ferme des Morilles.
— Et vous êtes sûr que M. Boursault ne vient jamais lie ce côté?
— Ce domaine appartient à un gentilhomme campagnard qui est l'ennemi acharné de M. Boursault, réponlUt Tom, et ce dernier ne met jamais les pieds par ici. Kt puis, il y a une raison pour que jusqu'à après-demain, nous n'ayons aucune crainte d'être épiés par lui.
— Quelle raison?
— L'arrivée de M. Villeneuve, et les préparatifs de la chasse.
— Ça, c'est bien pour Boursault, objecta Nivert, mais IKiur les.autres?
— Oui cela?
— Madame I.aura...
— J'y ai pensé — seulement, dans le cas où elle se douterait de quelque chose, elle n'aura pas le '
jaire obstacle à' nos projets si nous nous y adroitement.
— Soit, fit Nivert, je ne demande qu'à vous croire. Toutefois, méfions-nous toujours et ouvrons FœU. C'est une femme magnifique qui ne me déplairait en aucune circonstance de la vie. Mais elle vous a un polisson de sourcil à faire trembler tout Tolympe, comme disaient l volontiers les anciens...
— Voulez-vous que nous entrions? insista le vieux serviteur.
— Je veux ce que vous voulez, Monsieur Tom... Voyez s'il peut nous recevoir, et revenez me le dire. Vous savez, il ne faut forcer personne.
Ne forçons point noire talent.
Nous ne ferions rien a?ec grâce.
Celui qui a dit cela n'est pas un chansonnier, mais tout de même, il y a des fabulistes qui ne manquent pas de talent.
Cependant Tom avaK quitté un moment son interlocuteur pour pénétrer dans la ferme, et il Tentendit revenir quelques secondes après.
— Venez! dit-il alors, à voix basse.
Et comme s'il n'eût attendu que cette invitation,
l'agent le suivit, et disparut.
Albert attendit quelques minutes, espérant qu'un fait nouveau allait peut-être se produire. Mais voyant que rien ne se passait qui fût de nature à éclairer ce qu'il y avait d'obscur dans ce qu'il venait d'apprendre, il quitta son poste d'observation, et reprit résolument cette fois le chemin du château.
// était décidé à remellre au Xexv^evxv^vcv \a. '»ûS\fc q^<^
ce nouvel incident lui semblait comporter, et sur lequel, en tous cas, il comptait demander des explications à Nivert lui-même.
Mais le lendemain, bien des choses se passèrent qui changèrent le caractère de ses déterminations.