MOURIR — DORMIR
11 ne le sut que le lendemain.
C*était Boursault 1
11 remontait du rez-de-chaussée, où il s'était rendu pour prendre des nouvelles de Nivert. Mais le médecin, conformément aux instructions qui lui avaient été données, avait refusé de le laisser pénétrer dans la chambre du blessé.
Il revenait impatient et furieux.
En passant devant la porte d'EUen, il s'arrêta une seconde, avec la pensée d'insister de nouveau auprès du docteur qui était son ami, mais il y renonça presque aussitôt, et reprit sa marche.
Un instant après, il rentrait chez lui, et Albert, n'en-
tendant plus rien, ouvrit la porte et, à son tour, regagna sg. chambre.
Il était temps; les premières lueurs du jour teignaient déjà l'horizon ; une demi-heure encore et peut-être eûtil été trop tard,
11 essaya bien alors de se jeter sur un fauteuil, et d'appeler le sommeil à son aide ; mais il lui fut impossible de dormir ; la pâle figure d'ElIen passait et repassait incessamment devant ses yeux, et il lui fallut bien du courage même, pour ne pas retourner auprès de la pauvre enfant qu'il avait laissée étendue, glacée, sur son Ut.
Aussi, dès qu'il entendit le mouvement s'éveiller dans le ch&teau, et qu'il vit les domestiques vaquer à leurs occupations de chaque matin, il s'empressa de quitter sa chambre et descendit dans le jardin.
Pour donner le change à ceux qu'il pourrait rencontrer, il alluma même un cigare, et gagna la campagne.
L'air du matin rafraîchit son sang, et éloigna pour un moment les horribles visions de la nuit.
Du reste, il n'alla pas loin, car sa promenade inquiète le ramenait toujours fatalement aux environs de la grille du château.
A un moment entre autres, comme il revenait sur ses pas au détour du chemin, il se trouva en face de Tom.
Le vieux ser\'iteur était livide, et c'est avec une émotion indicible qu'il vit venir à lui le jeune enseigne.
— Eh bien, M. Albert I lui dit-il d'une voix frémissante, avez-vous fait ce dont nous étions cur
— Oui, mon ami, répondit Albert, et tu le
— Bien vrai ?
. — Bien vrai.
. — Alors, c'est tout ce que je voulais savoir, et comme une femme mariée a quelque droit d'être indiscrète envers une jeune fille qui doit être sa sœur, je vais vérifier par moi-même.
— Que vas-tu faire 1 s'écria Albert.
Jeanne haussa les épaules et fit sa petite moue.
— Ça I Monsieur l'amoureux, dit-elle en riant, ça ne vous regarde pas et si vous avez causé quelque peine à cette pauvre enfant, c'est à moi que vous aurez aflaire.
Et sur ces mots, elle courut vers le château. Albert était resté muet d'épouvante. Il n'osait plus faire un pas. Il ne respirait plus I
Tout son sang s'était glacé dans ses veines, et l'oreille tendue, il écoutait I Dix minutes se passèrent.
Puis, un cri retentit. Il entendit la voix désespérée de Jeanne appeler à son secours, et presque aussitôt, il vit les domestiques aller et venir d'un air effaré.
Machinalement, et le visage livide, il marcha vers le château.
Il savait bien, lui, quel terrible spectacle l'y attendait, et cependant, il ne pouvait parvenir à maîtriser la profonde émotion qu'il éprouvait.
Il savait qu'Ellen n'était qu'endormie, et il s'épouvantait à la pensée qu'il pouvait la trouver morte.
C'est dans cette situation qu'il monta les degrés qui conduisaient au premier étage.
Quand il atteignit le couloir qui menait à la chambre d'Ellen, il se trouva en face de Charles, qui l'arrêta.
— Qu'y a-l-U? fit Albert d'une voix tremblante.
— Venez 1 venez 1 répondit Charles de Renneville, en cherchant à l'entraîner.
— Mais voua sortez dé la ChaAibre d'Ëllen ?
— C'est cela.
— Elle est souffrante, peut-être ?
— Oui, mon ami, très-souffrante, évanouie ! une syncope probablement. Mais votre sœur est auprès d'elle, et dans quelques minutes...
Comme il achevait, M. VillenRuve passa près d'eux à pas rapides, et sans les voir.
Un instant après, il pénétra dans la chambre.
Un domestique était allé chercher le docteur. Ce dernier ne pouvait tarder d'arriver.
Albert échangea alors un regard avec Charles, qui venait de lui serrer la main.
— Ah 1 l'on me cache la vérité I dit tout à coup le jeune enseigne avec explosion. Mais je ne puis demeurer dans cette incertitude ; je veux savoir 1
Et se dégageant de l'étreinte de Renneville, il courut à la chambre dont il n'eut qu'à pousser la porte entr' ouverte.
Une fois là, il s'arrêta.
Ellen n'avait fait aucun mouvement depuis qu'il l'avait quittée et elle était toujours étendue dans la même attitude, avec la même rigidité, la même pâleur de marbre.
A ses côtés, tenant une de ses mains sous ses lèvres, comme si elle eût voulu la réchauffer, Jeanne était agenouillée et sanglotait.
Tout près, se tenait M. Villrneuvc. A qm ' derrière, Boursault.
360 MÉMOIRES D'UN œMMISSAIRE DE POLICE
Ce dernier plus pâle que la morte.
Un pli sombre creusait son front ; un tremblement convulsif contractait ses lèvres ; il avait croisé ses deux bras sur sa poitrine pour en étouffer les battements !
Pour lui surtout, il y avait là un mystère qu'il cherchait obstinément à pénétrer et qui lui communiquait une terreur sans nom.
* S'il avait pu, s'il avait osé, il aurait fui à l'instant même.
Mais avant de se rendre à l'appel de Jeanne, M. Villeneuve avait donné des ordres sévères, et d'après quelques mots échappés à certains valets bavards et curieux, il avait lieu de penser que la brigade de gendarmerie de Merlac avait été requise depuis la veille.
Il ne lui restait donc qu'à attendre et à payer d'audace.
Du reste l'attente fut courte.
Il y avait à peine un quart d'heure qu'Albert était arrivé que l'on entendit la Toiture du docteur s'aiTèter dans la cour, et que peu après il se présentait dans la chambre.
Alors M. Villeneuve et Jeanne se retirèrent auprès de la fenêtre, Boursault et Charles gagnèrent un autre coin, et il ne resta qu'Albert qu'on n'avait pas eu le courage d'arracher d'auprès du lit.
Le docteur prit la maind'EUen, et se livra à une constatation minutieuse de son état.
Dans le premier moment, il avait paru frappé de l'insensibilité complète dans laquelle il trouvait la pauvre . enfant, et il avait à plusieurs reprises remué la tête avec
un commenceTnexil de à^coxxT^^^m^xvV,
Mais à mesure qu'il avançait dans son examen, de vives lueurs traversaient son regard ; son visage s'éclairait par instant, et quelques paroles étonnées s'échappaient de ses lèvres.
Albert ne le quittait pas de l'œil, et il retenait son Souffle, épiant le moment où il lui faudrait intervenir.
Tout à coup le docteur redressa le front, et se tourna vers le jeune enseigne qui avait posé un doigt impérieux sur sa bouche.
— Bizarre!... balbutia le médecin... bizarre.
— Quoi donc? demanda Albert, à voix basse.
— Mais cette enfant...
— Eh bien ?
— C'est toutes les apparences de la mort.
— N'est-ce pas?
— Et pourtant...
— Achevez.
— Et pourtant, la vie ne Ta pas abandonnée. A de certains moments on sent un tressaillement imperceptible, et il faut...
— Plus bas I plus bas.
— 11 faut qu'on lui ait versé quehjue puissant narcotique dont la nature m'est inconnue...
— Alors, vous croyez qu'elle vit ?
— J'en suis sûr, comme de mon existence même. Albert poussa un profond soupir et saisit le bras de
son interlocuteur.
— Merci ! merci, monsieur, dit-il alors, mais par pitié ! par grâce, ne faites part à persoime de l'observation qui vient de vous frapper, laissez croire à tous <][ue la pauvre enfant est bien moïV^ '. ^V \\csv\v ^AVvi 'sx^y
S32 MÉMOIHES D'UiN COMMISSAIUE DE PULICK
Monsieur, pour celte grâce, je vous vouerai une reconnaissance éternelle.
— Mais, Monsieur ! /
— Ah ! c'est ma vie, à moi aussi, que vous tenez dans vos mains.
Le docteur eut un regard étonné, et il allait poursuivre, quand un bruit inattendu se fit entendre qui détourna son attention.
Presque aussitôt la porte de la chambre s'ouvrait, et Christian Stern, accompagné de Tom, apparaissait sur le seuil.
Cilî{TSTlAN ET liOrUSAl'LT.
l/arrivùe do Clnislian [>4'o(luisit sur tous les lémoii.s (le celt»; scène un ellet (jue nous avons à peine l)esoin d'Indiquer. .
Alhcrt s'était rejeté derrière le médecin, M. Villeneuve avait relevé le front, et Jeanne et Charles de Henneville avaient échange un regard inquiet.
(Juant à Boursault, il était devenu blême, et après avoir étoufle un cri de stupeur, il avait foit mine de V(;5doir s'élancer sur le vieillard qui venait de s'arrêter au s.mil de la<iliambre.
— Lui '.lui icil murmura-t-il avec un frisson.
V,\\ gesle impérieux de M. Villeneuve le relini à sa place.
— Ne nous quittez pas, dit ce dernier. Cet homme n'est-il pas celui que Ton appelle Christian Stem?
— En effet.
— On m*a parlé de lui, et je désire savoir ce qui Tamène au château, à cette heure.
Boursault ne répondit pas, et croisant les bras sur sa poitrine, l'œil attaché sur Christian, il attendit.
Cependant, ce dernier avait fait un pas, un peu étourdi, peut-être intimidé par la présence des personnes réunies dans la chambre, mais presque aussitôt il suivit le bras de Tom étendu vers le lit, et un tressaillement profond s'empara de tout son être.
— EUen I balbutia-t-il.
Et il marcha vers la pauvre enfant qui restait insensible dans son immobilité et sa pâleur.
— EUen ! répéta-t-il peu après, en s'agenouillant.
11 prit la main glacée de la morte, et la tint quelque temps sous ses lèvres muettes.
Il ne prononça pas une parole, ne fît pas un geste, mais des larmes abondantes coulaient le long de ses joues, et des sanglots montaient incessamment à sa gorge.
Cela dura deux minutes à peine.
Tout à coup, sans transition, le malheureux se releva d'un bond, reposa le bras d'Ellen, le long de son corps inerte, et se tourna vers Boursault, le front chargé d'imprécations, le regard imprégné de haine.
A ce moment, il était vraiment effrayant à voir !
Un sourire sinistre contractait sa lèvre, ses j^eux s'étakent injectés de sang, et le corps penché, les poings crispés, il semblait pvèl vv ^ow^Vre -swc \!»ç»\y\:'s>^wVV.
Un grondement de fauve souleva sa poitrine.
— Et il est là I s'écria-t-il, avec une fureur mal contenue que Ton sentait bouillonner dans le tremblement de sa voix, il est venu jouir de Thorrible spectacle... s'assurer qu'elle était bien morte !... la pauvre et chère créature... Eh bien, soit I la mesure est comble... et maintenant, je n*ai plus peur... je puis tout dire... je n'aurai ni pitié, ni terreur.
— Christian !... balbutia Boursault.
— Qu'as tu fait d'Ellen ? poursuivit la voix implacable du vieillard.
— Tu t'égares.
— C'est toi qui l'as tuée.
— Mensonge ! on te pousse à quelque acte de folie. — Christian ! prends garde, tu te repentiras demain de ce que tu fais aujourd'hui.
Un ricanement strident répondit à ces paroles et Christian Stem se tourna vers M. Villeneuve dont il saisit le bras avec autorité.
L'intérêt de cet incident avait saisi tous les assistants, et chacun suivait avec une attention poignante les moindres gestes de Stern.
— Vous êtes M. Villeneuve? dit alors ce dernier, d'une voix saccadée et vibrante.
— Oui, mon ami, répondit M. Villeneuve.
— Et l'on m'a dit que vous étiez juge d'instruction.
— C'est cela.
Christian Stern jeta un regard soupçonneux autour de lui, et instinctivement ou plutôt par une sorta d'appréhension suprême, il s'approcha du juge, et baissa la voix./.
366 MÉMOIRES D'UN COMMTSSATRE DR POLTCR
— Ecoutez-moi, dit-il d'un ion do înystère. Depuis quelque temps, n'est-ce pas, vous cherchez àfairo la lumière dans une ténéhreuse afiairede fahrication do faux billets.
— En effet, i^pondit W. Villeneuve.
— Jusqu'à ce jour, cependant, toutes ie> recherche.^ ont été vaines.
— Qui vous Ta dit?
-^ Vos agents ont parcouru la province, fouillé Paris, et en dépit de toute Tactivité dépensée, vous n'avez pu encore découvrir l'auteur de cette criminelle fabrication .
— Eh bien ! fît M. Villeneuve, vivement intéresse.
— Eh bien ! Monsieur, répondit Christian, c'est moi qui vous livrerai le coupable.
— Vous le connaissez donc ?
— Depuis vingt ans.
— Et où est-il?
— Et comment Tappélez-vous ?... Son nom... dites son nom.
— 11 s'appelle Boursault et il est devant vous !
Un murmure s'éleva de la chambre, et tous les regards se tournèrent ardents et fixes sur Tl omme que Christian venait de désigner.
Ce dernier avait haussé les épaules et souriait.
— Lui ! lui ! balbutiait M. Villeneuve effaré.
— Et vous croyez à ce que dit cet homme ! dit Boursault, d'un ton de compassion écrasante. Mais vous ne voyez donc pas qu'il est fou. Le malheureux a vécu depuis plus de vingt années, isolé dans son chagrin et
LA MAISON nu DAMNÉ 367
(Iaiî5 sa haine... ses facultés se sont affaiblies et je m*cton no qu'il n'ait pas accusé à ma place Tom ou votre lils lui-même.
INI. Villeneuve regarda Christian, pour s'assurer de rdfrt qu'avait produit sur lui la réponse de Boursault.
>!Mis Chi'iïitian n'avait ])as bougé et il s'était contenir «!■• .^.?c«):irr la léte par un geste farouche. . -
— Ah ! le temps das inianàies est pa?sé, répondit-il .d niic, voix énergique, tu m'as tenu tr()p d'aiinces sous
le joil,^ (i'uiie terreur imbtr-cilo, je relève enfin la tête, cl j.î«' (iclie. (/était p(^urei!c, | oui- mo pauvre hlanche, tpie jiVUKi taii-ais. Mais la voici morte mainlenaiit ! et (fesl la vcnveanc.î (ju'il uiv l'aul î Doursault, a-sassin et faussaire ! à ton tour de trembler, car c'est lécharauîl ou l(^ ba.î4n(î qui t'attend I
Puis se lournant vers M. Villeneuve .
— Pardon, Monsieur, ajouta-t-il, [)ardon ! jiî me laisse détournci', et j'ai autre chose à taire; il ne rjuifit pas, en effet, d'accuser ce misérable, il faut encore admiiih->tier les preuves de son criràic.
— Vous les avez donc?
— Taibleul
— jùt vous pouviez les doniier?
— Cornplètes.
— Uuand cela?
— A linslant inémc.
M. Villeneuve regarda soi) inieilocuteur ave^-vUA^ étt>nnemet)t mêlé d'inquiétude.
11 comu'.ençait à craijîdre (]ua Boursault n'eûtrlit vrai, et que ce maliieureux n'eut réellrmesit pas lor^ •>!-
son.
368 MÉMOIRES D'UN œMMISSAIRE DE POUCE
Et pourtant son regard était assuré et ferme, et aucun désordre ne se manifestait dans son attitude.
Christian soupçonna- t-il ce qui se passait dans l'esprit de M. Villeneuve, ou voulut-il de lui-même aller au devant de cette défiance. Toujours est-il qu'il fit de la main un geste qui semblait une protestation.
— Ah ! vous doutez, s'écria-t-il avec force, et les insinuations de cet homme vous ont trouvé crédule. Eh bien, venez, monsieur, suivez-moi, et avant un quart d'heure, vous aurez les preuves que je vous promets.
Et comme il faisait un pas vers la porte, Boursault bondit vers lui, et lui mit la main sur l'épaule.
— Christian ! dit-il d'un ton de colère aveugle, Christian, prends garde.
— Je n'ai plus peur ! répondit le vieillard.
— On t'a trompé, je te le répète, EUen n'est pas morte ; mais si tu fais un pas de plus...
Cependant M. Villeneuve s'était avancé à son tour, et debout devant Boursault, il l'enveloppait d'un regard sous le feu duquel ce dernier baissa le front malgré lui.
— Quel intérêt avez- vous donc à ce qu'il se taise? dit-il alors avec sévérité. Laissez ce malheureux accom^ plir son devoir, et ne tentez pas vous-même d'arrêter plus longtemps l'action de la justice.
— Mais...
— Nous vous suivons ! ajouta M. Villeneuve, en s'adressant à Christian Stern.
Et sans attendre de nouvelles observations, il sortit de la chambre, avec le vieillard.
Charles de RennevîUe et Boursault se tenaient à quelques pas derrière.
Sur le seuil de la porte, ce dernier voulut s'arrêter et gagner son appartement.
Mais il y avait là le brigadier de la gendarmerie de Merlac, et sur un signe du juge d'instruction, ce dernier s'approcha et lui prit le bras.
— Si vous le voulez bien. Monsieur, dit-il d'un ton à la fois poli et ferme, nous ne nous quitterons plus.
Boursault n'opposa aucune résistance.
Il sentait qu'il était perdu I... mais il n'y avait pas d*issue à la situation qui lui était faite, et il fallait obéir.
On se mit en marche.
En traversant le corridor du rez-de-chaussée, le groupe s'arrêta et prêta l'oreille.
On était à deux pas de la chambre dans laquelle était étendu le pauvre Nivert.
Il avait été repris par le délire, et chantait à tue-tête :
Allez-vous-en, gens de la noce, Allez-vous-en chacun chez tous.
Le grotesque se mêlait au terrible I
Chacun frissonna.
Cependant, il n'y avait plus à s'arrêter, la situation s'affirmait de plus en plus menaçante, et l'on allait au dénouement implacable î
Christian Stem marchait un peu en avant de M.' Villeneuve et de Charles de Renneville.
Derrière, venaient Boursault et le brigadier.
Et plus loin, le front penché, l'œil abattu, presque triste, le vieux serviteur suivait à pas lents et seul.
On traversa le jardin, puis on ^ai^w^V^^^xç.,
370 Ml':MOIRl!:S D'UN GOMMISSAIRR l)K POLICE
La nature semblait avoii' fait les frais d'une matinée splendide.
Le soleil étincelait radieux, mille oiseaux babillaient dans les arbres, Tair était parfumé et doux.
Mais qui soni^eait à cela?
Une fois en^aiçé dans le parc, Christian ralentit le pas, et le dos courbé, il parut chercher à s'orienter.
— Que cherchez-vous? demanda M. Villeneuve.
— Oh ! ce ne sera pas long, répondit le vieillard. Voyez-vous, il y avait autrefois ici un colombier qii? Ton a fait disparaître depuis lon.ixtemps, et ce sont les vestiges de ce colombier qui doivent me guider.
— Pourquoi ?
Christian jeta un cri.
— M'y voici ! dit-il. Venez î vcnc. î
Et entraînant le juge, il alleignit eniin un épais bouquet d'arbustes dont il écarta vivement les branches et dans lequel il pénétra avec assurance.
Au bout d un instant, il soulevait une trappe, et montrait à ceux qui le suivaient le commencement d'un escalier.
C'était là que le faussaire avait établi son atelier do fabrication.
Aucune autre preuve n'eût valu celle-là !
— Ah I le malheureux î le malheureux î balbutia M. Villeneuve, en détournant les yeux.
Boursault était terrifié, et sa main frémissante fouillait ses vêtements, ,comme pour y trouver une arme absente.
LA MAISON lïJ. DAMNÉ 371
A ce inoment, il sentit une main qui cherchait la siemie.
îi se re;oiirna, et aperçut Lanra qui était presque au.-si [)aie que lui.
— (jHoi I (|u V a-l-il ? d(Mnanda-t-il énerdu.
Laura lit un geste rapide et mystérieux.