‹ Mémoires d'un commissaire de policeChapitre 8 sur 29 · LA PATACHE DE JONZAC · texte numérisé non relu

LA PATACHE DE JONZAC

La mission que Boursault avait donnée au vieux Tom n'était pas précisément facile à remplir, et nous pouvons ajouter même qu'elle était légèrement imprudente.

Filer un homme comme Nivert, chercher à surprendre un secret qu'il entendait vraisemblablement ne livrer à personne, était une prétention à laquelle Boursault eût vite renoncé lui-même, s'il s'était donné la peine de raisonner un moment ses soupçons.

Mais, depuis son voyage de Paris, où il venait de rencontrer Albert Villeneuve, une sorte d'appréhension vague pesait sur l'esprit de Boursault, et il se sentait comme entraîné sur une pente mystérieuse et fatale. Heureusement pour lui, les èvèiv^nv^xA^ ^«s^SaxvV %^

précipiter vers une directioa imprévue, et les dangers qu'il pouvait avoir à redouter, allaient trouver leur atténuation naturelle dans le trouble provoqué par les faits qui se préparaient.

Nivert descendit à THôtel de la Poste, et selon le programme qu'il s'était tracé à lui-même, il eut, dès le premier jour, avec le maître de l'établissement, une conversation sur les ressources que pouvait offrir à l'étranger le séjour d'Angoulème et de ses environs.

Toutefois ce n'était là qu'une entrée en matière, pour ainsi dire insignifiante et sans portée, et l'interrogatoire sérieux ne commença guère que le troisième jour après son arrivée, au moment où il avait demandé sa note.

Ce fut l'hôtelier lui-même qui vint lui remettre la note réclamée.

— Monsieur nous quitte déjà? demanda-t-il d'un ton obséquieux. *

— J'ai quelques excursions à faire dans le département, répondit Nivert... mais il est probable que je repasserai par Angoulême, et je ne manquerai pas de descendre chez vous... Seulement, avant départir, je désire obtenir quelques renseignements.

— Je suis aux ordres de Monsieur.

— Ohl il s'agit de choses de peu d'importance... On m'a dit un grand bien de votre pays que je ne connais pas. Je vais le parcourir pour m'édifier et voir par moimême; mais je serais bien aise d'avoir, par avance, certaines données sur les propriétés susceptibles d'être vendues.

— Monsieur veut acquérir !

— Peut-être,

U MÉMOIHES D'UN œMMISSÂiRE DE POUCE

— Monsieur est chasseur I

— Un peu.

— Nous avons de belles chasses dans le pays.

— On me Fa dit.

— Il y a celles du marquis de Taillade, de M. le comte Robaux, de M. Boursault.

Nivert lit un mouvement.

— M. Boursault? interrompit-il avec vivacité.

— Oui, Monsieur, répondit l'hôte. Sa propriété, est située entre Angoulême et Jonzac... et Ton assure qu*il y a de la grosse bête.

— N'est-ce pas lui qui se trouvait dans la diligence de Paris, le jour où je suis arrivé?

— En effet I

— Avec sa fllle 1

Le maître d'hôtel fit un geste presque mystérieux.

— Quant à dire que c'est sa fille, répondit-il, ça, je n'en crois rien, et je pencherais plutôt pour sa nièce.

— Pourquoi donc? fit Nivert avec un commencement d'étonnement.

— Voyez-vous, M. Boursault est un drôle d'original, il vit là-bas comme un ours avec cette jeune fille qui est jolie comme un cœur» et il ne reçoit ou ne visite ses voisins que lorsqu'il s'agit de tirer un coup de fusil.

Aussi il a été tout de suite l'objet d'une grande réserve, d'une sorte de terreur même de la part des paysans qui n'appellent son habitation que la maison du

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