‹ Mémoires d'un condamné ou vie de ColletChapitre 10 sur 29 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Changement à Tué. — L'imprimeur de Luganô. - Théâtre de société. — Achat d'habits. — Je parti*

Mon petit domestique allait toujours train , ne s* occupant que de ses humbles fonctions.

Il était cinq heures du soir lorsque nons

-98- < partîmes de Turin. Au lieu de suivre la route de Mont-Genet, je pris celle de Bra et allai me fixer à Mondovi. J'avais fait disparaître ma décoration et me présentai sous l'habit bourgeois. Pendant mon séjour à Mondovi , je fis une échange de voiture ; j'en âcquis une magnifique pour deux mille francs de retour ; je fis aussi l'acquisition de deux jolis chevaux. '

Je renonçai aux titres de lieutenant et de légionnaire. Mon domestique devait m'appeler Monsieur tout uniment. .

Muni d'un passe-port de ma fabrique , je quittai Mondovi» pour aller à Lugano, où nous passâmes agréablement l'hiver, logés chez un maître imprimeur. Son état me plaisait infiniment. Avec huit cents francs, j'eus une petite presse sur laquelle je m'amusais à imprimer quelques petites compositions. . •

Mon jeune page se sentit lui-même quelques velléités de vocation pour la

typographie , que je me fis un vrai plaisir de seconder, en mar rangeant avec le maître pour qu'il lui apprît. son état.

J'étais assez répandu dans la société de Lugano. On ne s'amusait pas. Je proposai de former un théâtre de société , ce qui lut accueilli favorablement. Je devais fournir les costumes , pensant qu'ils seraient nécessaires à mes projets dans la suite. Le même marchand me vendit un habit de général brodé d'or, un de commissaire ordonnateur , trois soutanes noires et une d'évêque avec les accessoires , comme calotte , caraail , etc. Ces costumes étaient "faits d'après ma mesure ; je les mis sous clé et ne parlai plus de théâtre.

Je consacrai mes journées d'hiver à me fabriquer les pièces nécessaires pour remplir le rôle de prêtre napolitain exilé pour cause politique.

Gap était la ville que j'avais choisie

pour séjour. Je n'attendais plus que le printemps pour me mettre en route

Je quittai Lugano le 22 mars au matin, après avoir payé à l'imprimeur le temps d'apprentissage de mon jeune domestique.

Un postillon étranger conduisait la voiture.

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