‹ Mémoires d'un condamné ou vie de ColletChapitre 9 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Une panique. — Le commissaire- — Un encan. — Le petit domestique de iGans. — Le pauvre officier. — Bonne rencoutre. — Déguisement. — Rome.-r-Saint- Kexre. ^ Le «rd^ual Fcççh. — Escroquerie*. — Fuite de Rome.

La route de Naples à Capoue est belle à parcourir , en été surtout , où les communications entre ces deux villes sont très-fréquentes.

Le Vulturne arrose d'immenses prairies ; mille gondoles se balancent légères sur ses ondes qui ne connaissent pas la tempête ; le voyageur se complaît à jouir de ce spectacle , à moins que des idées plussérieuses n'occupent exclusivement son imagination. Sans être exposé aux chances des spéculations commerciales, sans me trouver dans l'attente cruelle d'une place que brigue une foule de prétendans , je ne cessai pas cependant de paraître fort sourcilleux ; mes compagnons de voyage , plus gais, plus bruyans, étaient trop bien élevés pour me faire remarquer ma taciturnité.

Capoue paraît avec ses remparts crénelés et flanqués de tours. Nous mettons pied à terre à la porte de la ville. Un essaim d'agens de police , il s'en trouve partout , entoure les voyageurs , demandant au nom des lois du royaume , la représentation des passe-ports , vous lor-

gnant , vous toisant , afin de reconnaître exactement si vous êtes bien l'individu dont le portrait est empreint sur la feuille exhibée.

Je remets la mienne, qu'ils se passent en me fixant, demandent au conducteur où je dois loger, et me rendent la voie libre dès qu'ils savent que je vais descendre à l'hôtel des Etrangers. Ils retiennent le passe-port.

Ces précautions, rapprochées de l'état suspect dans lequel je me trouvais, m'inspirèrent des craintes.

— Ai-je donc oublié quelques formalités essentielles en remplissant la feuille ? me disais-je. En ce cas, il est sage de rebrousser chemin.

J 'étais plongé dans ces réflexions lorsqu'un garçon de service m'avertit que j'étais demandé par M. le commissaire de police. Ce fut un coup de foudre. Je ne savais si je devais sortir par la porte ou

par la fenêtre : mon cœur battait violemment ; mes forces menaçaient de m'abandonner. La porte s'ouvre... M. le commissaire m'aborde le chapeau à la main et du ton le plus mielleux et le plus aimable:

— Monsieur le marquis , je viens de réprimander sévèrement mes auxiliaires qui, sans égard à votre rang et à vos titres, se sont permis de retenir votre passe-port.

Cette inconvenance ne se renouvellera plus, j'ose le croire ; en attendant, je me sais hâté de vous rapporter cette pièce , vous priant de pardonner à ces gens , en considération de leur mauvaise éducation.

Je n'osais parler tant mes lèvres tremblaient convulsivement ; je ne devais pas cependant rester court.

— Monsieur , répondis-je en me composant un peu , je ne saurais regretter ce léger incident , puisqu'il me procure l'occasion de faire connaissance avec ('homme du monde le plus poli ; et pour

voœ prouver que je nf garderai pas rancune contre vos subalternes, voici cinq louis que je vous prie de leur distribuer ; du reste, ils ont fait leur devoir : avec ce zèle , le gouvernement n'a rien à craindre de la part des malfaiteurs.

Une inclination profonde suivit mon compliment.

— Pourrait-on inviter monsieur à dîner avec moi ?

— C'est trop d'honneur , monsieur le oiarquis ; si pourtant ma compagnie ne vous était pas désagréable , j'aurais infiniment de plaisir à vous donner quelques renseignemens sur notre ville durant le dîner.

— J'accepte avec reconnaissance, à condition que vous mangerez d'une truite excellente, fraî .bernent pêchée dans le Vulturae ; cela ne nous empêchera pas de causer.

— Je craindrais de désobliger monsieur k marquis.

On se met à table. La truite est trouvée d'un merveilleux goût ; le cuisinier se gonfle et va mourir de joie tant on exalte sa capacité dans l'art culinaire ; les complimens absorbent le pauvre homme, au point qu'il sert le rôti avant la gibelotte , et un plat de champignons secs après le i dessert La conversation se reporte sur Capoue. Le commissaire est engoué de Capoue. C'est bien naturel. En moins d'une heure, je connais tous les magistrats, le clergé , les vertus comme les vices de la société. Enfin, l'article police arrive contre mes vœux : ce nom-là ne flatta jamais mon oreille.

— Vous ne sauriez dire le nombre de mauvais sujets que la police arrête chaque jour depuis quelques mois. Aussi l'administration vient d'agrandir les prisons.

Notre ministère devient de plus en plus fatigant; ne dormir ni nuit, ni jour, c'est tuant, et , si je n'attendais une

retraite digne de me récompenser, j'aurai bientôt renonce', au métier.

— Je conçois toutes les peines que vous vous donnez ; vous derez être Lien au fait des physionomies, et je suis persuadé qu'il serait difficile de se soustraire h votre ceil observateur , si prudent serait-on de prendre des dehors trompeurs.

— Oh ! pour cela, vous avez raison. Je sens l'homme à son habit ; un fripon ne m'échapperait pas , serait-il couvert d'or comme un général , imposant comme un archevêque. C'est une grâce d'état, monsieur le marquis ; aussi les voleurs , les escrocs , ont-ils soin d'éviter notre ville ; ils savent qu'un piège inévitable les y attend.

Pendant ce récit , je tremblais que l'adroit agent me sentit : j'éprouvais un sentiment pénible , une sueur glacée coulait sur tous mes membres , mon visage pâlit, je me voyais sur le point de défaillir.

Mon enragé commensal remarque ma position, qu'il attribue à la privation de l'air, et m'engage à la promenade, s'oftrant de m'accompagner.

Je ne me fis pas tirer l'oreille.

Quand nous fûmes en plein vent , je me trouvai mieux , mais j'avais garde de rechercher les yeux du commissaire. J'avais pris pour comptant tout ce qu'il m'avait dit concernant sa perspicacité.

Nous visitâmes les fortifications. A notre retour en ville , nous nous arrêtons à une vente de meubles . de voitures et au-

très marchandises. .

Je mets l'enchère sur un carrosse qui m'est adjugé pour dix-huit cents francs.

Tous ceux qui étaient présens prétendaient qu'il m'était donné plutôt que vendu.

Cette acquisition faite , je dis à mon cicérone qu'un domestique me devenait

mdisoensabie désormais.

— C'est vrai; je vais vous accompagner dans uue maison où vous trouverez facilement votre affaire. • * On mt présenta plusieurs jeunes gens que je questionnai.

Il s'en offrit un âgé de seize ans ; c'était on enfant naturel : <je le pris à mon service pareequ il était sans famille et que tous le» pays pouvaient lui convenir : cent cinquante francs de gage et son entretien , telles étaient mes conditions , qu'il accepta.

Je lui fis iaire une brillante livrée , lui < donnai des papiers , puis nous partîmes pour Gaëte.

Le commissaire avait bien voulu m'accompagner à la voiture.

La nuit nous ayant forcés de coucher à Mala-di-Gaëta , nous reprîmes la route le lendemain matin, à la pointe du jour, au milieu des fertiles coteaux qui servent de boulevarts aux petites villes d'Itri et de Fondi.

A peine nous avions fait deux lieues que nous rencontrons un officier voyageant à pied : le soleil dardait à pic. L'infortuné piéton , couvert de poussière et de sueur , était à peine reconnaissais. Sa position me toucha Je ne pouvais, en effet, me dispenser de lui offrir une place dans ma voiture sans manquer aux lois de l'humanité la plus ordinaire ; d'ailleurs, il ne pouvait nous gêner en aucune sorte. L'officier accueillit mon offre de bon cccur et avec reconnaissance. Plus tard , j'eus lieu de m'applaudir de ma bonne action. Il prit congé de nous à Tcrracine.

Dans la journée , le valet m'apporta un portefeuille qu'il avait trouvé dans la voiture en la nettoyant. Il pensait que c'était le mien.

Ce portefeuille contenait une commission de lieutenant, un brevet de chevalier de la légion-d'honneur et un congé signé du conseil d'administration du 10 e régi-

— Siment de ligne. Le temps du congé était périmé.

Parmi ces pièces se trouvaient plusieurs lettres de famille à l'adresse de M. Tholozan , natif de Lyon , le maître .du portefeuille, à n'en pas douter.. C'était une trouvaille d'or.

Je résolus d'en tirer bon parti.

Mon domestique me croyait bien marquis ; mais il ignorait 'mon nom, et cette circonstance me*mettait à l'aise pour m'arroge r de nouveaux titres. ,

Un habit noir est exhume de ma malle :

j'en décore la boutonnière d'un ruban couleur de feu , et, à l'aide de ce stratagème, je prévins la surprise du domestique au sujet du grand-cordon rouge qu'il devait me voir pour la première fois. J'avais perdu ma peine , car il n'y fit aucune attention.

Je passai le grattoir sur le brevet et la commission ; changeai les dates et ne re-

paras plus désormais que sous le nom de Louis-Charles- Alexandre Tholozan.

Nous broyons les payés de la via Pia qui sert de passage entre Naples et Rome, et qui divise parallèlement le canton de Mézia.

A droite et à gauche , l'œil du voyageur s'arrête avec tristesse sur des marais desséchés , ou surune terre qui doit sa récente fécondité à l'industrie d'un célèbre pape.

Déjà se montre le Tibre , roulant majestueusement ses eaux au milieu de deux rives que l'antiquité a célébrées. Bientôt se déroute, comme un vaste tableau , la capitale de la chrétienté , Rome, avec ses mille clochers , ses obélisques , ses temples : la coupole dorée de Saint-Pierre semble dominer sur tous ces édifices qui l'entourent ; le cœur se serre , puis se dilate pour se resserrer encore , aux approches de cette vaste cité. Nous volons comme un trait sur ces immenses trottoirs

où se confondent et se pressent, moines , soldats , mendians , nobles , magistrats et cardinaux , et nous descendons sous les larges portiques nV l f hô*eï dfcs Ambassadeurs-, non loin du palais Famèse.

Je devais passer plusieurs jours à- Rome pour en visiter les antiquités * Un jour que je visitais la basilique „ je fis rencontre d'un prêtre qui , après m'avoir accosté d'un air gracieux, voulut- bien m'expliquer le sujet de plusieurs tableaux.

Tout en parlant de l'habileté du pinceau de Raphaël , 4û conversation tomba sur la France.

-~ Y aurait-il de l'indiscrétion a demander à monsieur à quelle province il appartient?

— Pas le moins du monde. Je suis né à Lyon.

— A Lyon l J'en • suis fort aise ; en ce cas, nous sommes pays» Dieu soit béni !

Votre nom, s'il vous plaît?

— Tholozan.

Quoi ! vous seriez le beau-frère de mon ami M. de Courtine ?

Je me rappelai d'avoir lu des lettres signées de ce nom. Je me hâtai de les extraire de mon portefeuille pour les montrer à l'ecclésiastique.

— C'est bien cela ; je reconnais récriture de mon ami.

Ne, croyez pas que je souffre que le beau-frère de mon meilleur ami loge * ailleurs qu'au palais du cardinal. J'ai l'honneur d'être attaché en qualité de secrétaire à Son Eminence Monseigneur le Cardinal Fesch, Archevêque de Lyon.

— Vous me voyez confus de vos politesses ; j'accepterais votre offre avec reconnaissance si je n'avais un équipage et. . .

— Bah î bah ! votre voiture trouvera place dans la remise du palais.

Entraîné par des offres aussi obligeantes, je fis mettre les chevaux à la voiture,

et nous nous dirigeâmes vers le palais du cardinal , situé sur la place Colodna.

Je lus reçu comme un ami de l'arche-* vêque, qui était absent, înaisquej'on attendait. J'eus l'honneur de dîner avec l'abbé.

Pendant le repas, il me parla beaucoup de ma prétendue iamille, qu'il connaissait certainement mieux que moi. Aussi le laissai -je parler tout a son aise, me contentant seulement de tenir bonnes noies, afin de pouvoir glisser quelques mots touchant mon illustre famille

Le lendemain., M. l'abbé s'offrit de m'accorapacner dans mes visites. Ce tut dans cette course qu'il me procura la «on* naissance de l'ancien curé de Dijon , qui habitait* Rome depuis la révolution de 1 7g3» '«.i •

Partout j'étais présenté par M. Faux comme un personnage de la plus hante ; importance; en sorte, que j'étais accueilli le plus gracieusement du monde.

Cependant je ne pouvais m'habituer à ces longues et fastidieuses visites, où l'encens m'était prodigue' avec tant de profusion ; hommages que désavouait ma conscience, car je n'étais qu'un masque , un ■ roi de théâtre , dont l'existeuce éphémère ii 'est maintenue que par des accidens de peu de durée. Je voyais venir la fin du jour avec cette ardente satisfaction qu eprouve un homme chez qui le besoin de réfléchir et de se reposer se fait vivement sentir.

faire à Rome ? cette réflexion se réveillait mille fois. dans mon esprit, le soir , - lorsque retiré dans mon somptueux cabinet , je rêvais aux moyens d'augmenter mes richesses. •

Que faire à Rome ? étrange question ; embarras vulgaire. Qu'y faire ? exploiter les écus de l'oncle de Napoléon; il en possède assez pour autrui, et afin que ses amis n'en soient pas jaloux , les débarras-

ser de quelques piastres qui leur font appréhender le stilet de leurs avides voisins.

C'en est donc fait : Monseigneur l'archevêque me bénira et je le grugerai ; ses nobles amis exalteront ma naissance , je les duperai ; ensuite , arrive que pourra

Tous les serviteurs du palais s'apprêtent à recevoir leur illustre et vénérable maître. L'abbé Faux et moi allons à sa rencontre. Nous venions de franchir la cour d'honneur , lorsque l'arrivée du cardinal nous fut annoncée. Nous le reçûmes à genoux au bas de l'escalier qui conduit dans le» appartemens ; l'archevêque me donna sa bénédiction d'une main et de l'autre me releva.

Le prélat me parlait avec bonté , m'engageant à me mettre à mon aise. On servit un repas de vingt-cinq couverts.

Jamais je ne m'étais vu en aussi bonne compagnie.

J'étais en possession des bonnes grâces

de tous les seigneurs romains qui formaient la société de monseigneur Fesch.

Un matin f le secrétaire vint me tro\iver dans ma chambre. Je lui fis part de l'intention où j'étais de faire emplette d'un habit dont j'avais un besoin assez pressant.

Aussitôt le bon prêtre s'empresse de faire venir le négociant qui servait la maison.

Il arrive chargé d'échantillons de toute espèce ; mon choix fait , je payai comptant.

— Monsieur le marchand, je vois avec plaisir que vous traitez convenablement I amt du cardinal , quoiqu'on ne Soit pas à " vingt francs près quand on est miU lionnaire comme monsieur.

Ces raôts sonores firent effet Snr l'organisation du vendeur. Un rire approbateur passa sur ses lèvres , puis il se retira en me faisant une profonde inclination.

Mon domestique ne savait de* quelle fabrique était sorti lillusfre toâtquis qu'il

ayaît l'honneur de servir ; il s'estimait heureux d'avoir trouvé un si bon maître.

On sait que les chevaliers d'industrie laissent rarement échapper l'occasion d'augmenter leur fortune.

Les millions que me donnait si généreusement le secrétaire du cardinal , en présence du marchand de drap, s'offraient à mes vues comme un moyen infaillible de tromper le trop crédule négociant.

En effet, j'allai le trouver quelques jours après notre première entrevue , ne lui parlai phis qu'en millionnaire, lui promettant de l'employer pour le recouvre-* ment de mes rentes pendant mon séjour à Rome ; en sorte qu'à ma seconde visite je lui souscrivis un effet de soixante mille francs qui me furent comptés sur le champ.

Nos conditions étaient celles-ci : le silence le plus absolu de sa part ; de la mienne , l'engagement de négocier avec lui deux cent cinquante mille francs

— gopendant les quatre ans que devait durer mon séjour à Rome.

Un court entretien que j'eus occasion d'avoir avec le banquier de l'archevêque, un jour qu'il était- venu au palais pour y traiter d'affaires d'intérêt , me suffit pour lui emprunter trente mille francs.

Nos conditions furent les mêmes qu'avec le commerçant.

Un confiseur, pensant obliger un homme de qualité , un ami du cardinal surtout , m'ouvrit sa bourse et me prêta cinq mille francs. L'orgueil et l'or sont les principaux mobiles de toutes tios actions.

J'eusse dévalisé jusqu'au dernier marmiton de la cuisine archi-épiscopale, tant je me mettais peu en peine de la bassesse ou de l'élévation de mes dupes.

Le jardinier de Monseigneur, brave homme qui avait fait quelques économies à la sueur de son front..., je lui extorquai dix-huit cents francs ; c'était tout son avoir.

Je ne pouvais épargner le lapidaire. J« fis chefc lui une arcquisiton de soixante mille francs de bijoux , payables en trois termes , vingt mille francs chaque fois.

Voici ce que fait un filou à Rome. Je n'y étais pas venu effectivement pour faire des vœux sur le tombeau des saints apôtres, encore moins pour me contenter de la stérile bénédiction de l'illustre parent de l'empereur. Je visais au positif.

Mon séjour à Rome ne devait pas se prolonger plus long- temps. Néanmoins , je voûtais signaler les derniers jours que j'y demeurai par quelques nouveaux tours.

Me trouvant seul dans le cabinet de M. Faux, que je bouleversai sans dessusdessous , je m'emparai de certain nombre de modèles d'actes de prêtrise en blanc et une bulle de nomination fl'évêque.

Enfin le jour du départ arriva. Je pris congé du cardinal, après avoir reçu sa bé-* nédiçtion à ses pieds.

Je voyageais avec mon domestique,, mais non pas isolément ; nous suivions une autre voiture dans laquelle se trouvaient trois religieuses , un ecclésiastique , une vieille marquise et trois négocians de Florence ; ces derniers avaient été témoins des adieux, que m'avait faits monseigneur Fescli , qui s'était engagé à nous écrire à Florence, Bologne, Milan, Turin.

A Viterbe , nous visitâmes le corps de Sainte-Rose, déposé dans une chasse magnifique. Mon esprit, toujours remuant, visait encore au» moyens de faire de nouvelles dupes dans le nombre des voyageur»

composant notre convoi.

A Sienne , la cathédrale fixa notre curiosité. Nous retrouvâmes dans cette basilique le pinceau de Raphaël.

Sur Je pointide nous mettre h table , je me plaignis d'avoir perdu ma bourse que je disais contenir cent cinquante pièces d'or ; afin de donner plus de poids à a cetU

historiette , je fis crier mon argent par toute la ville, promettant une bonne récompense h celui qui me le remettrait.

La bourse ne se trouva pjpint ; les bons voyageurs, plus affligés que moi, s'empressèrent de me faire leurs offres de service.

C'est là que je Us voulais. J'acceptai après avoir Util quelques difficultés pour la frime, et oon tractai un effet signé Tholozan.

J'avais tout à redouter de la correspondance du cardinal. Rendu à Florence, je m'informai s'il n'y avait point une lettre à l'adresse de notre conducteur. On m'en remit une dont je pris connaissance sans 'entamer le cachet; puis je la refermai soigneuse ment : le prélat me comblait de bénédictions.

A Bologne , même démarche de ma part. Pour le coup t le cardinal ne m'accompagnait plus de sesvrcnx; il écrivait tontes mes turpitudes. Le marchand de

drap , le banquier , le confiseur et le jar*dinier avaient porté plainte contre moi.

On était parvenu à savoir qui j'étais et de quel couvent }ê sortais. Les pères de la mission , ne me revoyant plus , avaient écrit au banquier de Naples qui sut du jeune voiturier que j'avais employé , la conduite que j'avais tenue , et la route que je me proposais de prendre. Le commissaire de police à Capoue donna luimême des renseignemens, et c'était pour venger la société et Sa Grandeur , que l'archevêque donnait l'ordre de m'arrèter et de saisir mes fonds et les bijoux dont j'étais en posssesion.

Je ne remis pas cette lettre.

Je dis au conducteur de notre petite' troupe que je n'avais rien trouvé pour lui à la poste.

Nous sommes à Milan. Encore une missive de Son Eminence. Le révérendpère était prié de mander à Rome , cour-

rier par courrier , le montant des somme* et le nombre de bijoux saisis sur moi. Je brûlai la lettre.

A Turin , même cérémonie.

Le correspondant du cardinal s'étonnait de son 1 silence; j'étais content de moi ; mais , ô malheur ! La marquise reçut une lettre de son mari où j'étais peint trait pour trait.

Elle vint trouver le père Polliard , lui communiqua la lettre fatale ; aussitôt je suis demandé par l'abbé.

— Voici , me dit-il , le véritable motif du silence de Son Eminence. Je vous engage à changer de route si vous ne voulez pas être arrêté.

— Tout cela n'est rien , mon révérend père ; on me poursuit parce que je me suis permis d'appeler en * duel mon chef de bataillon.

— Ç'est égal , Monsieur , prenez une autre route ; vous voilà cent cinquante

pièce» de cinq francs qui vous aideront en cas de besoin.

Le bon religieux versait des larmes : je lui baisai les mai us et pris congé de lai.

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