CHAPITRE XI
Le froc dans la malle — Mou voyage à Paris. — M de Saint-Germain. — Les chefs de division — Mon brçvtf de ft f flippant pot? &f< fo,*.
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sur le parti que j'^is prewfcîe J&P at-
tendant ma décision , je fis descendre une malle de sur l'impériale de la voiture ; j'en tirai un costume bourgeois que j'endossai f et je mis à la place ma soutane qui m'avait valu tant d'honneurs, mais qui aussi m'avait fait maudire ma mauvaise étoile. Semblable au Renard de la fable revêtu de la peau du Loup , je craignais toujours les dangers de cette position empruntée ; aussi je ressentis une grande satisfaction quand j'eus quitté le froc épiscopal.
Je me décidai enfin pour la capitale.
Je fis mettre des chevaux à la voiture et m'acheminai pour Paris sans trop savoir pourquoi j'allais là plutôt qu'ailleurs.
C'était mon Rubicon.
Comme j'avais des passe-ports de rechange, j'en exhibai un dans mon hôtel, qui convenait parfaitement à ma position bourgeoise. J'en fus quitte pour le faire voir cette première fois.
11 y avait déjà quelques jours que j'habitais la capitale, lorsqu'en me promenant aux Tuileries, je fis la rencontre de M. de Saint-Germain, auquel j'avais été recommandé à mon entrée au Prytanée de Fontainebleau, et dont je n'avais eu qu'à me louer pendant que j'y restai. Sa surprise fut grande de me voir là. Après les complimens d'usage de part et d'autre, je l'invitai à venir dîner à mon hôtel. Il est bon que le lecteur sache que si j'ai eu beaucoup d'autres défauts, je n'ai jamais péché par les qualités du cœur ; jamais je n'ai eu l'ingratitude en partage. Il suf usait que quelqu'un m'eût obligé pour lui en témoigner ma reconnaissance à la première occasion, et ne jamais oublier les bienfaits que j'en avais reçus.
M. de Saint-Germain accepta mon invitation, et je lui fis servir un dîner de mon mieux.
Fendant Le repas, la conversation roula sur mon service militaire. Mon conyiye entra dans beaucoup de détails pour tout oe qui m'était personnel. Je lui forgeai un tas de mensonges artistemens rangés ; il n'y yit que du pieu ; il me crut sur parole et me promis de nouveau sa protec^ *ion poar me faire rentrer au service avec quelques avantages. Pou? l'engager à me servir plus chaudement , je lui glissai dans la main un rouleau de cent pièce* d'or, paroeque )« savais bien qu'à Paris comme partout ailleurs c'était le plus puissant stimulant. Il fallait bien Le couvrir aussi des petits sacrifices qu'il aurait à faire dans les démarches qu'il allait entreprendre en ma fayeur. La chose, au surplus, ne parut pas lui déplaire. Il me donna son adresse et nous nous séparâmes.
Le lendemain, je reçus une lettre par laquelle il m'invitait à dîner chez lui. Je
manquai pas de répondre à son invitation, et au jour donné je fus le premier rendu de ses convives.
Il eut le temps de me dire que j'allais avoir l'honneur de dîner avec deux chefs de division du ministère de la guerre.
A peine avait-il achevé qu'ils entrèrent.
Nous les reçûmes avec tous les égards qui leur étaient dus. Après les complimens et les civilités d'usage , on se wit à table et on nous servit un repas des plus somptueux et vraiment digne de gens du haut ton.
Que de ministres qui n'en ont pas toujours fait de si bons !
Pendant le temps que dura ce dîner t mou protecteur engagea la conversation sur mon compte, en sorte que ces Messieurs me promirent d'arranger mes affaires tout à mon avantage. J'avoue pourtant que je n'y croyais guère ; car je connais l'eau bénite de cour, et je pensais que MM. les chefs de division ne s'occuperaient grère
de moi, une ibis qu'ils seraient sortis de chez notre hôte. La suite me prouva que j'avais mal auguré de'leur zèle à servir mon protecteur. En effet, trois jours après, je reçus une commission de lieutenant au 47*1» de ligne , qui était en garnison à Brest. J'en fus d'autant plus surpris que je m'y attendais moins, et j'ai toujours ignoré les moyens qui furent employés auprès du ministère pour en obtenir si facilement un si grand avantage.
Je partis de Paris sous quinzaine , pour me rendre à ma destination, avec l'uniforme du corps , que je m'étais fait confectionner pour ne pas arriver au régiment comme un conscrit; me rappelant ce qui m'était arrivé à Brescia.