II.» IV
Ma sortie du bagne. — Mon protégé — Maison garnie. — Persécution. —Mauvais conseils. — Suite* funestes. — Les frères de la doctrine chrétienne à Toulouse .
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Comme il ne me restait que très-peu de temps à faire et que j'avais de l'argent , mon séjour au bagne ne fut pas de longue durée. 1 " ■ '
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Enfin, le jour de la liberté arriva ; je fixai ma résidence à Passin, canton de Champagne t arrondissement de Bellay, département de l'Ain , lieu de ma naissance.
En passant à Valence , je voulus emmener avec moi mon protégé; mais M.
le maire s'y refusa. Après avoir lu mon ordre de route, il me dit qu'il ne consentirait au départ du jeune homme que sur l'invitation de l'autorité locale de Passin.
Je fus contraint de me conformer à ces dispositions.
l<e niaire de Paffti» retira ma feuille de route et me remit en échangé mon congé.
Il m'importait beaucoup de me loger le plus convenablement possible. Maison, meubles (| do^t^igue^, ^Sth fut l aiTaire. de, quelques jours.: j^ai% sm> de payer comptant.
Toutes choses ainsi disposées, jje^fjs
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venir ma sceur pour tenir ma maison ; un garçon ne peut pas entrer dans les petits détails du ménage.
Je semblais annonçer le désir sincère de vivre en honnête homme ; mais il était écrit au ciel que je devais fournir jusqu'à la fin une carrière de tribulations et de crimes.
Le bruit de mes brillans exploits vint aux oreilles des autorités de Passin , et les remplit de terreur. Aussitôt elles se déchaînèrent contre moi avec une espèce de fureur qui semblait tenir de la rage, au point que j'étais environné de persécuteurs.
Le sous-préfet écrivit au maire d'exiger que je me présentasse plusieurs fois dans le même jour à la mairie , ce qui me devint insupportable , vu ma qualité de propriétaire ; mesure d'autant plus rigoureuse , que , domicilié dans cm petit village , tontes mes actions étaient connues des habitans
Cependant je me soumettais à cette inique exigeance avec une entière docilité , pensant qu'il n'y avait pas d'autre moyen de fléchir mes persécuteurs.
Mon seul et unique plaisir était de faire autant de bien que mes facultés pouvaient me le permettre.
Je suppliai le maire de Passin d'écrire à celui de Valence pour qu'il permît à mon protégé de venir me trouver , ce qui se fit au gré de .mes désirs.
Ma conduite aurait dû fixer en ma faveur l'attention de l'autorité ; mais point du tout. On inventait chaque jour de nouveaux moyens de persécution , afin de me rendre de plus en plus malheureux.
Le curé de la paroisse voulut aussi se mêler de me tourmenter. Quoique ministre d'un Dieu de paix , il poussa la méchanceté jusqu'à prêcher au préjudice de mes intérêts sans cependant décliner mes
noms , mais s'exprimant de manière à ne pas occasionner de méprise sur mon compte. Je me plaignis de tant de persécutions commises au mépris de toutes les lois; mes plaintes lurent inutiles. Enfin, je supportai ces vexations avec une patience inconcevable. Je me consultai à plusieurs hommes de loi qui me donnèrent raison, mais j'eus le malheur de m'adresser un jour à un certain Charpentier, ancien avocat, qui me conseilla de rompre mon ban de surveillance. Je ne sais trop comment il intrigua. Il sut me procurer uu passe- port pour le département de l'Arriège, où il m'offrait, disait-il, un commode asile.
Je me laissai prendre à ce piège. J'avais remis à cet homme la somme de 10,000 francs : je m'occupai de mon voyage : mon protégé partit le premier pour Valence et je le suivis de près, n'ayant rien vendu de ce qui est encore aujourd'hui ma propriété.
Je gagnai , a marche forcée , le lieu que m'avait indiqué ce scélérat et n'y trouvai rien de ce qui m'avait été promis. J'éprouvai un mortel chagrin. Ah ! combien je pleurai la sottise que j'avais faite de rompre mon ban de surveillance ; j'étais désolé , désespéré.
Je revins à Toulouse, où je séjournai quelques jours
Un matin, j'entrais dans un café pour prendre une tasse. Je m'avisai de prendre un journal : le premier article (Hii sauta à ma vue me concernait ; il m'apprenait les poursuites qu'on dirigeait contre moi. Je ne savais à <piels saints me vouer , car j etais rempli de bonnes intentions.
J'allai oie réfugier chez tes bons et honnêtes frères de la doctrine chrétienne, avec l'intention de finir ma carrière dans leur communauté : je m'y fis recevoir* Je mis une bonne somme en er k h» disposition du directeur, ainsi que quelques antres
bijoux , tels que bagnes , montre* eh diamaiitf* montre d'or à répétition , chaînes , cHs i cachets , suspeusoirs et antres joyaux dë même métal.
En très- peu de tértips i je me vis considéré de tous ces bons frères qui avaient cette simplicité et cette candeur (jul hispiretit de la vénération aux hommes mêmé lest plus impies et lës plus libertins ; Ils me traitèrent tout autrement qti etix-toêmes. Jé mangeais * h tâblé du 1 dîrectéur :
le* met» les mieux préparée étaient poW m*oi; je remarquai dette exception et mea plaignis au directeur qui me ré{Mmdh :
-u Un religieux dôit ; se laisser èdiidniré par ses su^ériàif»; m ï6ti eii ttsC dë U la sorte k vôtre égard , c'est que l ? Wi péris* que cette précaution eat nécessaire port xw pas exposer votre sauté à quelques déraflgemens en vous priant tôut^ébiip de votre nourriture orotfriaitfe! bailleurs/ l'intention èé la tfofflmunartté ést dé vouî*
appeler peu à peu aux usages voulus par la règle de l'ordre. Je m'inclinai profondément , ajoutant que tous mes sacrifices étaient faits ; que leur volonté serait désormais ma règle, mais que je les suppliais de supprimer la différence de mets le plus tôt possible; qu'avec l'aide de Dieu et le secours des prières de la communauté j'espérais pouvoir observer le règlement dans tous ses points.
Le directeur m'embrassa , les larmes aux yeux ; j'avais moi-même le cœur gros comme une montagne : il me fut même impossible de retenir mes larmes.
Il fit un petit discours aux frères qui se levèrent et chantèrent un Laudate. Ah !
ils avaient bien plus de raison pour chanter un Miserere !... <>
Tout m'engageait à rester avec ces pieux solitaires : j'y étais très-disposé; mais le diable devait me tendre de nouveaux pièges et m'obliger de sortir de cette retraite.
Six mois s'écoulèrent sans que rien ne troublât ma tranquillité.
Au bout de ce temps , je fis rencontre d'un sieur Baudin qui avait été mon camarade de prison a Montpellier.
Autre obstacle à mon repos.
J'entrepris d'acheter son secret me concernant , en cherchant à satisfaire sa première cupidité ; mais il devint insatiable : en sorte que je ne voyais plus de salut que dans la fuite.
Quel embarras ! comment retirer les fonds et les bijoux que j'avais déposés ?
il fallait cependant en trouver le moyen.
J'étais extrêmement peiné de me voir contraint , par la plus impérative des nécessités , de recommencer de nouvelles intrigues : j'avais ces deux chances à courir , ou fuir , ou rester pour me voir arrêter. On pense bien que la fuite fut le parti que je pris, dans l'espoir de trouver un sol pius heureux pour moi.
Je commençai par me faire recevoir une lettre qui me donnait avis cfun envoi de cent mille fardes, provenant de la vente de l'une de mes propriétés.
Les directeurs me demandèrent ce que j'entendais faire de cette somme.
— Ce que j'en veUi farine ? lent têp&ndis-je : mes intentions sont d'acheter une propriété dans l'intérêt de l'ordre qui a bien voulu' me recevoir ad nombre de ses religieux. Je me propose d'établir ua noviciat hors de la ville.
Les bons irères me saluèrent très u respectueusement , disant :
— C'est Dieu qui vous a envoyé au milieu de nous ; bén* soit le jour où vous êteà entré dans notre maison.
De ce moment, ils redoublèrent de soin» et d'égards.
Quelques Jours s'écoulèrent , pendant lesquels je dressai mes plans pour assurer le succès de mes nouvelles- entreprises
J'allai faire visite à M. Payant, notaire; je lui fis part des prétendues intentions où j 'étais d'acheter une propriété pour en faire un noviciat; )e hii demandai s'il en connaissait dans les environs de Toulouse qui fussent tu vente. Il m'en indiqua une située dans la- commune de Cugnaux, appartenant à M. Laurent La jus. On envoya chercher ce propriétaire, et noufr convînmes du jour et de l'heure où nous devions aller visiter son domaine..
À ma rentrée au couvent , je fia part du résultat de mes démarches aux dirffc-
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dans nia visite:.. Enfin, au jour fixé, nous partîmes; pour Cugnaux où le maire et le curé nous firent visite.
La propriété convenait parfaitement au genre d' établissement que je voulais former; seulement la maison, telle qu'elle se trouvait, exigeait quelques légers changeraens.
Le curé et le maire vinrent dîner avec nous dans la maison Lajus : ils me complimentèrent sur l'heureux emploi que je prétendais faire de ma fortune*.
Après le dîner, nous reprîmes la route de Toulouse, où nous passâmes l'acte de vente sans que je déboursasse une obole à M.
Lajus, qui n'en était pas moins au comble de la joie.
Il avait trouvé un acquéreur accommodant. Aussi les clés me furent-elles données aussitôt l'acte passé.
Au moyen de ces subterfuges , il me fut facile de retirer les ionds et les bijoux que j'avais déposés , feignant du reste d'avoir des besoins pour faire honneur à mes engagemens.
J'en parlai aux directeurs , qui me dirent que je pouvais , non seulement disposer de ce que j'avais apporté à la communauté , mais que tout ce qu'elle possédait était à mon service, et, pour en finir , ils
me confièrent les clés du coffre -fort, qu'ils tirent porter dans ma chambre.
Ainsi donc, j'avais sous la main , non seulement ce qui m'appartenait , mais encore ce qui était à ces bons et généreux frères.
Il ne s'agissait plus que d'assurer ma fuite.. J'écrivis à M. La jus pour le prier de me venir voir. Lorsqu'il fut arrivé , je lui déclarai que je ne pourrais le payer qu'à la fin du mois que nous allions prendre.
Au même instant , l'économe me; demanda des fonds pour les dépenses ordinaires de la maison. Je tirai du coffre 1200 francs que je lui rerais. ... . 5
Lajus sourit en disant :
— Vous êtes donc le trésorier de la communauté ? : :. *!m«: * S
— Mais oui , je suis chargé de cet embarras-là ; je voudrais bien avoir reçu mes fonds, je vous assure, car. je me trouve un peu gêné.
— Alors, mon très-cher frère, répondît M La jus , j'ai quelques mille francs à votre service.
Je remerciai ce brave homme en acceptant de lui 3o,ooo francs à titre de prêt.
J'empruntai à d'autres personnes :
i5,ooo francs à M. le comte Lespinasse , 20,000 à la comtesse de Gruesse, 5,ooo à M. Bernard, médecin de la maison , 3,000 à M. Cambon , grandvicaire, 1 ,000 à M. Laroque son confrère, et plusieurs autres petites sommes de deux , trois , quatre et cinq cents francs ; toujours fidèle à suivre le système que j'avais employé chez le cardinal Fesch , je recommandai à mes dupes la discrétion la plus absolue.
Ces honnêtes gens me prêtaient leur argent dans l'unique intention de oV bliger et de rendre service à la communauté dont je me disais le protecteur.
Après nue tejlc conduite , ik metait impossible de demeurer plus long-temps Janft la maison. Q« m voir de quelle manière Je me suis tiré du mauvais pas où je me trouvais.
l\ y avait déjà quelques jour» que mes générosités me fonnaieut un degré de 5up4ripritié sur les autres religieux. Un jo^r, s'étan* assez m\ comportés durant une r hçuwi* j<? Hfl» fis de légère reproches , et , prenant un, ton de maître g Je leur imposai , pour pfotonce , A'*U«r travailler à la maison de campagne , soit à, labourer Je jardin , spû à dânfelir flusjeurspnsdff lAurailles dont les décoruhr^ devaient servir au*4iwses. réparation»
f rétat.aqtue,l 4e |a jnajsqn,
— Cojumept nourrira^qn leftreligwM dans qette jou*n*e o> ,pe^9Cfc? de«an-
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— Ecoutez, répondis-je, ra^i i^tion étant de dépeupler le colombier et la
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basse-cour , je les condamne à se nourrir de volailles.
Ces bons solitaires acceptèrent la pénitence avec d'autant plus de docilité qu'ils n'étaient pas dans l'habitude de vivre de poulets ; pour le vin , la cave en était fournie d'excellent.
Le jeudi , cette petite troupe , le cœur contrit , le visage riant , se mit en route.
Je l'accompagnai jusqu'au faubourg Saint- Gyprien ; j'allais prendre congé deux lorsque le supérieur m'appela et me
— J'ai cassé le verre de ma montre, et perdu la clé; voulez-vous bien avoir ta bonté de faire réparer tout cela ? * j
Je pris la montre et retournai au couvent. > Dans l'absence des frères ; je fis charger déux voitures, et partis . emportant tous les fonds qui se trouvaient dans le cofire-tortV Y n i**»»"'^ ~