‹ Mémoires d'un condamné ou vie de ColletChapitre 22 sur 29 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Les journaux annoncent ma fuite de Toulouse- — Ce que firent les frères à Cugnaux — Visite d'un maire. — Je me fixe à la Rochebeaucourt chei le commissaire de police.

Un homme dont les sentiraens sont droits et la conscience tranquille ne cherche jamais à éviter la rencontre 4e ses semblables ; moi qui n'étais pas précisée

— Moment dans ce cas-là , je suivais dans ma fuite des sentiers tortueux, loin des grandes routes, et l'on devine aisément pourquoi.

A Montauban , je renvoyai le voiturier Gervasi qui m'avait conduit , après l'avoir généreusement récompensé.

Je pris des chevaux de louage pour aller à Cahors et de Cahors à Gourdon.

Là, j'achetai deux chevaux ordinaires pour trente lonis. J'organisai mes affaires de manière à pouvoir voyager seul ; je suivis les routes de Sarlat , Montignac , Périgueux , Brantôme et j'arrivai au Pleissac suivi de tout mon bagage.

J'étais descendu au Chasseur de la Garde avec l'intention de me fixer en cet endroit, attendu que je me trouvais très-fatigué.

Cette retraite me convenait sous tous les rapports. 'Elle était écartée de toutes les routes , et l'auberge où je logeais était sente dans l'endroit.

Digitiz

Je comptais y demeurer quelque temps; mais comme j'étais sans occupation , je priai le maître d'hôtel de me procurer les journaux de Nontron ou de Brantôme , que je reçus effectivement à quelques jours de date de différence. Dans ceux des 4 T 5, 6 et 7 mai , en priait de ma fuite de TtWouse , avec la phis scrupuleuse exactitude; de la conduite que tinrent les frères à leur retour de Cugnanx ; : des travaux qu'ils y avaient exécutés , et dfc l'embarras du sieur Lajus ; du chagrin des religieux et de la douleur de tous eeux qui avaient eu le malheur de me prêter de l'argent , et enim des poursuites que l'a» dirigeait contre moi.

Maintenant voici le récit de ce qui * advint aux frè res de la doctrine chrétienne.

V leur arrivée à Cugnanx , ils- se mirent en devoir de ravager basse-cours e* colombier; le sang ruisselait comme sur un

champ de bataille ; la terre était jonchée de cadavres ailés; poules, poulets, canards et dindons expirèrent l'un sur l'autre à cette heure maudite ; il n'en resta pas un pour annoncer aux autres la nouvelle de cet horrible désastre.

Semblable à une ville prise d'assaut , la maison de campagne fut livrée an plus affreux pillage ; l'ennemi ravagea les caves , le jardin , n'épargnant même pas l'édifice lui-même , dont il ne resta pas pierre sur pierre.

Après ces incroyables prouesses , les religieux revinrent au couvent. La scène avait change de physionomie : l'homme aux rentes , l'élu de la communauté avait disparu avec le trésor. Quelle déception !

Le chagrin et la confusion étaient dans la maison. Les classes demeurèrent fermées durant quelques jours. M. Lajus se livrait au plus amer désespoir : il perdait non seulement 3o,ooo francs , mais il avait

encore à déplorer les dégâts qu'on avait faits dans sa propriété.

Ces détails, annoncés clairement dans les journaux, n'étaient pas sans me donner de la peine. Cependant je crus devoir garder le même séjour , pour laisser au temps le soin de dissiper l'orage qui grondait sur ma tète.

Les événemens se pressaient : comment pouvoir faire face à tous les obstacles qu'occasionnait ma fâcheuse position ?

Les bienfaits que je répandais dans la commune semblaient même se tourner contre moi.

Mes nombreuses aumônes donnèrent lieu à mille conjectures. C'est quelque grand seigneur, disaient les uns ; c'est peut-être un des officiers de la suite de Bonaparte , disaient les autres. Ces bruits dénués de fondement engagèrent le maire à me venir voir. Il fut accueilli avec respect ; sur ce qu'il me dit touchant les

bruits dont j étais l'objet , je lui montrai mon passe-port; ensuite il m'engagea à me répandre dans la société.

Je crus devoir suivre ce conseil afin d'éviter des eïplications , et , a cet effet , j'allai me fixer à la Hoche beau court ( D ordonne ) , chez M. le commissaire de police Lafond.

Justement au moment où je me présentai chez lui , il venait de recevoir mon signalement qu'il me montra , et me raconta la plupart de mes aventures, que je connaissais mieux que lui. Je fis l'étonné et me contentai de dire que ce coquin-là méritait d'être pendu. Ah ! si M. le commissaire avait su qui j étais !. . .

Après avoir resté quelques jours chea lui , je fus loger à l'hôtel du Grand-Cerf.

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