CHAPITRE XXI
Jt commets de nouvelles escroqueries au Mans. — On me dénonce. — Mon arrestation.
Je suis au Mans. C'est dans cette ville de pénible mémoire que doit s'opérer le dénoûment de ce drame dont on a suivi la marche avec é ton ne ment et non pas sans
horreur. Il va bientôt s'évanouir comme un songe , ce fantôme de gloire que je croyais avoir saisi ; et le masque sous lequel j'ai figuré et dont le prestige a tant de fois ébloui les hommes les plus éminens en vertus et en dignités, va tomber pour ne laisser voir qu'un homme ordinaire »
que dis-je ? un criminel.
Il est temps que ce corps qui s'est paré tour-à-tour des habits de général et d'évêque , endosse la livrée des galères ; il est temps que ces mains qui ont souillé l'encensoir et profané l'antel soient emprisonnées dans des fers. L'heure de la vengeance a sonné : la société me désigne au bourreau, et la justice humaine ouvre pour moi la porte d'un bagne.
Je louai un hôtel , m'entourai d'un nombreux domestique , répandis des aumônes à pleines mains , achetai des pro^ priétés sans marchander, pour ainsi dire- Par ce moyen, j'eu£ bientôt fait connais-
sance des seigneurs manseaux. J'avais plusieurs centaines de mille francs à placer sur des propriétés , ce qui ne laissait pas que de me donner beaucoup de relief.
Le premier domaine qui fixa mon choix fut celui de la Chouanais , appartenant à M. Durouceret. Convention laite avec ce propriétaire, il me pria de conserver ses fermiers en raison de leur zèle et de leur probité. Je n'avais pas de raisons peur agir autrement
A quelques jours de là , j'échangeai cette propriété , pour des diamans , au sieur Trolait^-Gabaut , bijoutier , et , non content d'engager la Chonanais , que je n'avais pas payée au propriétaire , je lui vendis aussi des terres qui n'avaient jamais existe, et que cependant il me paya fort bien.
Si ce fait n'avait pas été constaté par les débats , je n'oserais en parler, tant il paraît extraordinaire. Il fallait, en effet,
avoir affaire à un acheteur tel que Trolait- Gabaut pour faire de pareils marchés.
• J'avais fait distribuer aux pauvres du pain , de la viande , des vête mens et des souliers, ainsi que plusieurs autres objets ; négligeant de payer les fournitures du mois précédent , car il fallait fuir de nouveau.
Avant de plier bagage , j'achetai à M.
de Beauregard une voiture sur un effet signé Gallat. Le lendemain à dix heures du soir , le Mans ne me possédait plus.
Le bruit de mes exploits ne tarda pas à retentir dans la ville. Les limiers de la police se mirent à ma poursuite : cette fois ils atteignirent le gibier. Mon étoile pâlissait à vue d'oeil. Ce fut sous l'escorte de deux gendarmes, en périsse la mémoire !
que je revins au Mans coucher en prison.
Le voile qui, jusque-là, avait couvert mes iniquités , les laissa voir dans leur hideuse nudité : pas une circonstance ne fut ca-
chée. On connut ma fuite du couvent des missionnaires , mes escroqueries à Naples , à Rome , à Valence , à Avignon , à Nîmes , à Montpellier , à Toulouse , à la Rochebeaucourt et au Mans.
Lecteur je vous attends a la cour d'assises.