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Je l'entendis et me promis à moi-même de lui faire payer cher son conseil. Le lendemain, on voulut suivre l'avis du général ; mais j'en esquivai les conséquences en me sauvant de la maison paternelle. Lorsque je passai devant le pâtissier du général D..., il me vint une idée que je mis de suite à exécution.
Je commandai pour son compte vingt douzaines de petits pâtés.
Après cette plaisanterie, qui avait fait beaucoup de bruit, il m'était impossible de rester dans le village. Tout le monde riait du général et de l'affaire des petits pâtés. Mais ma vengeance n'était pas complète.
La femme du général était enceinte.
Comme elle était très-riche , j'imaginai de lui jouer un tour qui ne lui ferait pas grand tort. Je cherchai dans les campagnes voisines des nourrices pour l'enfant que madame D... devait mettre au monde.
Je lui en trouvai un certain nombre.
J'indiquai à toutes un même jour et une même heure pour se rendre chez la malade ; et , chacune d'elles , après m'avoir donné un bon dîner et un petit pre'sent , me remerciait de la préférence que je voulais bien lui accorder. Le samedi d'après, à dix heures du matin , on comptait soixante-huit nourrices dans l'antichambre du général D...
On rit beaucoup de cette aventure. Moi seul je n'en riais pas, car le général avait mis la gendarmerie à ma poursuite , bien résolu de me punir de ma sottise. Luimême me rencontra et voulut m'arrèter ; mais je me défendis à coups de pierres , et il fut forcé de battre en retraite. Il me pria ensuite de me tenir tranquille , et de lui expliquer lâ cause des tours que je lui avais causés. Je lui rappelai alors les recommandations qu'il avait faites à mon grand-père, de me donner des coups,
et je lui dis que je trouvais juste que ce fut lui qui payât les pots cassés. Il se mit alors à rire de tout son cceur et me pardonna en me remettant quelques pièces d'argent. Il ne s'en tint pas là : il alla trouver mon grand-père , lui défendit de me battre , même de me gronder ; il fit tout ce qu'il put pour re'parer ses torts.
J'avais un oncle maternel , qui était prêtre , et curé de la paroisse de Saint- Vincent, à Châlons-sur-Saônc. Ce parent, ne voulant pas se conformer à la loi du serment exigé des ecclésiastiques, fut {contraint de s'émigrer. Il proposa à mon grand-père de m'emmener avec lui , promettant de se charger du soin de mon éducation : sur ses promesses, mes parens consentirent à mon départ.
Nous nous dirigeons sur l'Italie. Nous traversâmes le Valais , franchîmes le Simplon et vînmes nous fixer à Domod'Oscella , petite ville du royaume de
.Lomhnrdie où nous demeurâmes trois ans.
Mon oncle remplissait assez mal ses engagemens au sujet de mon éducation. De temps en temps il me donnait , à la vérité, quelques leçons: mais les affaires politiques l'occupaient pins exclusivement!
en sorte que je grandissais dans la pins complète ignorance..
Nous quittâmes Domo-d'Osceila pour aller à Rome : nous vîmes successivement Milan, Brescia, Mantoue, Modènc, Bologne et Florence. Mon oncle fut retenu dane cette dernière ville par François de Bemis , archevêque d'Alhi, qui l'attacha à son service en qualité d'aumônier. Je fus confié à un maître d'écriture , M. Calandrini. Un an après , mon oncle me retira pour me donner des leçons de latin qui furent assez bien suivies la première semaine ; mais mon parent ne tarda pas à se dégoûter :
il m'envoya au couvent de Saint -Laurent
pour apprendre le plain-chant. Ainsi, s'écoulèrent quatre années. Les fureurs révolutionnaires avaient cessé II fut permis aux émigrés de retourner en France. Piien ne put retenir mon oncle :
nous revînmes dans notre chère patrie.
Mes parens ne durent pas être satisfaits des progrès que j'avais faits sous mon cher oncle le curé. Ils lui firent de vifs reproches ; mais le mal était fait , il fallait le réparer. J'avais un oncle du côté de mon père (Etienne Collet), qui avait fait la campagne d'Egypte avec Bonaparte, en qualité de capitaine du génie. De retour en France, il fut promu au grade de chef-de-bataillon.
Je le vis chez moi, où il était venu pour régler des affaires de famille. Il prit connaissance de ma position , parut en être affecté, et promit de me faire admettre au Lycée de Fontainebleau. (J'avais alors quinze ans et demi. )