‹ Mémoires d'un condamné ou vie de ColletChapitre 7 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L " Aumônier— L« Legs— L'Exeat.

Cette blessure me dégoûta entièrement de l'état militaire. Quoi! médisaisje : pour la première fois que je parais devant l'ennemi , je suis blessé ! Ah !

je ne veux plus servir!

En effet , je ne songeai plus qu'aux moyens de me retirer du service. J'avais plusieurs plans en vue à ce sujet.

D'abord mes intentions étaient de feindre de souffrir beaucoup de ma blessure.

En second lieu , je formai le projet de me faire recevoir dans nne communauté religieuse : je m'arrêtai à ce dernier parti, et j'en fis part à M. l'aumônier de l'hôpital, qui était religieux de l'ordre de Saint-Dominique.

Il ne me désapprouva pas ; me promit même sa protection, et me tint parole.

Chaque jour j'étais sûr de recevoir sa visite et ses conseils. Soyez tranquille, me disait- il , guérissez-vous bien , votre affaire est sûre.

Durant mon séjour à l'hôpital , on apporta dans ma chambre un chef de bataillon dangereusement blessé. Quelques jours de repos et les soins que je m'étais efforcé de lui rendre ne laissèrent pas

que d'améliorer son état. 11 se montra sensible, el s'informa de mon pays. Ce lut avec un vif plaisir qu'il apprit que j'étais des environs de Lyon , et qu'il retrouvait un compatriote. A la fin de la semaine la maladie empira : des crises violentes , se succédant avec rapidité , nous firent craindre pour ses jours. Il me donna une bourse renfermant cent soixante-cinq pièces d'or de vingt-quatre francs de France, une pièce de six francs et une de quinze sous , deux bagues , l'une surmontée d'une topaze , l'autre couronnée d'un brillant d'une valeur de douze francs , une montre d'or â répétition.

Tous ces objets devaient me rester. Je fus chargé d'adresser un portrait de femme à M me Thibaudier, à Grenoble , place Saint-André , n° 28.

J'avais aussi en dépôt son portefeuille, qui renfermait plusieurs lettres dé famille, lesquelles, à en juger par le style , ne

semblaient pas avoir été dictées par une imagination bien savante.

Le chef de bataillon portait le nom de NoveL II ne survécut que huit jours à ses blessures, en sorte que je demeurai tranquille possesseur de tout ce qu'il m'avait remis.

Ma santé se rétablissait chaque jour , et bientôt je me vis en élat de pouvoir exécuter le projet que j'avais concerté de l'avis de M. l'aumônier. Je réclamai mon exéajt.

À ma sortie de l'hôpital , cet ecclésiastique me conduisit chez un marchand d'habits. L'uniforme militaire fit place à l'habit bourgeois. Nous partîmes pour

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