UNE ESTAFETTE A LA BATAILLE DE L'OURGQ
t magnifiques, les taxi-autos où s'entassent et s'agrippent nos fantassins.
Les poètes, dans leur adolescence, voient au rivage des ports classiques l'embarquement des cohortes sur les galères. Dans cette ombre de la banlieue qui se cache des taubes, il y eut la grandeur et le tumulte dantesques. Les familles riaient dans leurs larmes. Tel ouvrier faisait le bourgeois dans la voiture. Il y avait du débraillé dans l'épique, et c'est l'origine même de cette armée nouvelle, nation soulevée et que la nation accompagne, qui a tenu les tranchées pendant quarante mois.
Sur la roule, l'étrange colonne se rue vers Nanteuil-le-flaudouin. Se souviennent-ils, nos camarades, d'avoir dépassé ces trois dragons, restant de l'escorte et restant d'un autre âge, qui allaient, au lent pas de leurs chevaux fatigués, vers le même but, pour la même cause ?
Derrière nous, deux soldats de l'infanterie de marine, piètres cavaliers, ordonnances du général deTrentinian, et qui l'ont suivi depuis Madagascar, conduisent les petits pursang qu'il affectionne. Le maréchal des logis Paccaud.est notre guide et notre chef. « La route n'est pas sûre, m'a-t-il dit, il faudra ouvrir l'œil. » J'ai grand'peine h ne pas m'assoupir après la septième heure, car nous avons dû quitter la chaussée où nous étions un embarras, et nous sommes restés onze heures à cheval. Lulu me fut secourabie. J'ai dormi en selle, je l'avoue. Paccaud
faisait la pointe d'avant-garde. Il avait le revolver à la main. Je me réveillais. D'un temps de galop> je rejoignais mon ami. Ces ombres ne sont^elles pas les uhlans qui sortent du bois 7
J'ignore les bourgades que nous avons traversées, j'avais présumé de mes forces, j'étais malade ce soir-là. Ce n'est pas au hasard que j'ai nommé le Dante. Il me reste de cette nuit un souvenir informe et pourtant bosselé d'un dur relief. A notre gauche, dans le lointain, la rumeur des taxi-autos. A notre droite, la campagne hostile, l'embuscade probable. Et je m'endors, et j'ai la nausée, et je me réveille, et je galope.
Toujours, en moi, le rêve est vivant, garde sa continuité.- Ainsi, nous allons mourir sous les murs de Lutècel Personne ne croit à la victoire. Il faut être franc; la gaieté qui nous anime parfois est la coquetterie d'une élégance française. Aucun livre, parlant de la guerre, et qui fera fi de cette gaieté, ne sera autre chose qu'un pamphlet.
— Tu n'en peux plus, mon pauvre vieux l
C'est Paccaud qui me tutoie. Il m'aime bien à présent. Il parait que j'étais burlesque et assez émouvant, titubant sur mon cheval et piquant des deux.
Patience de Lulu et patience de Paccaud, vous m'avez porté l'une et l'autre jusqu'à ce village qui empestait l'Allemand.
Us avaient cantonné la veille à Nanteuil-le-Haudouin, et ils y avaient laissé leur odeur et leurs