UNIT ESTAFETTE A LA BATAILLE DE L'OU^GQ
battants qui allaient défendre la ville, et la défendre jusqu'au bout, avait proclamé Gallieni. Le ruban rouge qui s'étalait sur ma tunique prêtait k Tillusion : j'avais sans doute reçu la croix sur le champ de bataille.
Un badaud s'arrâta pour contempler ce légionnaire ; UA petit groupe se forma près de la voiture ; un vieux monsieur dit : « C'est bien, cela 1 » Des enfants accoururent. Un cocher de fiacre hocha de la tète. Les passants se détournèrent de leur route pour grossir l'attroupement. Bientôt, Fautomobile fut cernée par quelques centaines de personnes* Vers moi des mains se tendaient. 11 faisait chaud, il faisait joyeux. Un cri monta, exaltant l'armée, et je dus me dresser pour échapper aux embrassades. Ainsi, le Genevois, qui avait peu fait depuis son premier gestev servit d'occasion à l'âme de la cité.
C'est mon destin d'être sonore, mais aussi d'être brusquement ramené à la compréhension du réel. Pendant la cohue, l'officier, mon mentor, libéré de l'amour, se précipite vers moi qui n'ai que les fallacieuse» caresses de la gloire, et m'interpelle, et m'injurie, à cause d'un scandale dont je ne suis certes pas responsable. Je lui explique. Il se déride. Il enfre dans la farce, il raconte au vieux monsieur que j'ai fait à moi tout seul vingt uhlans prisonniers, et la voiture démarre dans le double fracas des embrayages et d'un enthousiasme délirant.
En arrivant à Yiliemomble, nous apprenons de r état-major que la 7^ division appartient désor-
mais à Tarmée de Paris et que Ton s'attend à un siège. Les petits secrétaires ne nous cachent pas que notre sort est de mourir. Ils en ont les larmes aux yeux. Tout le jour, ils grattèrent du papier. Rien n'est plus déprimant. Au contraire, les régiments sont dans Tivresse. On rencontre des couples, un grand nombre légitimes, et quiconque a promis à sa femme de se faire bien tuer ne saurait être parjure. Il montre le poing à son ennemi. On parle de barricades; il y a dans Tair du pittoresque, cela aide singulièrement à l'héroïsme. Le soir, nous connaissons la proclamation de Joffre. Elle est sublime.
Comme tout le mondé, j'ai mon idée sur le miracle de la Marne. J'étais dans le rang, la tactique ne m'est pas apparue; mais, depuis Charleroi, j'avais accompagné les fuyards, ces mêmes hommes quij soudain, refusèrent de fuir et, sans savoir qu'ils allaient vaincre, s'obstinèrent, chacun à sa place. Le miracle fut dans le cœur du soldat. Tout était perdu, 1870 recommençait, ce n'était pas possible. La France allait disparaître. Aucun de nous n'a voulu lui survivre, et nous l'avons ressuscitée.
Il faudrait noter les minutes. Ce serait faux ! L'impression qui me reste est d'un vaste et puissant mouvement. Peu importe que nous ne soyons plus armée de Paris, mais armée de Maunoury.
Nous sommes Parisiens, puisque nous arrivent du centre de la ville, grognons et gouailleurs, saouls