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CHAPITRE II

Peut-être vaut-il mieux ne pas nommer cette forêt. Je ne me consolerais pas si quelque avion venait bombarder la lisière où s'alignent les enclos de nos groupes, où se blottissent les chars, où toute une population s'entraîne pour la victoire, tandis que sur l'étroit plateau, terrain d'exercices, champ de bataille en miniature, le soldat contemple à chaque crépuscule l'image et les fantômes du combat qui se rapproche.

Une baraque pour les officiers, deux pour la troupe. Devant elles, l'emplacement des jeux : culture physique, course îi pied, foot-ball. Au delà, l'océan de boue, les tranchées, les réseaux de fils de fer, et l'horizon délicat d'un paysage de l'Ile de France. Les grands arbres inclinent leurs branches sur nos toits goudronnés. Ils masquent la large avenue qui suit le dessin capricieux du sous-bois, et sur laquelle s'ouvrent les hangars où les tanks se reposent.

Le général Estienne, notre chef suprême, peut être fier de son camp. La lumière électrique Téclaire. Dévastes citernes, une canalisation |sou-

terraine, nous donnent Teau en abondance. Une ligne de chemin de fer nous relie à tous les points de débarquement sur le front. Une sentinelle veille à chaque issue. Ici, nous avons mené une vie cloîtrée, et, comme des moines que la tentation assaille, nous avons passé de la foi exaltée au doute déprimant, pour atteindre à cette confiance où le croyant trouve le bonheur.

— Mon généra], je n'en peux plus ! Je vous demande de partir comme simple mitrailleur dans un des groupes qui vont à Toffensive.

Ce sont les premiers jours d'avril 1917.

Le général me dévisage. Un homme petit, large des épaules, la tête ronde, l'œil perçant, avec de l'intelligence, même de l'acuité, et beaucoup de bonté dans le regard. Un tic le caractérise. De la main droite, de la main gauche, il déplace son képi qui roule et qui tangue d'une oreille à l'autre, du front à la nuque.

— Non, monsieur, me dit-il, non, non et non ! J'ai cinquante demandes pareilles à la vôtre. Vous êtes à votre place, restez-y! Il faut des mois de préparation pour avoir le plaisir de se battre quelques minutes. Vous n'êtes pas prêt.

Il pirouette, s'en va, revient, me tend la main.

— Allons, courage! Hé! je sais bien que c'est dur.

C'est très dur. Je n'ai jamais eu de patience, et il en faut. Il ne s'agit pas du tout d'un brusque héroïsme, il s'agit de vivre dans une baraque

U02 MÉMOIRES D'yN ENGAGÉ VOLONTAIRE

Adrian avec dix-sept camarades. Ils sont bien gentils. Le lieulenant Bocqûet, que nous appelons Bill, est un popotier remarquable. Lui aussi, pareil à Murât, a le sens aigu du devoir. Il y ajoute un cœ\ir tendre. Son apparence d'athlète un peu lourd donne plus de douceur à ses yeux qui rient constamment. Le lieutenant Aubert a de Timprévu dansTesprit. Quatre étoiles traversent en diagonale sa croix de guerre, quatre citations sans une palme, cela prouve une modestie qui rehausse le prix du courage. Le lieutenant Brezous appela la sympathie, toute sa famille est restée dans les pays envahis, et il cache sous sajeune gaîté une douleur qui m'émeut. Le lieutenant Chalendon est mon hôte : adjoint à notre capitaine, il m'a invité à partager sa chambre. Nous sommes voisins d'âge comme voisins de lits. Il est marié, il a des enfants. Je Tadmire de risquer — volontairement, car sa santé est précaire — un tel bonheur par sentiment de ce qu'il doit à sa patrie. Pour chacun de ces officiers, je ne puis les nommer tous, j'ai eu de l'affection, je leur garde un chaud souvenir. Mais, vivre plus de sept mois serrés les uns contre les autres, déjeunant, dînant ensemble, s'écoutant dormir, cela use l'agrément de la plus attirante société.

Oui, c'est très dur. Il s'agit de faire chaque jour la même chose et de ne pas s'apercevoir des progrès que Ton fait. Je compare notre labeur aux difficultés de l'escrime. Eh bien, il est simple de

paraître honorablement dans un assaut, il est malaisé de devenir un champion. Chaque officier de tank devrait être un champion. Je préfère vous dire tout de suite que je n'y suis pas arrivé.

En quittant le général, je rentrai dans mon char, et, sur le champ de bataille en miniature, je m'en allai vers le terrain lunaire.

Ouf! la machine dégringole. Hop ! elle remonte. Les caisses mal arrimées sonnent un tintamarre. Il fait chaud, j'étouffe. Je m'irrite, les embrayages patinent.

— Passebosc, ça ne va pas!

Le général a raison : je ne suis pas prêt, ni mon sergent qui est gras, lourd, sanguin, et qui sue abondamment» U m'encourage. Nous sommes devenus de grands amis. Il a la plus noble citation, pour avoir été chercher sous le feu un blessé. Lui aussi n'est pas jeune, et il faut avoir vingt ans, en tout cas moins de trente, pour réussir dans ce fichu métier,

L'aube du lendemain nous retrouve pratiquant la gymnastique Hébert, Le lieutenant Brezous est moniteur. Svelte et blond, il excelle à la course. Bill, formidable, lance des poids. Charles Murât et son oucle Masséna sont des boxeurs émérites. Le lieutenant Tartenson, mon chef de batterie, et moi, nous faisons en pyjama une petite promenade.

A huit heures, conduite. A neuf heures, tir à la mitrailleuse. A onze heures, je vais au 14^ groupe, où paon vieil ami, le lieutenant de vaisseau Char-

les Bargone, en littérature Claude Farrère, a un commandement.

— Ils partent, les veinards !

Claude Farrère hoche de sa tète blanche. C'est cruel pour des écrivains, ce long stationnement. Nous autres, quand nous imaginons, nous voulons toucher aussitôt la réalité que nous avons inventée.

— Prends un cocktail, me dit Farrère.

Je me hisse sur un tabouret, tandis que Farrère s'accoude au bar et que l'un de nos camarades prépare les boissons de l'oubli.

Le lieutenant de vaisseau Charles Bargone n'a pas eu de chance pendant la campagne. Une longue croisière l'a retenu loin de France, il a été gravement malade, et, sa santé à peine rétablie, il veut aller au feu. Il a choisi l'arme la plus périlleuse. J'ai une profonde affection pour ce poète, elle supprimerait les ombres au portrait que je ne veux pas tracer. La silhouette et le regard de Farrère suffisent pour le caractériser, ils traduisent la puissance et la bonté. Les yeux ont du vague, de l'inquiétude et de brusques lumières, une brosse d'argent domine un front en forme de tour, à de larges épaules s'attachent des bras qui se balancent, le poids de ce grand corps fait plier les portes quand Farrère s'y appuie. Sa voix, qui parfois tonîtrue, s'infléchit soudain pour devenir féminine. Il consolide l'art du conteur par une logique serrée, souvent déconcertante, et qu'interrompent aussi ces mouvements de fatigue où l'esprit semble aller

plus loin que la parole. Alors, Farrère passe la main sur son front, et s'en va de sa démarche pesante jouer avec les chiens admirables de son ami, le capitaine Lemaire.

— Eh bien ! vous ne partez pas? raille ce dernier, qui nous rejoint au bar.

Le capitaine Lemaire est un de ces cavaliers qui ont apporté à l'aviation leur bravoure téméraire, leur cran, leur énergie inemployée. Descendu par une mitrailleuse boche, la poitrine traversée d une balle, il a dû abandonner la chasse aérienne. Il commande le 14* groupe de tanks. Il oppose à la puissance de Farrère une intelligence rapide, à la bonté de mon ami des sautes d'humeur qui le font souffrir, lui le premier. J'ai passé un si grand nombre d'heures en compagnie de ces deux hommes également remarquables, que j'ai voulu vous montrer notre trio devant les cocktails.

Ensemble, nous discutons les chances de l'offensive. Je n'ignore pas que le général Mangîny collabore, et cela m'inspire une absolue confiance, une immense tristesse, puisque, encore une fois, je n'en serai pas, et que cette fois sera la dernière : je crois à la trouée.

Au fond, nous y croyons tous, quelles que soient les critiques de Bargone et du capitaine Lemaire. Songez que dix groupes de tanks vont y participer, qu'ils doivent devancer l'infanterie, franchir fils de fer et tranchées, s'élancer dans la plaine, chaïgerles batteries allemandes, cerner les

villages, se ravitailler à rin^t-citiq kilomètres à riotérieur des lignes teutonnes, repartir, jeter la la panique dans les états-majors en déroute, mitrailler les fuyards, s'emparer des convois, — et songez que celte randonnée épique sera conduite par le commandant Bossut, Thomme le plus populaire de la cavalerie française, le plus aimé, le plus allant, un chef que tous suivront au delà de la mort, et ils Tout prouvé.

Nous étions à la bénédiction des chars, même les impies ont prié Dieu. Nous avons serré la main des camarades. Ils rayonnaient de joie, un religieux espoir soulevait tous les coôurs. Quelques jours plus tard, les cœurs étaient déchirés, écrasés, rendus lourds et silencieux par une déception si cruelle que nous avons cru ne jamais nous en relever.

Le 17 avril, le bruit se répandit dans le camp que tous les chars avaient brûlé dans la plaine et que nul des nôtres ne reviendrait de cet incendie.

J*ai couru au 14* groupe pour avoir plus de nouvelles. Je me rappelle la scène. On se serrait les uns contre les autres devant le bar. On disait :

— Et celui-ci?... Et celui-là?...

Et la réponse était toujours pareille :

— Mort.

Beaucoup des morts sont revenus. Les soirs de bataille, la rumeur publique vous tue facilement. Ils sont revenus, et ils m*ont raconté de si belles histoires que je pourrai jusque dans mon extrême

vieillesse animer de reflets sanglants les veillées de ma solitude. , ^

Un capitaine à jambe de bois, mutilé de la guerre, un héros qui a obtenu de courir cette dernière chance, rameute devant une tranchée infranchissable les batteries du groupe qu'il commande. Il fait descendre les équipages, sauve son monde, mais le matériel est perdu. On le blâme. Voici la qualité de nos jugements, le plan où nous sommes. Pour que nous admirions sans réserve, il faut cette épopée : le commandant BosSut entraine quarante tanks à Tassant,, un obus de plein fouet défonce son char. Bossut en sort tout en flammes. Il brûle. Il se roule sur Therbe. Il meurt. Mais son fanatisme emporte ses seconds, et ils vont, délaissés par rînfanterie qui s'arrête, solitaires, enfants perdue sur la terre oii nul homme ne peut vivre, à la conquête de la tranchée allemande. Ils s'en emparent. Un des trois tanks qui restaient est détruit. L'officier, blessé, se présente à l'entrée d*un abri, et, revolver au poing, lui seul fait prisonniers les Soldats qui s'y trouvent. Il s^vanouit au moment que deux camarades le rejoignent. Tout à coup un agent de liaison se précipite : Tinfanterîe allemande approche, on ne peut lui résister, la retraite s'impose. Et les officiers français disent adieu poliment à leurs prisonniers d'un moment, qui, malgré leur nombre, ne songent pas à les retenir et promettent de donner les meilleurs soins au blessé intransportable, le lieutenant Baru-

leau. Les deux tanks reviennent sains et saufs dans nos lignes; Tun était commandé par le lieutenant Delacommune, Fautre par le lieutenant Poupel.

L'imprévu de ces glorieuses aventures transforme la catastrophe. Nous parlons du capitaine Chanoine. Remplaçant au pied levé le commandant Bossut, il a dédaigné de monter dans un char, et, tenant haut le fanion de sa batterie, il a marché devant la colonne qu'il ralliait, insoucieux des balles et des éclats, à découvert, seul sur le bled tragique où les fantassins se terraient. Toute l'infanterie admire ce fol héroïsme que notre arme a déployé. Un communiqué officiel accorde à l'artillerie d'assaut ses lettres de noblesse. Le sacrifice n'a pas été inutile, il nous donne une tradition, et nous portons plus crânement le béret basque où brillent les as, sjrmbole un peu puéril des qualités que l'on réclame de nous.

Au début de mai, quelques groupes qui n'ont pas été engagés le 16 avril, réussissent un coup de main avec les régiments à pied des divisions de cavalerie. Aussitôt, la confiance renaît, et notre lisière de forêt ne garde plus le deuil qu'au-dessus des baraques où vivait naguère le commandant Bossut avec son état-major.

Deuil somptueux, peut-être surnaturel. Trois semaines avant l'offensive, un incendie dévora les poutrelles de ces constructions légères. Le rayonnement dessécha les bourgeons, et, maintenant que

les frondaisons verdoient, il demeure autour du groupe BoBSut un nimbe rougeâtre qui marque l'horizon des bois. Les rêveurs seuls ont noté cette coïncidence, mais les rêveurs ne croient pas. aux €0ïncidence8, et j'imagine que la forêt, si souvent parcourue par le tank du commandant Bossut, souhaita lui rendre hommage, la forêt mystérieuse, vivante.

Elle nous appartient ! Les cerfs, les biches ont fui. Nous lui avons donné une faune nouvelle, nous la meurtrissons du poids de nos chenilles. Des barbares, même, détruisent les arbres avec l'éperon d'acier. Nos mitrailleuses, nos canons, remplaçant le chant des oiseaux, lui prêtent une* voix. Elle ne s'indigne pas. Elle ne résiste point. Elle est tellement certaine de sa victoire. Les végétations recouvrent nos dégâts, comme jadis elles s'épandaient sur les bauges de ses hôtes naturels. Elle fleurit ainsi que chaque printemps. La jacinthe perce la mousse, le rayon de soleil trouve la rosée sur la clochette blanche, et les pâles lilas et les églantines et toutes les fleurs qui renaissent depuis le début du monde nous regardent passer sans émotion.

Singulier spectacle d'une intense et rauque poésie. L'instrument de mort s'arrête sous la futaie. Son haleine à Finfecte odeur s'apaise peu à peu, les portes d'acier s'ouvrent, l'équipage se disperse et cueille des muguets, que les guerriers enverront avec tendresse à la lointaine bien-aimée.

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Vraiment la machine est devenue une bête intelligente, elle aussi s'instruit, se perfectionne, prend de la souplesse. Elle se faufile entre les troncs qu'elle évite, elle gravit les rampes, descend dans les clairières. Dans [les dessous de bois, les chars s'en vont en cortège, pareils à de petits sangliers.

Vous vous étonnez que je les nomme « petits » ? Je parle de ces tanks où j'ai servi. Il en est d'autres, plus vastes, que leur masse rend majestueux. Les miens, malgré leur poids, et sans doute par comparaison, semblent minuscules. Ils sont près du sol. Certains de mes camarades les comparent à de « petits » rhinocéros, mais toujours le diminutif s'ajoute à l'image. Nous avons de la tendresse pour eux, ils portent des noms qui rappellent un cher souvenir ou qui sont une pron>esse d'exploits. Ils ont chacun leur caractère. Voyez-vous ! quand le calcul des hommes a bien agencé les leviers et les engrenages, quand la machine, œuvre de l'esprit humain, se met à vivre, peut-être qu'elle reçoit des dieux une âme, tout comme l'enfant possède autre chose que les hérédités de sa race.

Est-ce qu'on sait? Pour moi, bien loin de nier l'existence de l'âme, je veux qu'il existe du mystère en toutes choses, et je cherche les nymphes, les dryades, les hamadryades, dans le cœur fêlé des chênes à la belle écorce. Farrère m'accompagne. Nous suivons le capitaine Lernaire qui

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fait cueillette de champignons pour la popote célèbre du 14® groupe.

Sous les feuilles que Tété élargit, la chaleur est pesante. Si les bois sont frais, la forêt est toujours lourde. Elle fermente. Sa force millénaire réduit à leur pauvre valeur nos énergies. Peu à peu elle nous accable, elle opprime la conscience, elle devient l'ennemie. Sur l'avenue, vous rencontrez des camarades qui vous disent :

— Je ne sais pas ce que j'ai, ça ne va pas !

Ils s'éloignent, tête basse.

Est-ce la monotomie des heures, l'agacement de la vie en commun, la longue attente devant le spectre du combat horrible? Est-ce la vague de découragement qui passa sur toute la France après l'échec du 16 avril? Est-ce la forêt et ses maléfices? Plusieurs d'entre nous s'anémient, ne résistent plus aux pensées noires, et l'aile nocturne de la folie touche de nobles fronts.

Je n'invente pas. L'hôpital de C... reçoit ces malheureux. Quelques-uns purent guérir, d'autres entendront jusqu'à la fin de leurs jours les voix hurlantes de la guerre ajouter leur démence à l'idée fixe qui les hante. Pourquoi s'en étonner? L'équilibre d'un individu est lié à l'équilibre du monde, et le désordre des peuples devait entraîner le désarroi de notre raison.

Souvent, le soir, quand l'ombre augmente le chagrin, nous nous évadions en philosophie. Beaucoup auront appris à penser pendant cette guerre.

Du poste d'écoute au camp d'instruction, les heures de rôve dominent, Prenea garde, gens superficiels de Farrière, noa maîtres agités, intrigants des grandes villes, quand reviendra Farmée, elle mettra au service de son poids la patience, la réflexion, un sens critique qui s'est développé, une intelligence qui s'est cultivée. Une autre nation va revenir dans ses foyers. A moins que...

A force de rêver, de se souvenir, d'analyser, la pensée se décompose. Pour relier les idées qui fusent, on emploie le vin et Talcoo]. Les supprimer serait trop cruel. On a tant de malheur! Mais le péril existe. Je Tindique, sans y voir de remède.

Dans notre camp, le remède consistait à briser par le sport la tristesse ou l'exaltation. Des équipes de football organisaient des matches; dans notre groupe, le lieutenant Murât, le lieutenant Bocquet, le lieutenant Griaches, forçaient les paresseux & secouer leur apathie. Griaches était un des plus beaux athlètes que j'aie connus. Il avait l'élégance et la grâce. Très blond, de haute taille, il semblait un adolescent venu des stades antiques. Il est mort. Il a été tué à la Malmaison. Et pourtant, quand je regardais notre famille militaire, qoand je me disais : lequel de nous tombera au prochain engagement? jamais mon regard ne s'est arrêté sur ce frais visage. 11 n'était pas marqué par le destin. Un éclat d'obus lui a déchiré le cœur sans interrompre le sourire que son cadavre a gardé.

Ah! longues heures de ce lourd été. Nous

aurions dû vous accepter avec reconnaissance, comme une retraite avant les périls promis, nous aurions dû nous aimer davantage, échanger des confidences, laisser parler la mémoire pour permettre aux uns et aux autres de vivre pleinement, puisque, pour certains d'entre nous, ces interminables semaines furent les derniers et si courts moments de la vie.

Que ceux qui me lisent s'arrêtent, et qu'ils offrent une pensée spéciale aux combattants de l'artillerie d'assaut. Mes camarades, enfermés dans leur camp oîi vivyit l'ennui et la monotonie, n'en sortent que pour aller au plus dur des combats. Us l'attenilent comme une fête* Je crois bien que vous pouvez les admirer.

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