CHAPITRE V
LA BATAILLE DE LA M AL M Al SON
— Mon général, je vous demande d'emmener Claude Farrère. Il accepte de n'avoir pas de commandement. Mais que son groupe ne soit pas du combat, il ne peut le supporter. Vous ne lui refuserez pas cette faveur, mon général?
Déplaçant son képi, le général Estienne garde le silence. Notre chef n'est pas seulement cet organisateur qui a mis sur pied, à force d'obstination, de persévérance et de foi, l'artillerie d'assaut, j'ai devant moi un homme qui comprend. Plein d'expérience, il connaît la vie, et il a trop aimé le rêve, pour ne pas être indulgent aux poètes :
— Accordé ! me dit-il.
Le geste de Claude Farrère a de la noblesse, l'écrivain oublie sa gloire, le lieutenant de vaisseau, l'officier de carrière, ses galons. Tout de suite, il se met au travail, et je lui présente mes équipages.
J'ai trois chars sous mes ordres, le char de Passebosc, le char du sous-lieutenant Brezous, le char de l'adjudant Broc, avec le maréchal des logis Michalet comme second. Nous réglons les compas,
nous arrimons les vivres. Un tank qui se prépare à la bataille ressemble à un torpilleur qui va prendre la mer. ♦ ^
— On part dans deux jours.
Il n'y eut pas la belle cérémonie de la bénédiction. J'ignore pourquoi* Simplement, un groupe fit dire une messe, elle fut peu courue. C'est mon étonnement que le sentiment religieux n'ait pas grandi davantage dans l'armée. Un petit nombre d'officiers assista au sacrifice divin. Parmi eux, on remarqua, au premier rang, dressant sa stature, Claude Farrère qui n'est pas croyant, et moi qui suis calviniste.
Ce triste soir d*octobre, les tanks sont sortis des hangars, les petits sangliers ont glissé le long de la lisière, avec des airs mystérieux et pleins de malice. Avec une bonne volonté évidente, ils ont gravi la rampe qui les a conduits sur les wagonnets. Blottis dans leur bâche, soHdemeiit amarrés, ils quittent leur repaire, pour s'en aller, secoués par les cahots des rails et des aiguillages, vers l'endroit secret où nous débarquerons.
Toute la nuit, le tfain roule. Farrère et moi, nous nous racontons de belles histoires. BfétùUs nous tient compagnie. On mange, on boit, on dirait une partie de plaisir. Nos hommes chantent, et je me rappelle mon premier départ, quand les refrains des jeunes estafettes répondaient aux acclamaliôfis de la foule serrée sur les quais.
Comme je suis changé! Je ne vais plus vers une
LA BATAILLE DE LA MALMAISON 2âl
avèntufd} j'accomplis le devoir de mon métier, et cela m'êst dêVènu êi n&turel !
JSom débarquons au début du jôur. Eu vain s'acharne-t-on à bien calculer lèS horaires, il y a sans cesse des retards. Heureusement que la pluie nous protège des vues allemandes. Sur la route, cahin-caha, comme engourdis de sommeil, les petits sangliers gagnent un ' bois, noû lôiû de Vailly, au flâne d*un coteau. Ils y trouvent des bauges préparées. Nous les recouvrons de feuil- Jages, et, maquillés, invisibles h Taviott qui rôde, ils attendent le moment de leur héroïsme.
Autour d'euxj ce ne sont que batteries. Près des berges dé la rivière, les grosses pièces de marine tendent leur col démesuré, parfois elles rugissent. Dans chaque pli des vallons^ l'artillerie lourde est tapie, elle règle son tir. Entre Vailly et Jouy, les innombrables 75 s'obstinent à se tâlre, ils sont prêts pour leur travail, et 11 ne faut pas qu'ils se révèlent. Le bruissement des ailêS est
continu dans cette brume qui doit rendre cependant l'observation difficile.
Nous trouvons Vailly bien changé depuis notre dernière reconnaissanees L^énntmi le bombarde
activement. On nous Indique une eave. Nos ordonnances y installent la paille de nos lits. Les hommes seront aussi bien logés que nous. Nôtre popote est ^u reÉ-de^chausséé, nous devrons la quitter souvent sous la mitraille.
Chaque nuit, je m'en vais sur les pentes du
plateau des Marraines. Tantôt Brezous, tantôt Fadjudant Broc, tantôt Passebosc, m'accompagnent. Si près du but, mon angoisse revient. Broc me rassure :
— Nous passerons!
— Ce n'est pas possible, dis-je à Farrère.
II est de mon avis, la côte est trop roide.
— Vous passerez ! proteste l'infanterie d'accompagnement.
Elle a préparé le chemin, affermi la chaussée dans le marécage, élargi le sentier en corniche, aménagé les tranchées et les parallèles de départ. Reste la fameuse croupe enjre le verger et le bois des Acacias. Comment nos cuirassiers Tauraientils nivelée? Pourrons-nous la franchir?
— Oui ! dit le capitaine Lévêque.
— Oui ! disent les sous-officiers.
— Non, pas pendant la nuit! dit le lieutenant Brezous.
Et, sur mon invitation, il en rend compte au capitaine Chevrier.
. Mais c'est la veillée des armes, on ne change pas le programme d'un spectacle à la dernière minute. Allons! il faut courir la chance.
— Tout va bien, Passebosc?
J'inspecte le char. L'étroit réduit est luisant de propreté, les douilles des cartouches brillent, les mitrailleuses, graissées à souhait, ont leurs pièces de rechange à portée de la main, les vivres tiennent le minimum de place, et, au ralenti, lo moteur tourne comme un ange.
— C'est pour ce soir, Passebosc.
— On fera ce qu'on pourra, me répond-il.
Il en a vu bien d'autres.
Je redescends à Vailly, et je vais au camp des zouaves.
Le 4* mixte se prépare à monter en ligne. Propre et net comme pour une parade, habits et visage de fête, chaque soldat est émouvant à contempler. Des athlètes, et si joyeux! Sur la face noire des tirailleurs paraît la barre étincelante des dents, ils retroussent la lèvre, flairant le carnage, tandis que les hommes de notre couleur fixent les yeux plus haut et rient au péril. Les officiers me donnent rendez-vous à la tranchée de la Fourragère, au chemin des Dames, au ravin de Chavignon. Puis, je fais Tultime promenade à Jouy, au marécage et au verger. Je rends visite au commandant Dhomme, chef du bataillon avec lequel je dois combattre. Ce guerrier m'a pris le cœur par ses façons d'être, on se livre si vite à celui qui commande, quand il sait commander.
De retour à la popote, je subis une déception : ïe capitaine Chevrier m'apprend que Claude Farrère n'appartient plus à ma batterie, il remplace dans la batterie Lévêque l'officier en second, atteint d'un phlegmon au bras, et qui est évacué. Le dîner ne fut ni gai, ni triste. Nous nous sommes serré la main, et nous sommes partis.
Les petits sangliers, à la queue leu-leu, vibrants d'aise, prennent le chemin de la gloire. Le capi-
284 MÉMOmES D'UN ENGAGÉ VOLONTAIRE
taine Lévéque guide la colôùne, mes tfôis chars suivent, devant leê bftttftfies des lieutenants Murât et Masséna. L'infanterie d'accompagnement nous escorte, presque invisible dans la nuit ôû se délaebe à peine le rut>an de la route. Les équipages Sont
enfermés dans les tankd, je me tiens sut le toit de mon char capitaine, que Passebosc conduit. Le commandant de notre groupe et le lieutenant Ghalendon, son adjoint, vont, de-cl de-là, veillant à Tordre du cortège.
Il est une heure du matin. Une fusée éclairante s'épanouit. Les moteurs ronronnent, ils peinent sur la chaussée trop dure pour les chenilles, et je me demande si les embrayages ne seront pas usés, tout h l'heure, quand nous réclamerons d*eui l'effort de l'ascension. Passebosc avance avec précaution. A l'entrée d'Aizy, je n'aperçois plug le dernier char de Lévéque. L'ombré est profonde.
Nous traversons Jouy, et je pense à Murât qui croyait qu'un tir de barrage nous arrêterait dans ce défilé. Rien, le silence, et rien devant moi : la première batterie s'est trop hâtée, négligeant la liaison.
A l'endroit où je dois tourner à gauche pùUT gagner le marécage, je trouve le capitaine Chevrier. Je saute sur le soi :
^* Tout va bien, mon capitaine !
Mais cela ne Va pas Si biêû que je crois, il faut
que Passebosc franchisse un premfer tâluâ> et il est en difficulté avec le moteur. Je ne m^ëtais pas
i trompé, lô long parcours lur la route a fatigué les embrayages. Je crie au liêtttêsiant Brezous :
— Passez devant !
Il coûtiïmej ainsi qne l'adjudant Broc» Enfin
Paasêbôsc démarre, mais c^est pour s'arrêter plus loin, au centre du marais. Je Fabandonne :
— Tâchez de rejoindre! Et, ordonnant au sergent Rasse de prendre mon
fanion sur le char, je me hâte à tâtons vers ma batterie. Elle doit avoir atteint la rampe du verger. Mon devoir est de la guider.
A ce moment, Féclalement de quelques obus disperse autour de nous les miasmes qui sentent Tall. Faut-il mettre les masques ? D'autres projectiles sifflent et se déchirent. On entend crier. Je pose la main sur Tépaule de Rasse :
— Ne courez donc pas !
Il n'est aucun danger plus démoralisant que
la sournoise asphyxie dont nous sommes menacés. Nous voici la figure couverte, la plaque de mica obstruant le regard, et je n^apërçois que la nuit.
Pourquoi diable le capitaine Lévéque a-t*îl laissé toute sa batterie, entraînant mès deux ehars^ s'engager sur la pêntê? Nou» étions convenus quHli passeraient un à un, afin d'éviter remboutêillâgê.
— Où âllei-vous, Rasse 1 Il cherche le fanion qu'il a laissé tomber en mettant son masque, mais, comme nous nous élevons,
gravissant la côte, nous pouvons nous débarrasser de ces engins incommodes, et, de Talerte, il ne nous restera que des brûlures autour du cou.
Les Allemands continuent de bombarder le fond des ravins. Je dépasse la haie du verger. Devant moi, sur le chemin en corniche, une forme noire, le char de Broc.
— On ne peut plus avancer, mon lieutenant. Le capitaine Lévêque est en panne.
Je presse le pas, je dépasse Brezous. Les fusées éclairantes se multiplient à Fhorizon, et je distingue des silhouettes qui se démènent près de cette énorme obscurité que font les trois chars Lévêque, réunis en un seul groupe. L'ululement des éclats augmente, bien que le fracas des obus soit lointain. Je demande :
— Où est votre capitaine ?
— Il est parti téléphoner.
J'ai su plus tard qu'il avait une blessure légère. Un peu de désordre régnait dans sa batterie. Le second char voulait dépasser le premier qui dérapait sur l'herbe humide. En vain. Les mécaniciens s'énervent dans l'ombre qui les gêne. Ils n'arrivent pas à resserrer la couronne des embrayages. Seul, le lieutenant Brezous a si bien conduit sa marche, qu'il garde encore l'espoir d'accomplir l'ascension. Qu'on lui donne passage ! C'est moi qui commande puisque personne n'est là. Je découvre Farrère qui s'acharne sur le moteur inactif de son tank.
— Tâche de reculer, vieux ! Brezous va passer.
Inutile tentative. Bientôt, Brezous lui aussi est en panne.
Il est trois heures du matin. Surgissant du Qoirqui nous entoure, les équipes de réparation nous abordent. Avec un dévouement inlassable, elles s'empressent, mais la matière n'a plus dévie, il semble qu'elle s'incorpore au sol et ne veuille pas combattre. Naguère active, sensible, elle pèse de tout son poids, et nous sommes pareils à des pygmées, nous agitant près du sommeil des monstres.
Les équipages restent à l'abri dans la cage d'acier. Par les portes arrière, je distingue des profils angoissés, penchés sur la lampe dont la lumière saccadée vacille près des cylindres.
Je regarde ma montre. Il est trois heures vingt, l'attaque doit avoir lieu à cinq heures quinze, et nous sommes en pleine vue des carrières de Bohéry. Si l'aube nous surprend, tout sera détruit, à moins que notre infanterie n'ait une prompte victoire et ne chasse ou ne conquiert les mortiers que nous savons être là-bas et qui nous abattraient de plein, fouet. Je donne l'ordre d'évacuer les chars : — Réfugiez-vous dans la tranchée !
Elle est 4^inquante mètres, et ils ont le temps de m'obéir avant que l'ennemi ne déclanche ce tir de contre-préparation qui nous causa tant de pertes.
Dès la première rafale, deux de mes sous-officiers qui sont restés près de moi, à côté des chars.
238 MÉMOIRES D'UN ENGAOÊ VOWNTAIRE
tombeat, le «orgeat B^hsq a la miiS9e presque sectlonnée, Fadjudant Broc est tué. Je ne puis me
décider* à quitter 14 plfiM^e, mm londwn j# cbancell#i lei musclesi de la jambe déebirév par un projectile qui is'arrôttt dans lei chiirs. Je m'affaisse. Je me relève» je lie un mouchoir au^d««8u$ du mollet, et, Texcitation aidant, je ue sens plus qu'une douleur lourde.
Une voix appelle ;
— Mon lieutenant, vous n^ me laissera? pt.» là ? C'est mon pauvre Rasse qui supplie, Tout à
rbeure, je l'enverrai chercher. Pour l'instant, je vais voir ce qui se passe dans la tranchée, Les équipages y sont en sûreté, autant qu'on peut l'être sou?» ce feu destructeur. Alors, au prix de souffrances assez vives, je gagne le sommet du plateau, je dois prévenir l'infanterie de notre insuccès, et je rejoins le C9mmandant Dhomme.
^ Pas un seul char? me dit-iL
Il me semble qu'il raille, et je lui demande la permission de l'accompagner à l'assaut. Il me répond, en regardant ma jambe blessée :
— J'ai déjà trop de monde autour de moi.
Il est superbe, admirable de ealmei de lucidité, d« confiancs. Légei* et rapide, il escalade le parapet, et, faisait un moulinet avec sa canne, il disparaît dans un rire. L'heure H a sonné, et le ciel, audessus de la vallée de l'Aisne, brusquement, s'embrase.
Combien étaient-elles ces gueules qui lançaient
l6 fôu? Combien d'obus tissaient; en passant la voûte bruyante? On eut Timpression d'un coup de massue s'abattant sur le front de Tennemi, et Teunemi, éerasé par cette aocumulation inouïe de projectiles de tous poids et de toutes formes, gigantesques torpilles, longs fuseaux d'acier des pièces de marine, 7S rebondissants, i§5 fusants et percutants, l'ennemi, muselé par cette cage de fer qu'on lui appliquait au visage, ne répondit pas.
Toute la force française, que Pétain manie, soulève notre cœur. Ils rient, les zouaves, les tirailleurs qui se précipitent, et ils rient, les blessés qui reviennent, et les morts contre le parapet semblent, eux aussi, sous le reflet rouge de cette fournaise, avoir immobilisé à jamais leurs traits daps l'enthousiasme.
Et il m'est défendu de participer à ce triomphe. Âh! pas de chance! Et je commence de souffrir, ma j^mbe pèse. Pour redescendre, il me faut m'appuyer des deux maius aux parois de la tranchée, marcher presque à cloche^pied. Non, pas de chance I A l'heure même où je me désole, la batterie Murât et la batterie Masséna atteignent le fort de la Malmaison, et, sur notre gauche, un groupe entier de tanks, le 11«, franchit les positions allemandes, détruit les Qtbris des mitrailleuses rebelles, lait des prisonniers, mérite la gloire.
Sur 1|L croupe néfaste, j^ai retrouvé nos chars. Ils n'ont eu à subir aucun outrage. Les zouaves et les Marocains ont enlevé d'un bond les carrières de
Bohéry. Pourtant rAUemand se réveille de sa stupeur, et il tire, mais la mort qui plane n'a pas de but précis. Farrère et Brezous sont là, le capitaine Lévôque nous rejoint, il me dit, loyalement :
— Vous aviez moins confiance que moi !
Il est abattu, il souffre de sa blessure. La
mienne immobilise complètement ma jambe. Nous attendons encore quelques heures dans le voisinage de nos batteries. Une seconde fois, les nuages du ciel se gonflent de pourpre. C'est le tir de préparation de la deuxième phase, nouveau coup de massue.
J'ai très mal. Il est midi. Farrère et Brezous suffiront pour ramener nos hommes à l'arrière, /
quand il en sera temps.
— Allons nous faire panser, me dit Lévêque.
Je me lève. Impossible de marcher seul, je
suis tout alourdi. Le cavalier Gazude, mon ordonnance, avec cet affectueux dévouement qui caractérise notre arme, m'offre son épaule. Il est petit et semble fragile, mais il est nerveux et me porte presque, tandis que le capitaine Lévêque dégringole dans les boyaux et disparaît.
Je ne l'ai pas revu.
Au poste de commandement du 4' mixte, au bas des falaises, j'ai pu téléphoner au capitaine Chevrier pour lui rendre compte. Ensuite, il ne me restait qu'à me faire évacuer. Je n'en ai pas eu,le courage. Qu'était-il advenu de Masséna, de Murât, de Bill, de Griaches, de mes chers camarades ?
Une automobile passait. Je suis rentré h Vàilly.
— Le lieutenant GHaohes a été tué à la position dé départ, m'a dit notre cuisinier. Un éclat d'obus lui a enlevé le cœur.
L'injustice du destin m'accable.
— Je n'en peux pins. Je veux dormir.
Il me faut ônblier, et je suis tombé sur la paille, et j'ai dormi comme une brute, suant la lièvre.
Quand je me suis réveillé, le lieutenant Bocquet, notre cher Bill, comme nous le nommions tous, se penchait sur moi. J'ai dit :
— Griaches?
Et j'ai appris qu'il était mort sans savoir, en souriant.
— J'irai dîner avec vous.
Je n'ai guère mangé, mais je voulais être avec eux. Ils n'avaient pas de mélancolie. Ils pensaient au labeur qui n'était pas achevé. Ils devaient ramener les chars.
Une sorte de brouillard voile mes souvenirs.
J'ai dû avoir encore la fièvre cette nuit-là, j'ai dorrni profondément sur ma paille. Brezous et Farrère sont rentrés, à bout de forces. J'ai su par eux que tous mes hommes étaient vivants, et j'ai eu de la fierté : seuls les gradés avaient payé de leur sang. C'est bien, c'est le prix des galons.
Quelle somnolence! Chaque camarade me conseille de me faire évacuer. Vers deux heures de l'après-midi, je m'y décide; ma jambe a mauvaise apparence, jaune et violacée.
Il faut marcher jusqu'au seuil. Je ne veux pas que l'on m'aide. Voilà le brancard. Je regarde autour de moi. Je me couche, et, tout soudain, je ne suis plus rien, ni commandant de batterie, ni officier, je suis cette chose que l'on transporte, que l'on enfourne dans le camion, cette chose que l'on déballe à l'ambulance de triage, et dont on dit:
— 11 est lourd.