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j’eus beau fouiller les dépêches en tous sous, il n'y avait pas d’argent.
'i J'avais un couteau, je cherchai un sapin, et je me (is une torche avec une brandie résineuse.
« Le vent était mort, la pluie ne tombait plus et j’étais au plus profond du bois. Je battis le briquet et j’allumai tranquillement tiw torche |>oiir voir clair.
« J'avais toujours l'espérance que les quinze mille francs se trouvaient eu billets do banque sous enveloppe.
« J’ouvris toutes les lettres l’une après l'autre. Pas plus de billets que d’or! J'étais volé cl j'avais commis un crime inutile.
■ Alors la peur me prit et je me sauvai laissant le sac et les dépêches dispersées sur le chemin du bois. Personno ne m’avait vu monter dans le eahriolet du courrier; l’endroit où j’avais tiré le coup de pistolet était désert; d’ailleurs le bruit d - la voiture qui roulait avait affaibli celui de la détonation. Je songeai ù tout cola et me disque je n'avais rien à craindre ; je m'en retournai donc, tranquillement à la maison et je me couchai comme s» de rien n’était.
' « Mais, tout à coup, au petit jour, on frappa à ma porte.
« — Qui est là? criai-je.
« — Le garde-champénc ! répondit uuo vois au dehors.
« La peur me reprit. Je me levai, hésitant ii ouvrir, et je mis la télé à la fenêtre. C'était bien le garde-champêtre de Lancuvillc, le clocher d'où dépend nu maison.
« — Qu'cst-cc que vous voulez, père Jacques ? lui dis-je.
u — Je meurs «le soif, me dil-il, et tu devrais bien me donner à boire.
• Cette réponse me rassura. Je lui ouvris.
« U outra fort tranquillement ; mais au lieu de poser sa carabine «laits un coin, il h garda entre ses genoux.
a — Fais-moi du feu, Jean, n«e dit-il, j'ai bien froid. Nous boirons un coup, et nous causerons un brin.
•< — Vous êtes matinal, lui dis-je. Est-ce que vous êtes après les braconniers?
* Il me regarda «le travers.
a — Alors, dit-il, j’y aurais la main ici.
« — Oh I répondis-je négligemment, vous savez bien «pie depuis que j'ai fait six mois de prison, je ne touche plus ai un fusil ni un collet.
*« — Tu fais une autre chasse... alors...
« — Non, je gagne ma vie honmiemcut. Je fais en journée «le ci de là.
« — Et lu assassines le oonrner qui porte les dépêche*, n’est-re pas? ine «lit-il brasu'i-mcni.
# Je palis et jetai un cri. Il iis déjà le garde-champêtre me couchait en joue avec sa carabine et je regardais <T*»m «ri) stupide mou fusil qui éuil accroché au-dessus de la cheminée.
a — Tu viens «h* le trahir, mou garçon, dit-il. Tout à l’heure je n'avais encore que des soupçon», nuis à présent je suis sur «le mou fait.
" J'étais tellement surpris que je ne pus que balbutier :
« — Vous vouiez plaisanter, père Jacques.
o — Non, mon garçon. Je ne plaisante pas avec mou devoir, me dit-il. Et la preuve, c est que j’ai de jolie» menotte» tout!' s neuves que m'ont dounées le* gendarmes et «pie je vais te meure.
« Je suis solide, comme ta vois, poursuivit Jean Lapin, et père Jacques est vieux.
« Mais il avait sa carabine, e* il me dit :
« — Le jqge «le paix m'a autorisé a in emparer de toi par tous les moyens. Mort ou vivant, il faut l'avoir. Si tu ne te laisses pas mettre les menottes, je te brûle.
« 11 était le plus fort, je bk* laissai faire, tout en protestant de mon innocent?*!.
« — Voilà ce «pie tu aura» du mal à prouver, — me dil-il. Luis il ajouta en ouvrant la porte : — Allons! en route, maintenant, nous avons un joli bout de chemin à faine d’iri à i*aoeuville.
« J’étais pris nu piège comme une grive.
■ Le garde chamjM-tre me lit marcher devant lui.
- — C'est pr>ai Luit vrai, dü-il en chemina ni, que les gendarmes n’osa ienl pas venir l'arrêter. Mais moi, je »ui» uu vieux de la vieille, et je m’en suis chargé. Tu vois que j eu vaux bien nu autre, hein ?
« — Je crois que vous avez bu un coup de trop, lui dis-jt’i car je ne sais pas ce que vous me voulez... Je suis un honnête homme; braconnier, «-‘est vrai, mais je n'ai jamais assassiné personne.
•• — Eli bien, moi, dit le garde, je te vas prouver que c'est toi l’assassin, clair comme le jour. Le cheval cl le cabriolet sont entrés à Lancuvillc comme à l’ordinaire. Suivant sou habitude, le cheval s’est arrêté devant la poste. La directrice s’est levée et a appelé llorrd le conducteur. Norrcl n’a pas répondu : elle l’a secoué et s’e-t remplie de sang. Alors elle a appelé au secours : tout le pays s'C'l levé, et les gendarme» sont venus. Nous avons vu alors que le «sw des dépêches avait disparu. Comme il a plu toute la nuit, la roule est mouillée. Nous avons plis nue lanterne de voilure avec les gendarmes et le juge de paix, ri nous avons rebroussé chemin vers Aval- Ion. Ce»t dans la courbe <le Maurienne mie lu as fait le coup. Tu as des salmis qui marquent fort. Il y en a un qui a des clous. Nous avons retrouvé l'endroit où tu es descendu de voiture et où tu es entré dans le bois, nous avons trouvé les dépêches, et enlin comme le jour venait, j ai bien reconnu Ion pied. Tu as uoc manière de marcher à laquelle je ne me ï rompt’ pas, moi.
« J’étais pincé. Il fallait lâcher de hier, et ce nV-taU pas • unmode. Jacques était homme à m'étendre roidc d’un coup dî carabine, ü j'essayais «le fuir.
* Je u’avai- plus qu’un espoir, c était que mon chien |
me rejoindrait. La brave bêle est comme moi : elle voyage toute la nuit, mais elle rentre au soleil levé.
« Je n’avais pas voulu l’emmener, crainte qu'elle mn gênât. Alors elle était allée en forêt (tousser un lièvre ou un lapin.
« Tout à coup, comme nous rentrions sous bois pour prendrt* un raccourci qui conduit à Lanoii ville, voi«’i le chien qui apparull. Il arrive en bondissant, je lui fais un aigue, et avant «pie le père Jacques ait eu le temps de se reconnaître, il lui saute à la gorge. Alors je me mets A crier ;
« — PiBe I pille !
« Pour ae débarrasser du chien, le garde* laisse tomber sa carabine.
* Maiafavai» les menottes et je ne (touvais pas m'en servir. Seul «meut, je met# le pied dessus, puis je me pousse sur le garde, je lève en l'air mes deux mains réunies et je l’assomme d on grand coup.
« Il est tombé sur le» genoux ; alors j’ai frappé encore, et puis encore, et le chien T'a achevé.
« Tu pense- bien, compagnon . que je me suis sauvé.
« Du bftctieroa m'a aidé à défaire mes menottes ; et voici quinze jours qu'on me cherche... Mais il n’y avait que le père Jacquc» qui connût bien les bois du pays... Je me moque des geudarrars. *
Comme iis «ansaienl ainsi, l'assassin et le forçai avaient contourné le» roches, <*t tout à coup le dernier vit un lilet «le fumée qui s’élevait du milieu des arbres.
— Vwici la soupe. dit Jean Lapin, en montrant la fernu* dont on apercevait le pignon grisàiro et les murs en pisé.
Alors Jean Lapin aima d'une façon parliculièr«\ puis il s'arrêta et attendit. Au boni de quelque?* minutes, un coup de silïb-t semblable au sien loi répondit.
— Noos pouvons m «relier, dit Jean Lapin.
Et ils continuèrent leur route sur la ferme dont la porte s'ouvrit devant eux.
Une femme se montra sur le seuil :
— Est-ce toi Jean ? dit-elle.
— Oui. et j' amène nn ami.
La femme jeu un regard soupçonneux sur le forçai évadé ; niais l'examcu lui plot.
— C'est un étranger ? dit-elle.
— Il vient «ic loin, fa Jean Lapin.
— Ab 1
Kl tous deux enlrèrciit dans la ferme.
li y avait trois personne» à mine sinistre au coin du feu : «leux hommes jeune* ci un vieillard.
La femme leur dit :
— Je savais bien que Jean viendrait ce soir...
— Je n'ai plus ni pain, ni vin, dit le braconnier.
— As-tu d«! l'argent, an moins? fil le vieux.
— Taisez-vous donc, père, fil la femme avec humeur; Jeun est ici chez lui, et il n'a pas besoin d’argent pour se procurer ce qu’il lui fiiut
— Les temps sont durs ! grommela le vieillard.
— C’est possible, dit la femme, mais ça me ptait eorniin* ça, à moi.
Et clic jeta sur ces trois hommes dn regard ir«i|«érieux et dominateur.
Le forçat évadé la considérait avec étonnement, (''était une femme d'environ trente-cinq au*, à la taille épaisse, aux bras nerveux, et dont le visage haie avait une beauté sauvage ci fatale.
— Vous «avez bien, dit-elle, que maintenant que Jean u sauté le pas, il ne s'arrêtera plus. De l'argent ? il en aura un jour ou I autre...
— S'il veut travailler, dit le vieillard, car je sais un joli coup à faire pur ici.
Ces mots tirent tressaillir le forçat évadé.