VISITE A MA MERE
Qui croirait que, parmi ces tristesses, il y eut chez nous pourtant une grande joie? Undeuxième enfant nous était venu , et , cette fois, c'était un garçon. La sœur aînée avait déjà deux ans; du matin au soir avec la sœur de lait , elle courait autour de Toinette et de Gorgotine, Ces petites . avec monsieur leur frère encore au berceau, emplissaient de bruit toutfi la maison.
- Mai 8 ce n'est pas des enfents que je veux ici vous parler. Je fus informé par mon frère l'ingénieur que notre mère , très malade depuis quelques jours, demandait à me voir.
Je partis pour Paris le jour même.
Ma mère, atteinte d'une hypertrophie du cœur, ne me parut pourtant pas en danger immédiat ; mais il était visible qu'elle resterait dans un état de santé Ibrt précaire. La vie de Paris, qui lui
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plaisait, paraissait l'avoir &tiguée. Je proposai de remmener à la ferme ; mais elle avait ses habitudes chez le frère aîné ; elle n'accepta pas mon offre ; néanmoins, elle promit qu'au prochain été elle viendrait passer quelques jours avec Goi^otine et ses enfimts.
J'étais à Paris depuis quarante-huit heures, et , comme je l'avais prévu , ma mère était déjà mieux ; elle me retint cependant quelques jours encore.
De mon côté, je n'étais pas fâché de séjourner un peu dans ce Paris, que depuis bientôt six ans je n'avais pas revu.
Mes frères, je l'ai dit, s'y étaient établis presque tous, et l'un d'eux commençait d'y jouer un grand rôle. Les autres, quoique moins en vue, occupaient d'assez hauts emplois officiels ; mais ils étaient si occupés d'affaires, de plaisirs, de réunions chez les ministres, chez les députés et les banquiers, que je ne réussis pas à les rencontrer tous. Je voulus aussi revoir Arthur, qui était maintenant dans une position éclatante ; mais la chose était , à ce qu'il paraît , impossible.
J'allai visiter quelques anciens collègues de l'Ecole de Médecine. J'espérais, dans ma naïveté.
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pouvoir avec eux parler science... Je les trouvai la tête remplie d'opérations financières ; d'autres m'entretenaient des danseuses du jour.
Je trouvais partout un luie, des mœurs et des idées où je ne comprenais rien.
Moïi frère, un soir, me conduisit aux Variétés ; je n'osai dire à personne ce que je pensais de la pièce et du public que j'avais vu l'applaudir.
De conversation, de manières (je m'en aperçus bien), je paraissais à tous tourner au phénomène. C'eût été bien autre chose si j'avais laissé entendre ou deviner une seule de mes impressions!...
J'avais rencontré chez mes frères quelc^uesuns des hommes politiques du jour : des industriels en faveur, des poètes , des artistes , des savants. Je les avais observés, j'avais écouté leurs discours, et je ne savais plus à la fin s'il en fallait rire ou pleurer.
Je sentais bien pourtant que l'industrie, que les arts et la science ne tarderaient pas à transformer le monde ; mais je comprenais de mieux en mieux aussi qu'un très grand rôle en tout ceci perait pris par l'agriculture.
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Je n'avais plus qu'un jour à rester à Paris, je le passai tout entier près de ma mère; l'excellente femme regrettait un peu qu'en me livrant à l'agriculture, je me fusse condamné à une vie relativement pauvre et obscure, alors que ses autres entants avaient su se créer de si brillantes positicms.
— Mais si je me trouve heureux dans la mienne , bonne mère !
— Eh bien ! mon ami , si tu es heureux, je ne regrette rien.
Nous nous embrassâmes, et je la quittai, lui rappelant sa promesse d'une visite à la ferme.
PnEHIÈRE PARTIE.