LE TROU FUMEUX
J'éprouvai un grand bonheur, après ces quelques jours d'absence, à me retrouver cliez nous, auprès de ma femme et de mes enfants. J'avais eu pourtant beaucoup de joie à revoir ma mère ; mais je l'avais revue si affaiblie, si diSërente d'autrefois et dans un monde si éloigné du nôtre, que ma joie de la revoir ne fut pas sans un mélange de tristesse.
II faut aussi que je l'avoue, j'avais ressenti une impression d'inquiétude au spectacle de la vie tumultueuse où s'étaient laissé prendre mes malheureux frères... Ma mère croyait leur position préférable à la mienne , combien différente était mon appréciation !
Désir, quelques jours plus tard . me demandait quelles nouvelles, dans mon voyage, j'avais recueillies.
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— Je n'ai pas recueilli des nouvelles , j'ai recueilli des doutes... Toi et moi nous avions cru les Français à la veille d'une transformation, je doute aujourd'hui qu'ils achèvent leur métamorphose; ils ne sont encore que larves dévorantes. . , Ah ! préparons les vivres pour ce monde affamé. Iln'y apour nous, en ce moment, d'autre rôle que d'engraisser du bétail et de faire du blé. Faire du blé! mais le blé n'est pas un produit passif qu'on puisse , comme les produits purement industriels , doubler, tripler, décupler en multipliant les machines. Il iaut pour les produits agricoles le concours de la nature , et la nature a ses volontés , ses exigences , ses révoltes , ses irrégularités. . . C'est tout un art, et le plus difficile des arts, que de la dompter et diriger; toutes les sciences réunies: mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie, n'y suffisent qu'imparÊiitement. Etudiée à tous ces points de vue , la nature échappe encore et nous reste par plusieurs côtés inconnue, insoumise. Vois autour de nous , en ce moment même : nous voici menacés d'une récolte insuffisante , tandis que les premières années de notre établissement ont été des années d'abondance. Ne va-t-il pas ,
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