LA VISITE DE MA MERE
Car l'orgueil fut, je vous le dis, la plus grande misère du pauvre Lagorgote ; cet orgueil pourtant le rendait heureux, et contribua certainement à lui donner toute sa vie une grande dignité. Après tout, il y avait peut-être de la justice dans son appréciation. Notre existence à la ferme m'avait paru souvent n'être le résultat (de mon côté du moins) que de l'amour du calme; mais il y avait peut-être un peu plus, et , d'ailleurs , aimer le calme ne serait-ce pas le commencement de la sagesse ?. . .
Nos prévisions et les pronostics tirés du Trou- Fumeux ne furent que trop bien confirmés : les récoltes , pendant quatre années , furent insuf-
Mais nous continuâmes , dans notre colonie , de l'en pas trop souffrir * grâce à nos bons procédés
c..,Googic
91 MÉMOinES d'un IMDÉCELE.
de culture; le rendement fut moindre, mais les prix se maintinrentsi élevés, que, pour ceux qui récoltaient encore, comme nous le fîmes, la perte en numéraire fut peu considérable.
Dans l'intervalle de ces quatre années , Q naquit à Désir un garçon, et nous eûmes, de notre côté , un troisième enfant, ce qui en faisait cinq en tout à la ferme ; nous verrons que , plus tard , il en vint d'autres encore ; mais ne croyez pas que les enfants rendent les maisons tristes ; la nôtre a toujours offert l'exemple du contraire. Nous ne fûmes exempts ni d'ennuis , ni d'embarras , ni de malheurs , mais la sérénité , la belle humeur et l'entrain reprenaient toujours le dessus.
Combien de fois des citadins ont dit qu'euxmêmes ils ne riaient bien qu'au milieu de nous !
L'année qui suivit mon voyage à Paris , nous en eûmes (des citadins) plein la ferme, mais nous les eûmes d'abord dans des circonstances très douloureuses.
On n'a pas oublié la promesse de ma mère de venir passer quelque temps avec nous : elle était arrivée depuis un mois et nous comptions la garder encore quelques semaines , car visiblement