DEUXIÈME PARTIE
à ma conduite , alors qu'elle était un résultat tout simple de mon acabit , ou , pour parler plus scientiâquement , de mon oi^anisation cérébrale ? Dès ren&nce , j'avais eu l'effroi de devenir un personnage, parce qu'en tout personnage j'apercevais un côté croquemitaine qui répugnait à tous mes instincts. Mes frères me prenaient en pitié. Gorgotin , toujours maire , toujours poète et philosophe et philanthrope . devenu depuis peu correspondant d'un journal et secrétaire d'une société savante, feillit plus d'une fois perdre contenance et donner cours devant moi à son indignation ; mais d'un sourire et d'un r^ard je calmais ses colères poétiques.
Pour me consoler des dédains du beau-frère et des frères , j'avais l'assentiment de Désir , de Gorgotine , de Toinette et de tout le monde à la ferme ; ça me suffisait.
Et nos champs étaient cultivés plus gaîment que jamais ; or , rien ne fait mieux au champ que la gaîté du maîti'e.
Nous continuâmes à prospérer sans médailles et sans primes. Quelle prime eût égalé la plusvalue de nos grains et de nos bestiaux sur tous les marchés ? Les plus médaillés des lauréats ne
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passaient qu'après doqs dans les foirel. Qu'avîoDS-nous , avec ça , besoin des distributions . écolières de messieurs du comice? Nous rappoi^ tions de la halle de sonnantes médailles dans notre sacoche, et ces médailles sont la vraie récompense du travailleur.
Que ne voit-on tout travail donner à suffisance (te ces médailles-là!
Donc, les petites afiaires allaient bien ; lai ferme s'était de beaucoup améliorée , elle s'était même, à la mort de Lagorgote, agrandie d'un joli lopin de terre que nous achetâmes avec ce qui nous revint de sa succession. Gorgotine et Toinette s'étaient fait , pour la volaille , les fruits , le beurré, les lapins et le l'esté, une réputation dont elles savaient à la vente très bien tirer parti.
Ah ! les belles médailles en argent et en or que , chaque semaine , elles nous rapportaient (lu marché , et quelle bonne humeur!
Nous étions arrivés à l'idéal du cultivateur, c'est-à-dii'e à voir chez nous trois récoltes à la la fois sous trois aspects différents : une récolte sur le champ, une récolte au grenier, une récolte dans la bourse.
Tout entiers à la ferme, nous finîmes par nous
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amuser des messieurs de la politique de hue et de la politique de dia, suivant l'expression âe Désir, qui , quelquefois aussi , s'écriait : < Quels retar- ' datairea, qui ne voient pas que nous aurions » besoin de n'avoir plus de politique du tout , et » qu'à la place il serait temps de mettre un peu » de moralité! »
Ah ! que je voudrais dire en quelle sûreté d'âme , en quel contentement nous mettait la vue de nos récoltes , de nos bestiaux et de nos enrants assemblés ( maintenant au nombre de sept avec ceux de Désir ) ! Les aînés déjà savaient se rendre utiles : les fillettes aidaient au ménage , les garçons prenaient part aux travaux de la moisson, et même ils commençaient à jouer du galoubet. Désir leur avait communiqué ses goûts artistiques.
^.,Googic