‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 49 sur 98 · REPRISE DD RECIT ET REAPPARITION DO SEAC-FRÉRE GOROOTIN · texte numérisé non relu

REPRISE DD RECIT ET REAPPARITION DO SEAC-FRÉRE GOROOTIN

J'interromps ici notre correspondance , et reprends mon récit , non pas au point où je l'ai laissé , mais dix années plus tard.

Ces dix années , je l'ai dit , avaient été prises tout entières par le travail et l'étude , sans qu'aucun événement notable y fût venu mettre la diversion ou le trouble : nous avions eu cette bonne fortune de n'être bouleversés par aucun changement subit ; mais , peu à peu , que de choses à la ferme et hors la ferme avaient changé! plusieurs de nos enfants , devenus grands, commençaient à compter dans la maison. On parlait. savez-vous , de marier notre Slle aînée. Du moins , le fils d'un cultivateur de la contrée venait d'en ùàre la demande. Ça nous paraissait comme un rêve à Gorgotine et à moi, mais c'était

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un bon rêve. Les jeunes gens s'aimaient, les parents , de part et d'autre , i'estimîùent ; qu'eûton pu opposer à ce mariage? Il se fit donc et se fit gaîment ; on y joua du galoubet, on y chanta, on y dansa , tout y alla de cire, et vous n'aurez point à vous étonner de me voir, au chapitre suivant, devenir grand-père.

Mais , pour cela , n'allez pas croire que je sois un vieillard rabougri et grognon. J'avais, quand je mariai ma fille, cinquante-et-un ans onze mois et vingt-trois jours ; c'est le bel âge. Ah ! que ne puis-je vous dire combien Gorgotine et moi fûmes heureux ce jour-là !

Mais savez-vous qui était vieilli, usé, fini, tombé sur le grabat, perclus, atteint d'atrophie musculaire et d'atonie cérébrale ? c'était Gorgotin. Depuis trois ans, le malheureux languissait, n'ayant plus de lui-même et des autres qu'une demi-connaissance ; la mémoire , la raison , éfaient presque éteintes. Je n'ose entrer dans le détail de sa situation , qui ferait pitié,

Gorgotine insista pour qu'il vînt habiter à la ferme; mais le peu qu'U lui restait d'intelligence et de volonté se concentra dans un refus persistant ; et cela , visiblement , par un reste de bonté,

ne voulant pas gêner ou attrister la famille ; car, dans son état de derai-hébètement , on pouvait apercevoir alors très bien q«e , malgré son incapacité d'aménager sagement sa vie. que, malgré sa vanité puérile et ses goûts vulgaires, Gorgotin avait été bon. Moins bon , il eût su mieux peut-être se tirer d'affaire; en mieux dirigeant sa vie, il eût moins troublé la vie des autres; mais l'équilibre lui avait manqué. Aussi, la vieillesse, qui est quelquefois un si bel âge par le calme et la lucidité , la vieillesse ne devait être pour lui qu'une repoussante et cruelle maladie. Mais que parlé-je de vieillesse ! Il avait cinquantetrois ans ; est-on vieux à cet âge? Et cependant combien n'en ai-je pas vu de ces décrépitudes anticipées ! Le cas est surtout fréquent , je crois , chez les célibataires , et c'était celui du malheureux Gorgotin , qui m'irritait autrefois et que je plains aujourd'hui.

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IIËIIOIHBS d'un HBÉGILE.

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