I,E CHIEN ET LE CHAT
Me voUà donc grand-père ! joie nouvelle , rarement décrite dans les livres , mais que tous les grands-pères ont senti délicieusement circiiler dans leur chair.
Quel don généreux ds la nature aux vieillards que ce spectacle de leur propre vie transmise et renaissante ainsi pour l'éternité ! Ën&nts, petitsenfents , vrai charme de la vie!... — Quoi! la paternité jamais ne vous causa d'embarras, d'angoisses , de chagrins ? — Oui , vingt fois , cent fois , nous eûmes ces tritulations ; mais notre vie , par cela même , fut fécondée en ses Êicultés les meilleures , les bonnes cordes , furent en nous les plus vibrantes et prirent le dessus, et nous causèrent . au milieu de nos tracas , d'indicibles allégresses.
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Ijoa enÊints , élevés en pleiBe liberté d'esprit , ea pleine lumière , joyeux , acti& , spirituels , eussent eu leur écart dans leur esprit même , comme il arrive si souvent en France; mais l'émotion continue d'une vie où la nature se montre en toute sa vérité , avec sa variété , ses grandeurs et sa féconliité , les tenait dans un juste équilibre d'esprit , de raison , de sentiment.
— Vos enfants ont donc été parfaits?
— Oh ! que non pas ! je les eusse reniés , s'ils eussent été des saints.
— Messieurs vos fils ne vous ont causé jamais aucun sujet de colère paternelle?
— On in'entendiùt quelquefois d'un demikilomètre tempêter après eux.
N'allez pas vous figurer que nous fussions à la ferme des gens d'humeur douceâtre et béate ; nulle part , on ne criait et se chamaillait davantï^e. C'étaient des éclats de voix et de rire : nos plus simples propos étaient accompagnés de tapage. Cette expression bruyante de nos sentiments venait de leur force même , de leur exubérance. Et puis la bonne humeur, je ne sais comment , se mêlait à tout , et toujours reprenait le dessus. Jamais il n'y eut au logis entre
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146 MÉMOIRES d'un IUBÉGILE.
persooae fâcherie qui se prolongeât cinq minutes. Par exemple. Désir avait un chien et moi j'avais un chat. Ces deux animaux se fâchaient quelquefois, et la querelle , si nous étions présents , passait des bêtes jusqu'à nous. Je défendais mon chat , Désir défendait son chien, et nous prononcions , lui sur les chats , mol sur les chiens , des anathèmes à mourir de rire , et cela le plus sérieusement et même le plus furieusement du monde.
Et puis, l'instant d'après, nous nous retrouvions en accord parfait...