‹ Mémoires d'un imbécile: écrits par lui-mêmeChapitre 65 sur 98 · CREPUSCULE ET AURORE · texte numérisé non relu

CREPUSCULE ET AURORE

Le malheureux poète, en effet, était mort de ch^rin , d'ennui , de désespérance ; il avait vu le public peu à peu se retirer de lui , courir à d'autres renommées. Ses livres, si vantés autrefois , ne se lisaient plus. Devenu académicien , député même, hélas! et ministre pour quelques mois , il lui avait fallu dès-lors entendre sur ses productions les vérités les plus dures, et puis , aux critiques acerbes s'était largement mêlée la calomnie.

J'aurais voulu à mon frère un talent littéraire moins fastueux et plus vrai ; mais je ne lui eusse pas voulu, comme homme, une autre moralité.

Sa droiture , sa sincérité , sa générosité m'étaient connues , et je m'étais étonné souvent que tant de fausse et mauvaise rhétorique se pût mêler à tant d'honnêteté.

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