TROISIÈME PARTIE. 17fl
Ce pauvre frère, si glorieux autrefois, était mort dans l'abandon , dans l'oubli et la pauvreté.
La pauvreté!... ne la lui reprochez pas; ce fut le côté vraiment noble de sa vie : par cette pauvreté, 11 eût dû se placer plus haut dans l'estime des hommes que par toutes ses œuvres littéraires, car il la supporta sans se plaindre, évitant même que personne pût la soupçonner. . . .
Il vint , la dernière année de sa vie , passer un mois à la ferme. Tout en continuant de m'appeler son cher imbécile , il y fut pour moi , pour tous , d'une douceur pleine de charme et de mélancolie.
Comment se faifr-il qu'ayant cette poésie au cœur, Q n'ait pas su la mettre dans ses écrits ?
Hélas ! le parti pris , l'esprit d'école et le système en furent cause.
Durant son séjour à la ferme, le frère , malgré son ennui , ou plutôt à cause même de son ennui , se plaisait surtout avec les enfants, — j'entends avec les plus petits ; — aussi passait-il ses journées presque entières avec ceux d'Amédée, qui avaient , le plus âgé deux ans et le dernier six mois.
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180 UÉMOIRES n'UN tMBËClLB.
Ceci nous ramène au jeune ménage, où tout allait gaîment. Araèdèe , plein d'allégi-esse et d'entrain, était devenu en quelque sorte, par son activité , l'àme de la ferme. Il semblait nous avoir tous rajeunis. D'ailleurs , rien n'est sain et vivifiant comme d'avoir dans une femille unie le contact de tous les âges.
Amédée , en donnant à notre exploitation agricole un essor industriel et commercial qui , jusquelà, lui avait trop manqué, y suscita une prospérité nouvelle.
Mais personne ne savait mieux que lui mener de front le travail productif et l'étude. L'étude des sciences positives était pour lui un besoin ; et puis, plus quenous, il se préoccupait des choses de la politique , ce qui est peut-kre un bien. Je dois ajouter que, s'il aimait à s'instruire, il aimait aussi à instruire les autres. Voilà donc qu'il se mitàfiiire, le dimanche, aux paysans, des conférences sur la physique , et vous n'eussiez pas trouvé un bambin dans notre village qui ne iàt en état de construire un télégraphe électrique.
TttOISIÈUE PARTIE.